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Dieu libérateur
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Exode
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Libération
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Servitude
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Debergé Pierre
L'Exode : Dieu libère son peuple...
Théologie
 
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La libération d'Égypte a toujours été perçue comme la manifestation d'un Dieu sauveur...
 

La libération d’Égypte a toujours été interprétée dans la Bible comme la naissance du Peuple de Dieu, et elle a toujours été reçue comme une des premières manifestations de ce que Dieu est depuis toujours : un Dieu Sauveur.

Un Dieu sauveur

Le récit du passage de la mer est surprenant. Parfois, Dieu intervient directement : il refoule la mer par un vent violent et bloque les roues des chars des Égyptiens. Ailleurs, mais suivant la parole divine, c'est Moïse qui lève son bâton, étend la main et fend la mer. Ces divergences, dues à des rédactions différentes, traduisent pourtant la même conviction : Dieu n’a pas d’autre projet que de sauver ceux dont il a entendu les cris et dont il connaît les souffrances (Ex 3,7 et suivants). Et rien ne peut lui résister.

Dieu accumule donc les gestes de puissance. Il fend la mer et trace un chemin comme il avait séparé les eaux au début du monde et fait apparaître la terre afin d'y mettre l'homme (Gn 1). Il dompte l’Égypte et sa toute puissance ; et les Égyptiens, dont il a «endurci le coeur», s’avancent vers leur perte. Pour qu’il se «glorifie» à leurs dépens.

Émerveillés, les Hébreux «voient» maintenant morts ceux qu’ils avaient «vus» naguère vivants. Et parce qu’ils ont «vu» la main puissante du SEIGNEUR réaliser sa promesse, ils passent de la crainte du Pharaon à la crainte de Dieu. Et ils croient.

Au coeur de la mémoire

« Moi je vous ai fait monter du pays d'Egypte…» (Amos 2,10) Le peuple de Dieu n'oubliera jamais le salut expérimenté lors du passage de la mer. Nous en avons pour preuve les nombreuses références à l'exode dans les livres historiques (2 S 7,6 ; 1 R 8,21 etc.), prophétiques (Am 3,1 ; Os 2,17 ; Mi 6,4-5 ; Jr 2,2-6 ; Ez 20,5 etc.) ou encore dans les psaumes (Ps 77, 95 etc.). A Babylone, pourtant, celui qu'on appelle le "deuxième Isaïe" invite les exilés à ne pas faire mémoire seule­ment du passé - si beau soit-il - mais à mettre leur espérance et leur foi en un nouvel exode : « Ne vous souvenez plus des premiers événements, ne ressassez plus les faits d’autrefois. Voilà que je fais faire du neuf qui déjà bourgeonne, ne le reconnaîtrez-vous pas ? » (Is 43, 18-19).

Enfin les références à la libération d'Egypte ne manquent pas dans le dernier livre de l'Ancien Testament : le livre de la Sagesse (Sg 19,1-12). Pas plus que dans le Nouveau Testament pour dire la nouveauté du salut de Dieu en Jésus-Christ (Jn 6 ; Mt 26,26-29 ; 1 Co 10,1-11 etc.)

Dans la vie liturgique et la vie sociale

En même temps qu'il se rappelle avoir été «tiré de la maison de servitude» (Ex 20,2) le Peuple de Dieu fonde dans cette intervention divine ses fêtes liturgiques et ses grandes insti­tutions : la Pâque, la fête des pains sans levain, l'offrande des premiers-nés et des prémices, la circoncision et le sabbat. Une simple lecture de Ex 12-13 montre comment Israël s’est approprié des fêtes païennes et en a transformé le sens. Des fêtes liées au cycle de la nature sont devenues le «mémorial» de la libération d’Égypte.

Or dans l'acte liturgique, on ne se contente pas d’évoquer le passé. De façon com­munautaire et personnelle, on revit périodiquement la sortie d’Égypte pour accueillir dans sa vie la délivrance pascale et pour entrer pleinement dans l’alliance conclue avec Dieu. Faire mémoire des événements de l'Exode, dans et à travers la liturgie, c’est pour le Peuple de Dieu les rendre présents et y participer. C’est s’ouvrir à un salut toujours nouveau. Car «en chaque génération on doit se regarder soi-même comme sorti d’Égypte» (Ex 13,8).

On comprend alors que le Peuple de Dieu ait fait de la libération d’Égypte le fondement de sa «morale» sociale et politique. Et cela d’autant plus, à en croire les récits bibliques, que c’est de Dieu lui-même qu’il avait reçu la mission de manifester l’actualité du salut. Comment ? En prenant soin de ceux qui sont dans le malheur ou la misère : «Tu ne biaiseras pas avec le droit d’un émigré ou d’un orphelin. Tu ne prendras pas en gage le vêtement d’une veuve. Tu te souviendras qu’en Égypte tu étais esclave, et que le Seigneur ton Dieu t’a racheté de là. C’est pourquoi je t’ordonne de mettre en pratique cette parole » (Dt 24,17-18)

 En exode…

Voilà qui montre l’importance et l’actualité de ce premier événement où Dieu s’est révélé comme un Dieu sauveur et libérateur. En se manifestant ainsi, Dieu a ouvert à l'humanité un chemin qui est inséparablement un chemin de foi et de liberté. Un chemin où l’on apprend à reconnaître les signes du salut, où l’on passe de la peur à la foi, pour accepter ensuite de participer à l’oeuvre divine. Car le véritable salut fait de ceux et celles qui ont été sauvés des témoins actifs du projet de Dieu. Et donc des hommes et des femmes en exode.

