1391
Adultère
1390
Bethsabée
1377
Péché de David
11
Carrière Jean-Marie
Le péché de David
Théologie
 
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"C'est toi cet homme !" Cette parole de Natan atteint David et nous atteint nous aussi...
 
"C’est toi cet homme !" Cette parole de Natan atteint David et nous atteint nous aussi, parce qu’elle touche cette expérience difficile d’être pécheur devant Dieu. L’affaire de Bethsabée, ainsi que le Psaume 51(50), que la tradition biblique rattache à cet épisode, nous aident à déchiffrer cette expérience.

L’affaire de Bethsabée, qui se déroule au milieu de la guerre contre les Araméens et les fils d'Ammon, est l’occasion pour David d’une faute grave. C’est grave, mais de quoi s’agit-il ?

Une faute grave

David a pris la femme d’un autre (2 S 11,1-27), et cela s’appelle un adultère. L’adultère est une faute grave, c’est même un crime dans la loi d’Israël (Dt 22,22). Mais est-ce tout ? La femme d’Urie se trouvant enceinte, David va manœuvrer pour attribuer l’enfant à Urie en le faisant revenir de la guerre. N’y arrivant pas, il va ordonner la mort d’Urie, en tentant de la masquer dans des faits de guerre. Pour cela, il mêle Joab, le chef de l’armée, à ses desseins. Qui a tué Urie, ou plutôt qui est responsable de sa mort ? Serait-ce Joab, parce qu’il aurait commis une erreur de stratégie militaire ? Non, l’accusation de Natan est claire : "Tu as frappé de l’épée Urie le Hittite" (12,9). Seconde faute grave de David : un meurtre, crime que condamne aussi la loi (Ex 21,12).

Reconnaître le mal commis

C’est par une histoire fictive que le prophète Natan fait prendre conscience à David de son péché. Elle raconte comment un homme riche a pris l’unique agnelle d’un homme pauvre pour ne pas toucher à ses propres biens : cet homme a commis un vol, troisième faute grave évoquée par le récit, à nouveau un crime, lui aussi condamné par la loi (Dt 5,19). La parabole de Natan l’attribue par comparaison à David (qui a pris l’unique bien d’Urie). Voilà de ce fait David passible d’un triple crime : adultère, meurtre, vol – on reconnaît là les trois crimes fondamentaux inscrits dans le Décalogue (Dt 5,17-19).

La force de la parabole de Natan tient à ce qu’elle prend appui sur le sens de l’injustice dans le cœur de David. A l’entendre, David se met en colère, d’une colère juste d’un homme sensible à l’injustice faite à un pauvre. Cela nous apprend que la reconnaissance du mal commis prend appui sur ce minimum de conscience de l’injustice. David reconnaît son péché (12,13) parce qu’il a reconnu l’injustice qu’il a commise à travers ses fautes graves. Une première étape est franchie : David reconnaît le mal commis, par le dialogue avec Natan, dans le cadre de la loi et d’une affaire de justice. C’est aussi la première étape du Ps 51 (50) : "Contre toi et toi seul j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait / Tu seras juste quand tu parleras, irréprochable quand tu jugeras" (Ps 51,6).

David a commis un mal, que désigne la loi de Dieu, et il se reconnaît pécheur devant Dieu. Mais il faut aller plus loin, continuer à écouter Natan qui reprend la parole.

La punition ?

Si David a commis un triple crime, ne suffirait-il pas, pour clore l’affaire, d’énoncer la punition qu’il mérite, comme lorsqu’une instance judiciaire prononce ce que nous appelons une "condamnation" ? Bien souvent, trop souvent, le lecteur du récit interprète la mort de l’enfant né de l’adultère comme cette punition. Interprétation trop rapide (cf. article p. 21) !

Remarquons d’abord qu’en toute logique, David est passible de la peine de mort, du fait des trois "crimes" qu’il a commis : ainsi prononce la loi. Mais David ne sera pas puni par une condamnation de cette sorte, ainsi que l’énonce Dieu lui-même par la bouche de Natan : "Tu ne mourras pas" (12,13). Natan dit que Dieu "a passé" sur le péché de David : David est-il pardonné ? Difficile à dire. En tout cas, la peine de mort qui n'est pas infligée à David n'est pas reportée sur l’enfant comme semble le faire croire la phrase suivante : "Puisque, dans cette affaire, tu as gravement outragé le Seigneur, le fils qui t’est né mourra" (12,14). Le décès de l’enfant ne doit pas être compris comme une punition du père – ce serait une grave injustice, nous le sentons bien. Le décès de l’enfant – "le fils" dit Natan – doit être mis en rapport avec l’accusation d’avoir en cette affaire "outragé gravement" Dieu. Nous allons y revenir.

