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Lait
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Miel
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Billon Gérard
Le lait et le miel (Is 7,15)
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Dans la Bible, cette formule connaît d'étonnantes variations...
 
"Il mangera du lait caillé et du miel... " (Is 7,15)

Le lait et le miel évoquent immédiatement, pour le lecteur de la Bible, les caractéristiques de la Terre promise, telle que Dieu la dessine aux yeux de Moïse. Dans la Bible, la formule connaît d'étonnantes variations.



À la fin du 6e siècle av. J.-C., au retour de l'exil à Babylone, les récits des origines du peuple d'Israël vont être fixés définitivement. Alors que le peuple vient de retrouver sa terre, le Livre lui rappelle que celle-ci, de nouveau habitée, reste fondamentalement "promise", c'est-à-dire offerte par Dieu sans que nul en soit propriétaire. Promise autrefois à Moïse et à tous ceux qui sont sortis d'Égypte, elle est "la terre où coulent le lait et le miel" (Ex 3,8).

 La nourriture des dieux

L'expression est ancienne. Des rituels de Babylone mentionnent le lait et le miel comme une nourriture offerte aux dieux. Ailleurs, en Canaan, l'action de Baal, revenu des morts et fertilisant la nature, est célébrée avec ce refrain : "les cieux font pleuvoir de la graisse et les torrents couler du miel". Comme la graisse, le lait est un produit issu des troupeaux et le miel, au creux du rocher, en est le doublet naturel. Il s'agit là de nourritures heureuses, intimes et maternelles, pour des gens qui vivent en nomades, pas encore sédentaires.

Israël a certes repris la métaphore à ses voisins mais pour mieux la transformer : le lait et le miel sont un don de Dieu pour le bonheur de l'homme. Mieux, pour Israël son premier-né, Le Seigneur Dieu a une tendresse nourricière. Dans la Terre promise comme dans le jardin de l'Éden, il y a tant de choses belles et bonnes pour se nourrir et vivre ! Mais c'est là aussi que se tiennent le soupçon et le doute, que se jouent la fidélité et la foi.

La nourriture des hommes

Dans le Cantique des cantiques, la formule fait partie de la relation amoureuse. La femme aimée est décrite avec les caractéristiques de la terre d'Israël. En l'embrassant, l'amant goûte au lait et au miel (Ct 4,11). La terre est une femme, la femme est une terre, aimée mais jamais possédée.

Dans sa prophétie sur les signes de la foi, Isaïe reporte les caractéristiques de la Terre promise sur le fils promis, l'Emmanuel. Il y a néanmoins de légères modifications : il y a interaction entre le futur roi et la terre. La seconde nourrit le premier… et le premier permet la fertilité de la seconde. D'une part, le lait est "caillé" ou "crème" (le mot hébreu, difficile à traduire, indique que le produit a subit une transformation) et il est plus tard partagé avec les laissés-pour-compte du royaume (comparer Isaïe 7,15 et 22). D'autre part, cette nourriture permet à l'enfant de grandir, de choisir entre le "bien et le mal", de se fixer uniquement sur le "bien". Il se pourrait même que l'évocation ultérieure d'un renouveau (avec une génisse et deux brebis, la production de lait est si abondante qu'on ne consomme que de la crème ! v.21-22) soit liée à l'exercice du jugement éclairé de celui qui, roi ou Messie, est, aux yeux de la foi, un don de Dieu.


© SBEV.Gérard Billon
 
Is 7,15
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org