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Histoire Sainte
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Usages scolaires
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Saint-Martin Isabelle
Histoire sainte et usages scolaires
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Après la rupture révolutionnaire, les lois scolaires du XIXe siècle vont marquer l'apogée de l'enseignement religieux pour tous...
 

Après la rupture révolutionnaire, les lois scolaires du XIXe siècle vont marquer l’apogée de l’enseignement religieux pour tous. Dès 1816, les instituteurs du premier degré doivent développer « la connaissance de l’histoire de l’Ancien et du Nouveau Testament ». Suivant la loi Guizot de 1833, le statut des écoles primaires de 1834 stipule que « pour les enfants de huit à dix ans, l’instruction morale et religieuse consistera dans l’étude de l’histoire sainte, Ancien et Nouveau Testament ». Avec la loi Falloux (1850), l’instituteur devient une sorte de clerc-laïc chargé d’enseigner le catéchisme et l’histoire sainte. Un cours destiné aux écoles normales primaires en rappelle la définition. L’histoire comprend l’histoire sacrée et l’histoire profane, l’histoire sacrée se subdivise en histoire sainte et histoire ecclésiastique.

• Abbé C. J. Drioux, Histoire sainte (5e éd., Paris, Belin, 1875)

L’histoire sainte comprend les événements religieux qui se sont passés depuis le commencement du monde jusqu’à la dispersion des Juifs. On l’appelle ainsi parce que les faits qu’elle rapporte sont pris dans les livres saints. L’Ancien Testament et le Nouveau sont les sources inspirées auxquelles elle puise ses admirables récits. Elle nous fait connaître toutes les merveilles que Dieu a opérées en faveur de son peuple privilégié et nous montre la religion depuis Adam jusqu’à Jésus-Christ.

Si les ouvrages de Royaumont, Fleury et Lhomond ne cessent d’être réédités, des abrégés plus maniables et succincts connaissent aussi un grand succès tel celui du jésuite Jean-Nicolas Loriquet, petit fascicule d’une centaine de pages par demandes et réponses.

• Jean-Nicolas Loriquet, Histoire sainte par demandes et réponses… (1816)

D. Qu’arriva-t-il à Joseph dans la maison de Putiphar ?

R. Putiphar, ayant reconnu la sagesse de Joseph, conçut de l’affection pour lui et le fit intendant de sa maison. Joseph ne resta par longtemps en faveur. Dieu avait résolu de mettre sa vertu à l’épreuve. La femme de Putiphar tendit des pièges à son innocence ; mais la crainte du Seigneur rendit Joseph inaccessible aux attraits du vice ; il prit la fuite laissant son manteau entre les mains de cette femme impudique, qui s’en servit pour l’accuser devant son mari. Putiphar la crut ; et Joseph fut mis en prison sans avoir prononcé un seul mot pour se justifier.

D. Que doit-on penser de la conduite de Dieu sur Joseph, à qui sa vertu n’attire que de mauvais traitement ?

Si le texte ne censure pas totalement l’épisode, le récit en est très succinct et conduit surtout à un commentaire théologique et moral. Pratique critiquée par l’abbé Claude Joseph Drioux qui estime que dans ces abrégés, « sous prétexte que ces drames étaient trop vastes pour être encadrés dans leur plan, ils les ont, pour la plupart, indignement mutilés et leur ont substitué un sommaire fort maigre ou bien une analyse très sèche et très stérile. La vie s’est retirée de leur récit »(Précis élémentaire d’histoire sainte,p. vii).

Avec plus ou moins de détails selon les éditions, les programmes couvrent, en les divisant en six ou huit époques, les premiers âges du monde (la Création, Lot, Noé, la tour de Babel…), l’histoire des patriarches, l’époque de Moïse, l’époque de Josué et des Juges, l’époque des Rois, les royaumes d’Israël et de Juda, le temps de la captivité à Babylone, le retour de Babylone jusqu’aux Maccabées. Le Nouveau Testament suit également une présentation unifiée de la vie de Jésus et du temps des apôtres. Dans cette approche, les textes juridiques, le Cantique des cantiques et maints aspects de la littérature de sagesse sont écartés, y compris les Psaumes, mais pour le catéchisme un psautier venait souvent en complément. Les programmes varient au long du siècle, mais l’histoire sainte est également présente dans les manuels d’histoire jusqu’à loi du 28 mars 1882, qui pose le principe de la laïcité scolaire.

 

© Isabelle Saint-Martin, SBEV / Éd. du CerfSupplément au Cahier Évangile n° 158 (décembre 2011), "Réécrire les saintes Écritures", p. 117-118.

 
 
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