La punition de David pour les fautes commises est énoncée dans les oracles prophétiques de Natan (12,10-12) : la violence de l’épée frappera la maison de David, ses femmes seront prises sous ses yeux. Qui lira la suite de l'histoire verra combien la violence issue des actes de David lors de l’affaire de Bethsabée va empoisonner sa vie, celle de sa famille, et celle de son peuple.

Avant d’accuser David, et avant d’énoncer prophétiquement la punition qui s’ensuit, Natan rappelle tout ce que Dieu a fait en faveur de David : le choix gratuit comme roi sur Israël, la délivrance de la folie meurtrière de Saül, le pouvoir sur les deux maisons de Juda et d’Israël… C’est sur fond du rappel des bienfaits de Dieu que Natan prononce les accusations, et en premier celle "d’avoir méprisé la parole du Seigneur". S’il est difficile de dire si David a obtenu le pardon de Dieu en reconnaissant sa faute et en confessant son péché, il importe de ne pas oublier que ce qui arrive et arrivera à David est toujours à situer dans le cadre d’une histoire entre lui et Dieu, une histoire de faveur et de bienfaits. La rupture que David provoque dans cette histoire par l’adultère et le meurtre aura des conséquences – ce sont les " punitions" – mais pas au point de remettre en cause le dessein de Dieu à son égard.

Le fils de David dans le dessein de Dieu

Lorsque l’enfant de l’adultère tombe gravement malade, d’une maladie mortelle, le comportement de David semble étrange – et soulève l’étonnement de ses serviteurs. Tant que l’enfant est encore en vie, David jeûne et s’humilie ; mais quand l’enfant est mort, il cesse son jeûne et reprend une vie normale. Plutôt que de penser à une résignation, je pense que David a accepté la mort de l’enfant aussitôt que celle-ci a été annoncée par Natan de la part de Dieu. David sait que l’enfant va mourir, et il sait pourquoi. Mais, tant que l’enfant n’est pas mort, il se comporte de manière à essayer d’obtenir de Dieu que l’enfant ne meure pas. Il essaye d’intercéder en faveur de l’enfant, mais il n’y réussit pas. De fait, ils sont rares ceux qui, dans l’histoire biblique, peuvent intercéder vraiment auprès de Dieu (Abraham, Moïse, Job).

David sait pourquoi l’enfant va mourir. En effet, il a "méprisé la parole du Seigneur". Cette parole n’est pas seulement l’énoncé de la loi sur le meurtre et l’adultère. Elle est surtout la parole de la promesse que Dieu a faite de lui donner un fils qui lui succédera sur le trône d’Israël : "Le Seigneur t’annonce que le Seigneur te fera une maison… J’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi, j’établirai fermement sa royauté " (2 S 7, 11-12). En engendrant un fils dans l’adultère, David a "méprisé la parole [la promesse] du Seigneur". Il n’a pas cru à la promesse de Dieu concernant le fils à naître. Si l’on peut parler ainsi, je dirais que le fils né de l’adultère représente en quelque sorte une impasse – qui bafoue la promesse de Dieu. C’est pourquoi David sait que cet enfant-là va mourir, et il tente quand même d’intercéder en faveur de cet innocent.

Un esprit ferme, un cœur nouveau

Dans le psaume 51 (50) – attribué à David et rattaché à toute cette affaire – la prière commence par la reconnaissance du mal commis, comme nous l’avons vu. De cette faute grave, David demande à être lavé, purifié : c’est sans doute ce qu’effectueront dans la suite de son histoire les effets de la violence qu’il a commise à travers l’adultère et le meurtre. Mais dans l’affaire avec Bethsabée, il y a plus lourd encore : il y a l’oubli de la promesse de Dieu en sa faveur, il y a l’outrage fait à la parole de Dieu. Pour que David soit délivré de ce péché plus grave, il demande dans la prière du psaume "un esprit ferme, un cœur nouveau" (Ps 51,12). Cette demande est fondée, puisque David a appris, à travers les fautes commises, que Dieu aime la vérité au fond du cœur, que Dieu, dans le secret de l’être, nous apprend la sagesse. Il a appris à croire à la promesse de Dieu et à obéir dans la confiance au dessein qu’il forme en notre faveur.

Que dire du péché de David ? Tout d’abord, qu’il ne faut pas confondre faute commise et péché envers Dieu. La faute mérite punition. Celle-ci sera souvent d’assumer avec courage et humilité les conséquences lourdes de nos actes. Mais la faute renvoie de plus une rupture introduite par nos actes dans la relation de confiance avec Dieu, une sorte de mainmise sur notre histoire habitée par le dessein de Dieu en notre faveur. C’est cela qu’on pourrait appeler le péché. La délivrance du péché n’advient pas seulement par le fait d’avoir subi une punition – c’est le niveau normal de la faute commise. La délivrance du péché n’advient que dans la gratuité de l’attitude de Dieu à notre égard, qui ne renonce pas à son dessein malgré nos ruptures. Plus encore – mais le récit que nous avons lu reste en attente sur ce point –, la délivrance du péché pourrait s’appeler le pardon : il faudra encore du chemin à la foi d’Israël pour en comprendre la portée.