En exode : c’est-à-dire qui acceptent de sortir d'eux-mêmes, de se mettre en route, de s’ouvrir à Celui qui est fondamentalement Sauveur.

 

© SBEV. Pierre Debergé.

 
Ex 14,1-31
1Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse :
2« Dis aux fils d'Israël de revenir camper devant Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer - c'est devant Baal-Cefôn, juste en face, que vous camperez, au bord de la mer.
3Alors le Pharaon dira des fils d'Israël : "Les voilà qui errent affolés dans le pays ! Le désert s'est refermé sur eux !"
4J'endurcirai le coeur du Pharaon, et il les poursuivra. Mais je me glorifierai aux dépens du Pharaon et de toutes ses forces, et les Egyptiens connaîtront que c'est moi le SEIGNEUR. » Ils firent ainsi.
5On annonça au roi d'Egypte que le peuple avait pris la fuite. Le Pharaon et ses serviteurs changèrent d'idée au sujet du peuple et ils dirent : « Qu'avons-nous fait là ? Nous avons laissé Israël quitter notre service ! »
6Il attela son char et prit son peuple avec lui.
7Il prit six cents chars d'élite, et tous les chars d'Egypte, chacun avec des écuyers.
8Le SEIGNEUR endurcit le coeur du Pharaon, roi d'Egypte, qui poursuivit les fils d'Israël, ces fils d'Israël qui sortaient la main haute.
9Les Egyptiens les poursuivirent et les rattrapèrent comme ils campaient au bord de la mer - tous les attelages du Pharaon, ses cavaliers et ses forces - près de Pi-Hahiroth, devant Baal-Cefôn.
10Le Pharaon s'était approché. Les fils d'Israël levèrent les yeux : voici que l'Egypte s'était mise en route derrière eux ! Les fils d'Israël eurent grand-peur et crièrent vers le SEIGNEUR.
11Ils dirent à Moïse : « L'Egypte manquait-elle de tombeaux que tu nous aies emmenés mourir au désert ? Que nous as-tu fait là, en nous faisant sortir d'Egypte  ?
12Ne te l'avions-nous pas dit en Egypte : "Laisse-nous servir les Egyptiens ! Mieux vaut pour nous servir les Egyptiens que mourir au désert." »
13Moïse dit au peuple : « N'ayez pas peur ! Tenez bon ! Et voyez le salut que le SEIGNEUR réalisera pour vous aujourd'hui. Vous qui avez vu les Egyptiens aujourd'hui, vous ne les reverrez plus jamais.
14C'est le SEIGNEUR qui combattra pour vous. Et vous, vous resterez cois ! ».
15Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Qu'as-tu à crier vers moi ? Parle aux fils d'Israël : qu'on se mette en route !
16Et toi, lève ton bâton, étends la main sur la mer, fends-la, et que les fils d'Israël pénètrent au milieu de la mer à pied sec.
17Et moi, je vais endurcir le coeur des Egyptiens pour qu'ils y pénètrent derrière eux et que je me glorifie aux dépens du Pharaon et de toutes ses forces, de ses chars et de ses cavaliers.
18Ainsi les Egyptiens connaîtront que c'est moi le SEIGNEUR, quand je me serai glorifié aux dépens du Pharaon, de ses chars et de ses cavaliers. »
19L'ange de Dieu qui marchait en avant du camp d'Israël partit et passa sur leurs arrières. La colonne de nuée partit de devant eux et se tint sur leurs arrières.
20Elle s'inséra entre le camp des Egyptiens et le camp d'Israël. Il y eut la nuée, mais aussi les ténèbres ; alors elle éclaira la nuit. Et l'on ne s'approcha pas l'un de l'autre de toute la nuit.
21Moïse étendit la main sur la mer. Le SEIGNEUR refoula la mer toute la nuit par un vent d'est puissant et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent,
22et les fils d'Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.
23Les Egyptiens les poursuivirent et pénétrèrent derrière eux - tous les chevaux du Pharaon, ses chars et ses cavaliers - jusqu'au milieu de la mer.
24Or, au cours de la veille du matin, depuis la colonne de feu et de nuée, le SEIGNEUR observa le camp des Egyptiens et il mit le désordre dans le camp des Egyptiens.
25Il bloqua les roues de leurs chars et en rendit la conduite pénible. L'Egypte dit : « Fuyons loin d'Israël, car c'est le SEIGNEUR qui combat pour eux contre l'Egypte ! »
26Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Etends la main sur la mer : que les eaux reviennent sur l'Egypte, sur ses chars et ses cavaliers ! »
27Moïse étendit la main sur la mer. A l'approche du matin, la mer revint à sa place habituelle, tandis que les Egyptiens fuyaient à sa rencontre. Et le SEIGNEUR se débarrassa des Egyptiens au milieu de la mer.
28Les eaux revinrent et recouvrirent les chars et les cavaliers ; de toutes les forces du Pharaon qui avaient pénétré dans la mer derrière Israël, il ne resta personne.
29Mais les fils d'Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.
30Le SEIGNEUR, en ce jour-là, sauva Israël de la main de l'Egypte, et Israël vit l'Egypte morte sur le rivage de la mer.
31Israël vit avec quelle main puissante le SEIGNEUR avait agi contre l'Egypte. Le peuple craignit le SEIGNEUR, il mit sa foi dans le SEIGNEUR et en Moïse son serviteur.
Ex 14,1-31
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org