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Resurrection de Lazare
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Billon Gérard
Lecture sainte de Jn 11,1-54
Commentaire au fil du texte
 
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Regarder – méditer – prier : nous respectons les trois temps de la "lectio divina" ou lecture sainte afin que méditation et prière, pour ceux et celles qui le souhaitent, s’appuient sur une écoute attentive du texte biblique. 


Dans le récit de Jean 11, l'évangéliste a mis en scène diverses manières de se situer devant l'inouï de la victoire sur la mort. Comme autant d'interrogations posées aux lecteurs de son temps et du nôtre.

Regarder


Dans un premier temps, repérons les étapes du récit :

1) v. 1-16 : l'annonce de la maladie de Lazare et la décision de retourner en Judée. Tout cela se passe loin de Jérusalem, entre les disciples et Jésus.

2) v. 17-27 : l'arrivée à Béthanie et la rencontre avec Marthe.

3) v. 28-37 : la rencontre avec Marie accompagnée d'amis juifs.

4) v. 38-44 : le face-à-face avec le tombeau.

5) v. 45-53 : la division dans le groupe des Juifs et la décision de Caïphe.

Dans un second temps, attachons-nous aux personnages. Ainsi, dans la première scène, les disciples résistent à accepter l'affrontement ; Jésus, résolument, les oriente vers l'inouï, la mort d'abord et son dépassement ensuite. Dans la deuxième scène, les disciples laissent place à Marthe, la croyante (sa foi est-elle si parfaite ?) devant laquelle Jésus se dévoile comme Christ et Fils de Dieu. Dans la troisième scène, Marthe passe le relais à sa sœur ; Marie est enfermée dans son deuil mais sa douleur permet à Jésus de monter toute son humanité, toute sa sensibilité, ce qui touche l'entourage amical. Le public semble s'effacer dans la quatrième scène, scène ultime où Jésus s'adresse à son Père avant que sa parole ne frappe Lazare. La dernière scène, elle, pourrait bien être celle d'un échange : Jésus va prendre la place du mort ! Livré par les prêtres.

Méditer

Notre méditation pourrait suivre à tour de rôle les personnages, s'arrêtant peut-être sur celui dont l'attitude interroge notre propre itinéraire de foi. Car ce qui est en cause, c'est notre conception de la vie, de la mort… et de Jésus. Un tel texte tranche dans le vif. À la fin du récit, les amis juifs de Marthe et Marie sont divisés : ceux qui croient, ceux qui refusent le signe. Cette division pourrait bien atteindre tout lecteur, tiraillé entre des attitudes contradictoires. Ainsi, comment se situer vis-à-vis de Jésus ? "Seigneur", "maître", "Christ, Fils de Dieu", il a l'air de tout maîtriser… et pourtant il pleure ! Sa parole rend la vie, mais il ne fait rien sans prier son Père des cieux. Qui donc est cet homme ? Qui donc est ce Dieu ?

Les disciples prennent peur devant la perspective d'un affrontement. Or nous savons que Jésus va affronter la croix ; celle-ci se profile à la fin de l'épisode. Essayons de comprendre les réactions des disciples et, à leur lumière, de discerner nos propres peurs.

Les deux sœurs s'opposent sur bien des points. Mais elles sont sœurs. Marthe a peut-être trop de religion et pas assez de deuil. Nous est-il arrivé de prononcer les mots de Marthe ? Marie a peut-être trop de larmes et pas assez de foi. Nous retrouvons-nous mieux en elle ? Jésus mène les deux sœurs et leurs amis vers le tombeau. Acceptons-nous de nous laisser guider vers ce que nous n'osons pas voir ?

Quant à Lazare, nous le retrouvons au début du chapitre suivant, parmi les convives d'un repas avec Jésus, mêlé dans la foule. Toute décision importante, tout deuil, toute expérience extraordinaire se clôt pour rejoindre les activités habituelles. Cette conclusion nous semble-t-elle trop… ordinaire ?

Prier

Les mots de la prière seront empruntés aux personnages. Dire à Dieu nos peurs, avec les disciples. Dire notre foi et ses changements avec Marthe. Dire notre douleur avec Marie et notre incompréhension avec ses amis juifs. Dire notre action de grâce avec Jésus. Et pourquoi ne pas reprendre les mots de la prière juive du "Qaddich" (page 21) ? D'autant qu'elle n'est pas sans rapport, on le devine, avec la prière chrétienne du "Notre Père", toujours à re-découvrir…

