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Résurrection
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Debergé Pierre
L'idée de résurrection dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau
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L'attente de la Résurrection n'apparaît que tardivement dans la Bible...
 
L'attente de la Résurrection n'apparaît que tardivement dans la Bible. Elle correspond à une certaine compréhension de Dieu, de la vie et de la mort.
 

La Bible ne parle que très rarement de ce qui se passera après la mort. Pourquoi ce silence ? Parce que l'homme et la femme de l'Ancien Testament s'intéressent surtout à la terre et à la vie qui s'y déroule. Pour eux, la vie est le plus grand des dons de Dieu, celui qui permet et contient tous les autres ; et ils n'envisagent pas de bonheur ou de malheur après la mort. Heureux de vivre, ils souhaitent vivre le plus longtemps possible et ils espèrent mourir après "avoir accompli la totalité de leurs jours" (Gn 15,15 ; 2 S 7,12).

Apparaît ainsi une distinction entre la "bonne" et la "mauvaise" mort. La "bonne mort" est celle qui s'inscrit dans le cours des choses, celle qui ne vient pas rompre l'harmonie fondamentale de la famille ou de la société israélite. La "mauvaise mort" est celle qui frappe un être jeune, dans la force de l'âge, le laissant le plus souvent sans héritier, donc sans continuité.

Le Shéol

Dans l'Ancien Testament, le monde des morts est désigné par le terme "Shéol", un mot dont l'étymologie évoque un espace vide et désolé. Le shéol se trouve sous la terre, dans les couches inférieures de l'univers. Mais ce n'est pas un lieu de souffrance et de châtiment. Pour la grande majorité des textes de l'Ancien Testament, il est le "rendez-vous de tous les vivants" (Jb 30,23).

De manière plus générale encore, le "shéol" est un "non-monde" où les morts mènent une sorte de non-existence faite d'obscurité, de silence ou d'oubli. Car les morts ne communiquent pas entre eux et ils sont ignorés de ceux qui leur survivent (Qo 9,5 ; Ps 115,17). Ils semblent même coupés de Dieu. La mort rompt ainsi toute relation ; elle impose l'absence et enferme dans la solitude.

Jamais pourtant les hommes et les femmes de la Bible ne mettent en doute la supériorité de Dieu sur la mort : il donne la vie et la reprend ; il fait mourir et il fait vivre (Dt 32,39; 1S 2,6). Le "shéol" est et reste à sa merci : "Le séjour des morts et l'Abîme sont devant le Seigneur, combien plus les cœurs des humains " (Pr 15,11). Comment comprendre pourtant cette tolérance de Dieu à l'égard de la mort ?

Vers l'attente d'une résurrection

Au seuil de l'ère chrétienne, après avoir reconnu que la vie était le plus grand des dons de Dieu et avoir dénoncé le règne de la mort, les hommes et les femmes de la Bible vont pressentir que leur Dieu mettra un jour fin au pouvoir de la mort. Si de nombreuses "résurrections" avaient déjà ouvert la voie à cette attente (voir encadré) – ainsi que certains oracles prophétiques (Os 6,1-3; Ez 37,1-14) –, un événement va jouer ici un rôle déterminant. Se posera alors la question du sort de celui ou de celle qui a donné sa vie pour Dieu.

Bien que présente dans d'autres passages de la Bible, cette question deviendra en effet cruciale lorsque qu'Antiochus Épiphane profanera le Temple de Jérusalem et promulguera des lois contre la religion juive, provoquant la révolte des Maccabées. En pleine persécution, on s'interrogera sur la destinée de ceux qui, parce qu'ils se sont opposés aux païens qui méprisaient leur Dieu, sont allés jusqu'au martyre? La réponse ne se fera pas attendre : Dieu, le maître de la vie et de la mort, les ressuscitera et il punira à jamais ceux qui les ont fait mourir (2 M 7 ; cf. Dn 12). Pour la première fois apparaît ainsi dans la Bible l'attente d'une résurrection individuelle. Cette attente ne naît pas de la peur de la mort mais de la certitude que Dieu est fidèle et juste. Elle s'accompagne d'une conviction : les liens tissés avec Dieu durant cette vie ne disparaîtront pas avec la mort.

Vivre en ressuscité

Ce sera le leitmotiv des premiers chrétiens qui distingueront les "résurrections" de Lazare ou de la fille de Jaïre et celle de Jésus. Ils en sont sûrs : le Christ Ressuscité ne peut plus mourir puisqu'il vit désormais pleinement de la Vie de Dieu. Mieux, il a vaincu la mort, ouvrant ainsi à l'humanité le chemin de la Vie. Est-ce dire que le monde présent n'a plus d'importance et que l'on peut s'évader dans un monde céleste rassurant et consolateur ? Sûrement pas ! Baptisé dans la mort et la résurrection du Christ, le disciple du Christ ne doit pas déserter le monde mais l'habiter en luttant contre toutes les formes de mort qui le menacent et le défigurent. Bref, il ne s'agit pas d'abord d'attendre le jour où l'on ressuscitera mais de vivre dès maintenant en ressuscité ! C'est tout un programme.

 © SBEV. Pierre Debergé
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org