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Ancien Testament
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Evangile de Marc
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Billon Gérard
L'évangile de Marc plonge ses racines dans l'Ancien Testament.
Théologie
 
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Dès les premières phrases de son récit, Marc se réfère aux Écritures Saintes...
 
Dès les premières phrases de son récit, Marc se réfère aux Écritures Saintes : Jean le Baptiste est "annoncé" par le prophète Isaïe. Dans l'histoire des hommes, la venue de Jésus en Galilée marque un tournant rêvé, entre autres, par Daniel. L'écriture de l'évangile plonge ses racines dans la lecture de l'Ancien Testament.


Au début de son récit, Marc donne à son lecteur quelques points de repères chronologiques : il y a d'abord la prédication et le baptême effectué par Jean "le Baptiste" (Mc 1,4.9), puis, ensuite, la prédication de Jésus (Mc 1,14). Coïncidence ou fait exprès, celle-ci commence alors que Jean est arrêté. Et elle est étonnante à plus d'un titre : par le lieu où elle se déroule, le moment choisi et, bien sûr, son contenu.

 Le lieu

Jésus va sillonner la Galilée. Il en est originaire (cf. 1,9) mais Marc prend soin de dire qu'il a choisi de commencer par là : "Jésus vint en Galilée…" (1,14). Pourquoi cette région ? Aucune indication précise n'est donnée mais il apparaît au fil du récit que la Galilée est une terre de contrastes : il y a des Juifs et des païens (cf. les deux rives du lac), de l'accueil et du refus (Capharnaüm se réjouit mais Nazareth doute). Et le pays offre la matière des paraboles, comme si le Règne de Dieu irradiait le quotidien le plus banal, celui des semailles et des moissons, des travaux et des jours. En opposition, Jérusalem apparaîtra comme la citadelle du complot, la ville meurtrière. En finale du récit, c'est en Galilée que Pierre et les disciples seront envoyés à la rencontre du Ressuscité, pas à Jérusalem.

 Le moment

La notation temporelle "Après que Jean eut été livré…" annonce une autre arrestation : "…l'un de vous va me livrer…" dira Jésus lors du dernier repas (14,18). Le destin de Jean jette une ombre de violence et de sang sur la marche du Messie : est-ce cela que Jésus vise lorsqu'il dit "le temps est accompli" ? Non sans doute, mais ce fait historique permet de mieux comprendre l'espérance multi-séculaire que la formule résume.

Car le "temps" (en grec "kairos") est ici un terme théologique, "apocalyptique". Il désigne le temps fixé par Dieu pour l'accomplissement de ses promesses. Daniel le visionnaire avait raconté, en images heurtées (avec des monstres et un mystérieux "fils d'homme", cf. article p.24-26), que l'histoire humaine avait un sens : après des siècles de violence, Dieu donnerait la royauté au peuple des "Saints du Très-Haut" (Dn 7,22). Ce moment où l'histoire tourne était attendu par les Juifs du 1er siècle comme une délivrance. C'est ce tournant que Jésus proclame en Galilée.

 Le contenu

Ce temps espéré se devine aux convulsions de l'histoire, dont le destin du Baptiste est un signe. Mais s'il en est bien ainsi, pourquoi le Jésus de Marc parle-t-il d'un temps "déjà" accompli et non pas "en train de" s'accomplir ? Trois interprétations sont possibles. Dans la première, Marc insisterait pour dire que le Règne de Dieu est arrivé dans la venue même de Jésus. Tout est déjà accompli car tout est déjà en marche à défaut d'être écrit (ce qui éclaire le "Il faut que le Fils de l'Homme souffre…" en 8,31). Dans la deuxième, Marc dirait à son lecteur : le Règne était proche tant que Jésus en parlait, mais, pour nous, chrétiens, il est enfin advenu dans sa Pâque. La troisième interprétation soutient que le Règne reste imminent jusqu'au retour glorieux du Christ : désormais il n'y a plus de révélation à attendre, nous avons à vivre et aimer dans cet horizon.

Les deux dernières interprétations supposent la conception d'une chronologie de l'histoire du salut qui se déroule sans trop de heurts. La première seule comprend le récit évangélique comme une œuvre qui s'immerge dans l'attente apocalyptique, telle que Daniel et d'autres la portaient : la prédication de Jésus est vue comme le moment où l'on bascule d'un monde dans un autre.

 Le Royaume de Dieu

Le monde où l'on bascule avec Jésus est le Royaume (ou Règne) de Dieu. Dans l'évangile de Marc, le Royaume de Dieu n'a pas de géographie précise, même si la Galilée semble son terrain de prédilection. Il est croissance secrète d'une parole semée dans le quotidien (cf. les paraboles agricoles du chap. 4) ; il est réalité à accueillir avec la candeur d'un enfant (10,14), la pauvreté des humbles (10,23-25), la sagesse des scribes (12,34). Affirmer sa proximité, c'est dire que, désormais, Dieu règne en Jésus, l'homme qui marche, qui guérit et qui pardonne. Jésus proclame le Règne de Dieu et, en même temps, le fait advenir. Cependant il reconnaît qu'il n'en est pas le maître et qu'il s'agit d'une réalité "autre" ; lors du dernier repas, ne dira-t-il pas : "… jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu" (14,25) ?

Entre le lieu et le moment où Jésus parle (le dernier repas) et la réalité dont il parle (le Royaume), il y a un drame décisif : la passion et la croix. Selon Marc, Jésus commence sa mission en annonçant, dans la même parole, que le "temps est accompli" et que le "Règne de Dieu est proche". Il la termine en se laissant arrêter dans le jardin de Gethsémani, interprétant le fait par un "…c'est pour que les Écritures soient accomplies" (14,49). L'attente apocalyptique et les livres qui la portent sont achevés. La boucle est bouclée : Galilée et Gethsémani sont réalisation de salut de Dieu. Avec une conséquence : en Galilée, Jésus demandait alors à ses auditeurs de se convertir et de croire. À Gethsémani, c'est lui qui se plie, dans la foi, à la volonté de son Père. La foi est un au-delà des Écritures et du temps fixé. La foi est libre. Cela même est écrit désormais.

 
© SBEV. Gérard Billon
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org