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Guéry Dominique-Emmanuel
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Web gallery of art: la femme de l'Apocalypse, 1390, Staatlic ...
Relisons l'Apocalypse : elle nous révèle le sens de l'Histoire et nous redonne confiance en l'avenir...
 

Comme les prophètes de l'Ancien Testament, Jean, auteur de l'Apocalypse, se fait serviteur de la Parole reçue et nous appelle à la vigilance. Il sait de quoi l'histoire est faite, les malheurs qui la tissent et qui font douter de son sens. De ce désespoir il veut nous libérer. D'emblée, il a lancé une béatitude, la première des sept qui ponctuent son livre : "Heureux celui qui lit et ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui s'y trouve écrit " (Ap 1,3).

Pâques et l'Exode

Au chapitre 12, "la Révélation de Jésus Christ" franchit une étape décisive : la septième trompette vient de sonner, le Temple de Dieu dans le ciel s'ouvre et l'arche de l'alliance "apparaît" (11,19). Dans un livre qui "donne à voir", l'utilisation pour la première fois de ce mot est importante. Avec le mot "apparaître" nous sommes en effet mystérieusement plongés dans le vocabulaire des apparitions pascales du Ressuscité. Un axe de lecture qui se conjoint à une autre : l'Exode.

Le mot "signe" apparaît trois fois dans l'Apocalypse : ici (v. 1 et 3) et en 15,1. Son emploi n'est pas neutre. Dans le Quatrième Évangile, il désigne les actes salvifiques de Dieu dans l'histoire. Or le premier de ces signes est, par excellence, l'Exode auquel nous renvoient quelques images. Le désert où s'enfuit la femme rappelle l'autre désert où le peuple, fuyant Pharaon, a expérimenté la protection de Dieu qui le nourrit de la manne. Et si la femme reçoit des ailes d'aigle pour s'échapper, c'est en écho à la parole du Seigneur : "Vous avez vu vous-mêmes ce que j'ai fait à l'Égypte, comment je vous ai portés sur des ailes d'aigles et vous ai fait arriver jusqu'à moi" (Ex 19,4). Plus tard, devant la mer de cristal, les vainqueurs de la bête chanteront "le cantique de Moïse et de l'agneau" (Ap 15,3). Ainsi, sur fond d'Exode et de Pâques prennent sens les signes donnés.

Grandiose ou dérisoire

Le "signe de la femme" est grandiose. Nous devons sans doute y voir une figure du peuple de Dieu qui met le rédempteur au monde. La naissance douloureuse se comprend dans un contexte pascal : il s'agit de la passion du Christ.

Un lien fort unit d'ailleurs ce passage avec le chapitre 16 du Quatrième Évangile où Jésus annonce à ses disciples d'une part la tristesse que va provoquer en eux sa passion et d'autre part la joie qui suivra sa résurrection. Cette tristesse est à vivre comme une participation aux douleurs messianiques. Elle aboutit au don de la vie au monde, au matin de Pâques. De ceux qui sont restés aux côtés du Christ durant ses épreuves un peuple nouveau va naître. Et Jésus de conclure : "En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j'ai vaincu le monde" (Jn 16,33). Tout le livre de l'Apocalypse nous conforte dans cette espérance. Aux chrétiens persécutés, il rappelle une donnée essentielle de la foi : l'Église survivra à toutes les attaques de ses ennemis célestes ou terrestres, intérieurs ou extérieurs.

Face au "grand signe" de la femme, le signe de dragon paraît dérisoire. Car si la femme est enveloppée de soleil, le dragon lui, n'est que rouge-feu, lumière de mort. Il est vite démasqué comme "l'antique serpent (…) séducteur du monde entier". Or le Quatrième Évangile l'affirme : " le Prince de ce monde est jeté dehors " (Jn 12,31). Ceci est repris dans le cri de victoire de Ap 12,11 : " il a été précipité l'accusateur de nos frères ".

Le temps du salut

Depuis Pâques, le monde est jugé et Jésus se fait lui-même notre Avocat auprès du Père, prenant sur Lui le péché du monde. Il réduit à néant les efforts de Satan pour obtenir la condamnation du genre humain. " Voici le temps du salut " (Ap 12,10) : ce temps est l'heure de la Croix (Jn 13,1), le moment où "l'agneau de Dieu" répand son sang. Voilà ce que Jean le visionnaire, avec sa force de prophète, proclame aux jeunes Églises persécutées : Satan a perdu la guerre. La victoire de Michaël, de ce point de vue, n'est pas autre chose que la contrepartie céleste et symbolique de la réalité terrestre, historique, de la Croix. Le serpent peut bien encore mordre au talon la descendance de la femme (Gn 3,15), l'issue est déjà assurée.

Alors, regardons une dernière fois la femme lumineuse et douloureuse. Elle est la mère du Crucifié. "Femme", c'est ainsi que Jésus nomme Marie dans le Quatrième Évangile, à Cana d'abord puis au pied de la Croix (Jn 2, 4 et 19,26). Le Crucifié n'a-t-il pas confié à sa mère, en la personne du Disciple bien-aimé, le "reste de la descendance" que nous découvrons à la fin du récit (Ap 12,17) ? Aux heures critiques, quand nous ne savons plus très bien déchiffrer les signes de Dieu dans l'histoire, qu'elle reste pour nous "un grand signe dans le ciel" (Ap. 12,1).


© SBEV. Dominique-Emmanuel Guéry

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org