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Enfanter
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Femme
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Le Saux Madeleine
La femme qui enfante
Théologie
 
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La figure de la femme sur le point d'enfanter se retrouve et dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament...
 

La figure de la femme sur le point d'enfanter se retrouve et dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. On la voit affligée ou joyeuse, toujours mystérieuse, et tournée vers l'avenir.

Isaïe 26. Enfanter du vent

L'absence de fécondité est douloureuse. C'est vrai de la femme qui a rêvé d'être mère, en vain. C'est vrai d'un peuple appelé à montrer le chemin de la vie aux autres nations et qui n'a pas mené à terme le projet divin. Un passage du livre d'Isaïe exprime cette souffrance : "Nous avons été devant toi, Seigneur, comme une femme enceinte, près d'enfanter, qui se tord et crie dans les douleurs ; mais c'est comme si nous avions enfanté du vent : nous n'apportons pas le salut à la terre, ni au monde de nouveaux habitants" (Is 26,17‑18).

Isaïe 54. La stérile invitée à la joie

À l'opposé de cette lamentation, un chant d'espoir. Vers 540 avant J.-C., un signe se profile pour les fils d'Israël exilés à Babylone : le conquérant Cyrus va-t-il mettre fin à leur épreuve ? Le prophète appelé "Second Isaïe" fait alors entendre la voix du Seigneur. La joie promise y dépasse de beaucoup la libération politique : "Pousse des acclamations, toi, stérile, qui n'enfantais plus ; explose en acclamations et vibre, toi qui ne mettais plus au monde, car les voici en foule, les fils de la désolée" (Is 54,1).

Isaïe 66. À peine en travail, Sion a enfanté

Les exilés revenus au pays, Jérusalem, la ville sainte poétiquement appelée Sion (du nom de la colline où s'élève le Temple) se reconstruit. Le Seigneur veille et l'inouï arrive : en accouchant d'un seul garçon, c'est tout un peuple qui naît. "Avant d'être en travail elle a enfanté, avant que lui viennent les douleurs, elle s'est libérée d'un garçon… Qui a jamais vu semblable chose ? Un pays est-il mis au monde en un seul jour, une nation est-elle enfantée en une seule fois pour qu'à peine en travail, Sion ait enfanté ses fils ?" (Is 66,7‑8).

 

Israël, Sion et l'Église

À lui seul, le Livre d'Isaïe propose donc plusieurs fois l'image de la femme qui enfante dans les douleurs ou dans la joie (cf. les textes ci-contre). Cette femme représente le peuple d'Israël, aussi bien dans l'échec de sa mission (Is 26) que dans la joie d'une transformation dont Le Seigneur seul est l'auteur (Is 54 et 66). Le nom féminin de Sion donné au peuple s'harmonise bien avec ce langage de l'Alliance. Le Seigneur est un époux aimant qui lui donne une fécondité, une beauté inouïe. Au point qu'on pourrait s'écrier, avec le fiancé du Cantique des Cantiques : "Qui donc est celle-ci qui surgit comme l'aurore, belle comme la lune, brillante comme le soleil ?" (Ct 6,10).

Dans l'Apocalypse, cet éclat est rehaussé par une couronne de douze étoiles. On peut y voir un symbole des douze tribus d'Israël qui ont connu les menaces de mort, le désert, les épreuves mais aussi le salut et la protection divine. De même l'Église des commencements, pour laquelle écrit Jean le visionnaire, a pour "couronne" les douze apôtres ; elle a connu très vite une fécondité merveilleuse grâce à l'Esprit saint. Et si sa descendance est menacée par les forces du mal, Dieu ne l'abandonne pas. En elle il réside comme en Sion, il est sa force. D'une certaine manière, l'Église est " Fille de Sion".

Hors des flots de la mort

Il faut revenir au livre d'Isaïe. En Is 66, Sion met au monde un "garçon" et tout aussitôt un nouveau peuple. Comment ne pas voir en ce garçon une nouvelle figure du roi idéal, source de bonheur pour tous, une figure qui prend le relais de celle d'Is 7,14 : "La jeune femme est enceinte et elle enfante un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel " ? Le livre d'Isaïe, du début jusqu'à la fin, évoquerait ainsi l'attente du Messie de Dieu ! Sion a beau avoir connu l'échec et la détresse, Dieu lui accordera d'enfanter le "merveilleux Conseiller" qui "délivrera chacun des flots de la mort" selon la belle formule d'une hymne juive trouvée parmi les manuscrits de Quoumrân. Les chrétiens disent que cette attente a été comblée par Jésus de Nazareth.

C'est parce qu'elle enfante le Sauveur du monde que la femme est si belle, si lumineuse. C'est parce qu'elle résume toute l'histoire du peuple d'Israël et annonce celle de l'Église qu'elle est éprouvée et menacée. Dans tous les cas, puisque Dieu la protège, elle est un signe d'espoir extraordinaire, une aurore pour tous ceux qui attendent la venue du soleil de justice.


© SBEV. Madeleine Le Saux.

 
Ap 12,1-2
1Un grand signe apparut dans le ciel  : une femme, vêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.
2Elle était enceinte et criait dans le travail et les douleurs de l'enfantement.
Is 26,17-18
Is 54,1
Is 66,7-8
Ap 12,1-2
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org