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Chair
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Homme
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Verbe
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Le Saux Madeleine
Il a habité parmi nous
Théologie
 
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"Le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous"...
 

"Le Verbe était Dieu" : telle est la première affirmation qui ouvre l’Évangile de Jean. Mais qu’en saurions-nous et en quoi serions-nous concernés s’il n’y avait aussi l’autre réalité : "le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous" (Jn 1,14) ?

Dès le Prologue, le Quatrième évangile nous invite à lire l’événement Jésus dans sa double dimension divine et humaine : Jésus est le Verbe et il s’est fait chair. Dans la suite de l’évangile les nombreux développements théologiques vont s’inscrire dans l’histoire humaine du Fils de Dieu qui tout partagé de notre condition : la joie, les limites, les souffrances et la mort.

Quelqu’un de Nazareth

Comme les autres évangiles, celui de Jean situe Jésus dans une famille et un pays. Philippe le présente à Nathanaël comme "le fils de Joseph, de Nazareth". Et la réaction de Nathanaël nous apprend ce que l'on pense de ce village : "De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ?" (1,46). Plus loin la prétention de Jésus à être "le pain qui descend du ciel" amène ses auditeurs incrédules à se dire : "N'est-ce pas Jésus, le fils de Joseph ? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère ?" (6,42). Ses contemporains en savaient assez sur son passé pour s'étonner de la science dont il fait preuve dans ses discours : "Comment est-il si savant, lui qui n'a pas étudié ?" (7,15). Ses adversaires murmurent : "celui-ci nous savons d’où il est" et concluent qu'il ne peut donc être le Christ (6,27) . L’évangéliste pense évidemment le contraire !

Un homme comme les autres ?

De manière différente des autres évangiles, l’évangile de Jean s’attache aussi à montrer en Jésus un homme parmi les autres. Il y a d'abord le mot "homme", fréquemment employé par son entourage pour désigner Jésus. Cela va de la Samaritaine à Pilate, en passant par ceux qui lui sont hostiles et le condamnent, ceux qui l'admirent et le défendent ou encore ceux qu'il a guéris. Ailleurs, on le voit participer à des noces, monte à Jérusalem comme les Juifs pieux de son temps, partager la vie de ses contemporains. Enfin il est soumis aux limites communes. Ainsi, quand il rencontre la Samaritaine, Jean précise qu’il "fatigué du chemin" (4,6) et il demande à boire tandis que les disciples sont allés chercher de quoi manger.

Il est étonnant de voir la précision et le réalisme avec laquelle Jean décrit parfois les gestes de Jésus. Sa façon méticuleuse de raconter la guérison de l'aveugle-né : "il cracha à terre, fit de la boue avec la salive et l'appliqua sur les yeux de l'aveugle" (9,6). D'autres scènes ont le même caractère concret. Ainsi le lavement des pieds avant le dernier repas, ou encore le geste familier par lequel il désigne le traître à ses compagnons de table : "Jésus prit la bouchée qu'il avait trempée et la donna à Judas Iscariote" (13,26). Au fil de l’évangile, le lecteur voit agir un homme comme il en existe tant. Et pourtant…

Un homme… très "humain"

Et pourtant, cet homme est différent : "Jamais homme n’a parlé comme cet homme" (Jn 7,46). Il connaît mieux que beaucoup le contenu des cœurs (Jn 2,25). Mais surtout, il se montre "humain" comme nul autre, il compatit à la peine de chacun et agit en conséquence. Tout l'évangile en témoigne. A Cana il tire d'embarras le maître du repas. Il accepte de rencontrer Nicodème dans sa nuit. Il s'intéresse à la femme de Samarie que tout exclut de la bonne société de son temps. À l'officier royal dont le fils se meurt il rend l'espoir et la vie. Il se laisse toucher par le paralysé qui, depuis 38 ans, attend son tour d'être guéri à la piscine de Bethzatha. Il s'inquiète de donner à manger à la foule venue l'écouter. Il sauve la femme adultère d'une mort certaine. Il va au-devant de l'aveugle qu’il a guéri et que les pharisiens ont jeté dehors. Tant d'humanité n'empêche cependant pas Jésus de faire preuve de violence quelquefois ; c'est ainsi qu'il se fait un fouet pour chasser les vendeurs du Temple (Jn 2,15) et qu'il a des mots très durs pour dénoncer l'hypocrisie et l’aveuglement de ses adversaires (Jn 9,41).

La mort le bouleverse, celle de son ami Lazare, mais aussi la sienne qu'il voit venir. Il "frémit intérieurement" et il se trouble devant les larmes de Marie, la sœur de Lazare (Jn 11,33). Il est même dit qu'il pleure, ce qui est unique dans les évangiles. Pour ce qui est de sa propre mort, il fait face lorsqu’il est arrêté et il fait preuve d’une très grande maîtrise tout au long de sa Passion. Mais il est aussi celui qui, quelques temps avant, "se retire et se cache" des ennemis qui ont décidé sa perte (Jn 12,36) et il avoue à ses disciples que son âme est "troublée" (Jn 12,27) parce que l'heure approche.

"Voici l’homme"

Pour l’auteur du Quatrième évangile, Jésus est humain jusqu’au bout, et dans tous les sens du terme. Aussi lorsqu’il met sur les lèvres de Pilate ce mot extraordinaire : "Voici l'homme" (19,5), il nous livre le cœur de sa réflexion. Même défiguré par la flagellation ou portant la couronne d'épines et le manteau de la dérision, Jésus est l'Homme par excellence. Mieux, parfaite image de Dieu, il est celui qui, dans son humanité, révèle le vrai visage de Dieu. Car lui seul peut dire : "Qui m’a vu a vu le Père" (14,9).
 

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
Jn 1,14
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org