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Espérance
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Lumière
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Règne de Dieu
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Billon Gérard
La lumière qui perce les ténèbres
Théologie
 
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Dans le peuple juif, la métaphore de la lumière qui perce les ténèbres accompagne l'espérance du Messie...
 

Dans le peuple juif, la métaphore de la lumière qui perce les ténèbres accompagne l'espérance du Messie. Chez saint Luc et saint Matthieu, dès les premières pages de leur évangile, elle attire l'attention du lecteur sur le sens de la mission de Jésus.

Dieu visite son peuple

À l'aube du christianisme, plusieurs courants juifs attendent la venue du Messie. Figure mystérieuse – sera-t-il descendant de David ? Prêtre ? Ou encore Dieu lui-même ? –, il inaugurera le moment ultime où Dieu va restaurer définitivement le bonheur de son peuple. Les oracles d'Isaïe sont relus dans cette perspective. Une illustration en est donnée par le Testament de Lévi. À partir de Nombres 24,17 ("une étoile – ou "un astre", selon la traduction grecque – se lèvera de Jacob...") le texte développe une métaphore qui reprend certains thèmes d'Isaie 9 : lumière / ténèbres, roi, paix universelle.

La même métaphore est employée par les évangélistes. L'allusion à Isaïe 9,1 se fait explicite mais de façon fort libre. Notons seulement ce qui est dit de la situation de détresse. "Le pays de l'ombre" est devenu "l'ombre de la mort" pour St Luc et "le sombre pays de la mort" pour St Matthieu. La conviction des premiers chrétiens est là : Jésus, le "fils" donné par Dieu a triomphé de la mort. Pour appuyer cette conviction, Luc 7,11-17 raconte par exemple comment Jésus rend la vie au fils d'une veuve. En conclusion, la foule acclame : "Dieu a visité son peuple", reprenant le mot de Zacharie (Lc 1,78). L'espérance est devenue réalité.

Pour Luc, ce triomphe de la vie est le fruit de la "bonté" de Dieu. Autrefois Isaïe 9,6 attribuait le don de la paix à "l'amour jaloux du Seigneur". Maintenant, Luc préfère y voir un effet de sa compassion. Dieu se laisse toucher par le malheur des pauvres et c'est sa compassion même qui fait réagir Jésus au vu des larmes de la veuve (Luc 7,13).

Le Règne de Dieu

Les mêmes mots du prophète, Matthieu leur donne un accent différent. D'emblée, il insiste sur un pays, un territoire. Si la mission de Jésus se termine à Jérusalem, ville royale – et assassine, cf. Mt 23,37 – elle commence en Galilée. Isaïe n'a pas parlé explicitement de la Galilée, mais nous sommes dans la région. Autrefois, elle était sous la menace de l'oppression assyrienne. Aujourd'hui, elle est devenue une zone frontière, au contact des païens, ce qui ne va pas sans risques (cf. la formule "le sombre pays de la mort"). Mais c'est aussi une chance puisque l'Évangile doit être annoncé à toutes les nations (Mt 28,16-20). Et Matthieu d'insister sur ce choix volontaire par Jésus de la "Galilée des nations". La lumière s'y lève lorsqu'il inaugure la prédication du Royaume des cieux. Elle s'étend à l'univers lorsque le Ressuscité y convoque ses disciples afin les envoyer dans le monde entier.

Luc attire notre regard sur les effets de la bonté de Dieu et Matthieu sur l'universalité de l'annonce de son Règne. À eux deux, ils rendent hommage au poème d'Isaïe, parole de Dieu : ils en tirent les mots nécessaires pour dire la richesse du mystère du Christ. Sans oublier ceci : matin après matin, "l'astre levant" qui est aussi l'Emmanuel, "Dieu-avec-nous" (cf. Mt 1,23 et 28,20), guide les pas de ses disciples sur la route de la paix, harmonie désirée avec Dieu et avec nos frères. Pour nous, c'est un don, mais c'est aussi une responsabilité. Nous sommes en chemin.

© SBEV. Gérard Billon.

 
Lc 1,78-79
Mt 4,12-17
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org