© SBEV. Jean-Marie Carrière


 
2 S 11,1-27
1Or, au retour de l'année, au temps où les rois se mettent en campagne, David envoya Joab, avec tous ses serviteurs et tout Israël. Ils massacrèrent les fils d'Ammon et mirent le siège devant Rabba, tandis que David demeurait à Jérusalem.
2Sur le soir, David se leva de son lit. Il alla se promener sur la terrasse de la maison du roi. Du haut de la terrasse, il aperçut une femme qui se baignait. La femme était très belle.
3David envoya prendre des renseignements sur cette femme, et l'on dit : « Mais c'est Bethsabée, la fille d'Eliam, la femme d'Urie le Hittite  ! »
4David envoya des émissaires pour la prendre. Elle vint chez lui, et il coucha avec elle. Elle venait de se purifier de son impureté. Puis elle rentra chez elle.
5La femme devint enceinte. Elle en fit informer David et déclara : « Je suis enceinte. »
6David envoya dire à Joab : « Envoie-moi Urie le Hittite. » Joab envoya donc Urie à David.
7Urie arriva près de lui. David demanda comment allait Joab, et le peuple, et la guerre.
8Puis David dit à Urie : « Descends chez toi et lave-toi les jambes. » Urie sortit de chez le roi, suivi d'un présent du roi.
9Mais Urie coucha à la porte de la maison du roi avec tous les serviteurs de son seigneur et il ne descendit pas dans sa propre maison.
10On vint dire à David : « Urie n'est pas descendu chez lui. » David dit à Urie : « N'arrives-tu pas de voyage ? Pourquoi n'es-tu pas descendu chez toi ? »
11Urie dit à David : « L'arche, Israël et Juda habitent dans des huttes. Mon seigneur Joab et les serviteurs de mon seigneur campent en rase campagne. Et moi, j'irais chez moi manger, boire et coucher avec ma femme  ! Par ta vie, par ta propre vie, je ne ferai pas cette chose-là. »
12David dit à Urie : « Reste ici encore aujourd'hui, et demain je te renverrai. » Urie resta donc à Jérusalem ce jour-là et le lendemain.
13David l'invita. Il mangea et but en sa présence, et David l'enivra. Urie sortit le soir pour aller se coucher sur son lit avec les serviteurs de son seigneur, mais il ne descendit pas chez lui.
14Le lendemain matin, David écrivit une lettre à Joab et l'envoya par l'entremise d'Urie.
15Il avait écrit dans cette lettre : « Mettez Urie en première ligne, au plus fort de la bataille. Puis, vous reculerez derrière lui. Il sera atteint et mourra. »
16Joab, qui surveillait la ville, plaça donc Urie à l'endroit où il savait qu'il y avait des hommes valeureux.
17Les gens de la ville firent une sortie et attaquèrent Joab. Il y eut des victimes parmi le peuple, parmi les serviteurs de David, et Urie le Hittite mourut lui aussi.
18Joab envoya informer David de toutes les circonstances de ce combat.
19Il donna au messager l'ordre suivant : « Quand tu auras fini de rapporter au roi toutes les circonstances du combat,
20si le roi se met en colère et qu'il te dise : "Pourquoi vous êtes-vous approchés de la ville pour livrer bataille ? Ne saviez-vous pas qu'on tire du haut du rempart ?
21Qui donc a frappé Abimélek, fils de Yeroubbèsheth ? N'est-ce pas une femme qui lui a lancé une meule du haut du rempart, et c'est ainsi qu'il est mort à Tévéç  ? Pourquoi vous êtes-vous approchés du rempart ?", tu lui diras : "Ton serviteur Urie le Hittite est mort lui aussi." »
22Le messager partit et vint rapporter à David tout ce dont Joab l'avait chargé.
23Le messager dit à David : « Ces gens-là étaient plus forts que nous. Ils ont fait une sortie dans notre direction en rase campagne, mais nous avons contre-attaqué jusqu'à l'entrée de la porte.
24Les tireurs ont alors tiré sur tes serviteurs du haut du rempart. Il y a eu des morts parmi les serviteurs du roi et ton serviteur Urie le Hittite est mort lui aussi. »
25David dit au messager : « Tu parleras ainsi à Joab : "Ne prends pas trop mal cette affaire. L'épée dévore d'une façon ou d'une autre. Renforce ton attaque contre la ville et renverse-la." Réconforte-le ainsi. »
26La femme d'Urie apprit qu'Urie, son mari, était mort, et elle pleura son mari.
27Le deuil passé, David la fit chercher et la recueillit chez lui. Elle devint sa femme et elle lui enfanta un fils. Mais ce qu'avait fait David déplut au SEIGNEUR.
Ps 51
 
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