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Communion fraternelle
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culte
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Loi
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Première communauté chrétienne
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Billon Gérard
Les premiers chrétiens : une communauté unie dans la foi au Seigneur
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Le peuple est uni dans la foi au Seigneur de l'Alliance, le culte et les actes de miséricorde : les "trois piliers du monde..."
 

En énumérant les fondements de l'Église et en insistant sur la belle unanimité des premiers chrétiens, le récit de St Luc nous remet en mémoire l'enthousiasme et le cœur qui furent ceux du peuple d'Israël lors du don de la Loi au Sinaï.

Désir unanime

La libération d'Égypte est célébrée à Pâque et le don de la Loi, à la Pentecôte. Selon les récits fondateurs, arrivé au pied du Sinaï, le peuple a affirmé son désir unanime de recevoir le Décalogue et les décrets divins : Moïse vint ; il appela les anciens du peuple et leur exposa toutes ces paroles, ce que le Seigneur lui avait ordonné. Tout le peuple répondit, unanime : "Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique." (Ex 19,7-8)

Purification

Avant de recevoir la Loi de liberté, le peuple est invité à un acte cultuel, une purification : Le Seigneur dit a Moïse : "Va vers le peuple et sanctifie-le aujourd'hui et demain ; qu'ils lavent leurs manteaux, qu'ils soient prêts pour le troisième jour, car c'est au troisième jour que le Seigneur descendra sur le mont Sinaï aux yeux de tout le peuple." (Ex 19,10-11)

Sacrifices et repas d'alliance

Le don de la Loi se conclura par un nouvel acte cultuel (les sacrifices) et un repas unique de communion devant Dieu : Moïse prit le livre de l'alliance et en fit lecture au peuple. Celui-ci dit : "Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous l'entendrons." Moïse prit le sang, en aspergea le peuple et dit : "Voici le sang de l'alliance que le Seigneur a conclue avec vous, sur la base de toutes ces paroles." Et Moïse monta, ainsi qu'Aaron, Nadav et Avihou et soixante dix des anciens d'Israël. Ils virent le Dieu d'Israël et sous ses pieds, c'était comme une sorte de pavement de lazulite, d'une limpidité semblable au fond du ciel. Sur ces privilégiés des fils d'Israël, il ne porta pas la main ; ils contemplèrent Dieu, ils mangèrent et ils burent. (Ex 24,7-11)

 

Plusieurs fois, le livre de l'Exode souligne combien le peuple est unanime à recevoir les paroles divines. Unanimité qui est communion, adhésion, décision. Communion par le rituel de purification, les sacrifices et le repas des délégués en présence de Dieu sur le Sinaï, adhésion au Dieu unique (début du Décalogue), décision de vivre la fraternité, le respect de l'autre et de ses biens (fin du Décalogue). Dit d'une autre manière, le peuple est uni dans la foi au Seigneur de l'Alliance, le culte et les actes de miséricorde.

Trois activités fondamentales

 "Le monde repose sur trois piliers : la Loi et le culte et les œuvres de miséricorde". Cette sentence, célèbre dans le judaïsme jusqu'à aujourd'hui, est attribuée à un grand-prêtre du IIIe siècle av. J.-C., Simon le Juste. Le premier pilier, c'est la Loi (écrite et orale). Dans la Loi, Dieu se révèle libérateur, créateur, pasteur. Dans la Loi, Israël reçoit son identité de peuple choisi. Son étude est indispensable. Au fil des discussions et des commentaires, se manifeste un grand amour de la sagesse : il y va de la foi et des repères pour vivre. Pour Simon le Juste, ce pilier est donc le premier. Suit immédiatement le deuxième : le culte. Pour honorer le Seigneur qui a donné sa Loi, le culte se déploie dans la sanctification du temps (sabbat, fêtes) et des personnes (purification), les sacrifices du Temple, les prières. Enfin, le troisième pilier se tourne vers le prochain : aimer Dieu se vérifie dans l'amour des autres. Visant les individus et la société, les œuvres de miséricorde sont lutte contre l'oppression, solidarité, justice, fraternité.

Tout par le Christ

Luc connaissait-il la sentence de Simon le Juste ? Nous l'ignorons. Mais comment ne pas voir qu'en décrivant la communauté de Jérusalem, il se situe dans cette tradition et la dépasse ? Lui aussi commence par mettre en premier l'étude de la Parole. Pour connaître le contenu de "l'enseignement des apôtres", il suffit de relire le discours de Pierre au jour de la Pentecôte. La prédication et la passion de Jésus sont racontées, sa résurrection argumentée par les Écritures, le salut proposé à tous. Désormais la Loi et les Écritures ont un point focal qui n'est plus Moïse, ou David mais le Messie, Jésus le Christ. Ce changement en entraîne un autre : l'enseignement ne conduit pas au culte, mais à ce qui découle du règne du Christ : la communion fraternelle. Cependant le culte n'est pas négligé : les prières sont conservées, certaines au Temple. Dans l'Église, la conscience que tout le culte de la Première Alliance a été assumé par la seule personne du Christ va néanmoins conduire à privilégier la "fraction du pain", actualisation du salut de Pâques. Le "repas du Seigneur" illumine les lieux quotidiens de la communauté : comment rompre le pain si la communion fraternelle n'est pas réalisée ?

Selon Simon le Juste, les trois piliers que sont la Loi, le culte et les œuvres de miséricorde font tenir le monde debout. Le monde, pas seulement le judaïsme ! Lourde responsabilité pour le peuple d'Israël. Pour l'Église, ces trois piliers portent désormais le nom de Jésus Christ. Par lui, le peuple de Dieu est enseigné, purifié, nourri une fois pour toutes. Et c'est bien pour le salut du monde que les apôtres, conduits par l'Esprit-Saint, sont les témoins du Ressuscité "jusqu'aux extrémités de la terre".
 

© SBEV. Gérard Billon.

 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
Ac 2,41-47
41Ceux qui accueillirent sa parole reçurent le baptême, et il y eut environ trois mille personnes ce jour-là qui se joignirent à eux.
42Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières.
43La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les apôtres.
44Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun.
45Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun.
46Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au temple  ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité de coeur.
47Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut.
Ac 4,32-35
32La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n'avait qu'un coeur et qu'une âme, et nul ne considérait comme sa propriété l'un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun.
33Une grande puissance marquait le témoignage rendu par les apôtres à la résurrection du Seigneur Jésus, et une grande grâce était à l'oeuvre chez eux tous.
34Nul parmi eux n'était indigent : en effet, ceux qui se trouvaient possesseurs de terrains ou de maisons les vendaient, apportaient le prix des biens qu'ils avaient cédés
35et le déposaient aux pieds des apôtres. Chacun en recevait une part selon ses besoins.
Ac 2,41-47
Ac 4,32-35
 
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