© SBEV. Gérard Billon
 
Jn 11,1-54
1Il y avait un homme malade ; c'était Lazare de Béthanie, le village de Marie et de sa soeur Marthe.
2Il s'agit de cette même Marie qui avait oint le Seigneur d'une huile parfumée et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux ; c'était son frère Lazare qui était malade.
3Les soeurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
4Dès qu'il l'apprit, Jésus dit : « Cette maladie n'aboutira pas à la mort, elle servira à la gloire de Dieu  : c'est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié. »
5Or Jésus aimait Marthe et sa soeur et Lazare.
6Cependant, alors qu'il savait Lazare malade, il demeura deux jours encore à l'endroit où il se trouvait.
7Après quoi seulement, il dit aux disciples  : « Retournons en Judée. »
8Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment encore les autorités juives cherchaient à te lapider  ; et tu veux retourner là-bas ? »
9Jésus répondit : « N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu'un marche de jour, il ne trébuche pas parce qu'il voit la lumière de ce monde  ;
10mais si quelqu'un marche de nuit, il trébuche parce que la lumière n'est pas en lui. »
11Après avoir prononcé ces paroles, il ajouta : « Notre ami Lazare s'est endormi, mais je vais aller le réveiller. »
12Les disciples lui dirent donc : « Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé. »
13En fait, Jésus avait voulu parler de la mort de Lazare, alors qu'ils se figuraient, eux, qu'il parlait de l'assoupissement du sommeil.
14Jésus leur dit alors ouvertement : « Lazare est mort,
15et je suis heureux pour vous de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez. Mais allons à lui ! »
16Alors Thomas, celui que l'on appelle Didyme, dit aux autres disciples : « Allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui. »
17A son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau ; il y était depuis quatre jours déjà.
18Comme Béthanie est distante de Jérusalem d'environ quinze stades,
19beaucoup d'habitants de la Judée étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère.
20Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie était assise dans la maison.
21Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.
22Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. »
23Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
24- « Je sais, répondit-elle, qu'il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour. »
25Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra  ;
26et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
27- « Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »
28Là-dessus, elle partit appeler sa soeur Marie et lui dit tout bas : « Le Maître est là et il t'appelle. »
29A ces mots, Marie se leva immédiatement et alla vers lui.
30Jésus, en effet, n'était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe l'avait rencontré.
31Les Judéens étaient avec Marie dans la maison et ils cherchaient à la consoler. Ils la virent se lever soudain pour sortir, ils la suivirent : ils se figuraient qu'elle se rendait au tombeau pour s'y lamenter.
32Lorsque Marie parvint à l'endroit où se trouvait Jésus, dès qu'elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
33Lorsqu'il les vit se lamenter, elle et les Judéens qui l'accompagnaient, Jésus frémit intérieurement et il se troubla.
34Il dit : « Où l'avez-vous déposé ? » Ils répondirent : « Seigneur, viens voir. »
35Alors Jésus pleura  ;
36et les Judéens disaient : « Voyez comme il l'aimait  ! »
37Mais quelques-uns d'entre eux dirent : « Celui qui a ouvert les yeux de l'aveugle n'a pas été capable d'empêcher Lazare de mourir. »
38Alors, à nouveau, Jésus frémit intérieurement et il s'en fut au tombeau ; c'était une grotte dont une pierre recouvrait l'entrée.
39Jésus dit alors : « Enlevez cette pierre. » Marthe, la soeur du défunt, lui dit : « Seigneur, il doit déjà sentir... Il y a en effet quatre jours... »
40Mais Jésus lui répondit : « Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? »
41On ôta donc la pierre. Alors, Jésus leva les yeux et dit : « Père, je te rends grâce de ce que tu m'as exaucé.
42Certes, je savais bien que tu m'exauces toujours, mais j'ai parlé à cause de cette foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. »
43Ayant ainsi parlé, il cria d'une voix forte : « Lazare, sors ! »
44Et celui qui avait été mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes, et le visage enveloppé d'un linge. Jésus dit aux gens : « Déliez-le et laissez-le aller ! »
45Beaucoup de ces Judéens qui étaient venus auprès de Marie et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
46Mais d'autres s'en allèrent trouver les Pharisiens et leur racontèrent ce que Jésus avait fait.
47Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil et dirent : « Que faisons-nous ? Cet homme opère beaucoup de signes.
48Si nous le laissons continuer ainsi, tous croiront en lui, les Romains interviendront et ils détruiront et notre saint Lieu et notre nation. »
49L'un d'entre eux, Caïphe, qui était Grand Prêtre en cette année-là, dit : « Vous n'y comprenez rien
50et vous ne percevez même pas que c'est votre avantage qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. »
51Ce n'est pas de lui-même qu'il prononça ces paroles, mais, comme il était Grand Prêtre en cette année-là, il fit cette prophétie qu'il fallait que Jésus meure pour la nation
52et non seulement pour elle, mais pour réunir dans l'unité les enfants de Dieu qui sont dispersés.
53C'est ce jour-là donc qu'ils décidèrent de le faire périr.
54De son côté, Jésus ne circulait plus ouvertement à portée des autorités juives : il se retira dans la région proche du désert, dans une ville nommée Ephraïm, où il séjourna avec ses disciples.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org