220
Fils de Dieu
222
Messie
221
Royal
2
Stricher Joseph
Fils de Dieu
Théologie
 
Commencer
 
Dans leur récit du baptême de Jésus, Marc, Matthieu et surtout Luc citent le Psaume 2...
 

Il y a une conviction chrétienne : les écrits de l'Ancien – ou plutôt du Premier – Testament dialoguent avec le Nouveau pour dire le mystère du Christ. Cela passe par des citations, des allusions, des rapprochements plus ou moins conscients. Ici, Marc, Matthieu et surtout Luc citent le Psaume 2.

Dans le Psaume 2, qui donc est ce personnage que le Seigneur appelle "mon fils" ? Nous, chrétiens, sommes tellement habitués à voir en Jésus le Fils de Dieu que nous oublions les autres personnes à qui ce titre peut être attribué.

Le Seigneur m’a dit :
"Tu es mon fils ;
moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.
Demande-moi,
Et je te donne les nations comme patrimoine,
En propriété les extrémités de la terre.
Tu les écraseras avec un sceptre de fer,
Et, comme un vase de potier, tu les mettras en pièces."

Et maintenant, rois, soyez intelligents ;
Laissez-vous corriger, juges de la terre !
Servez le Seigneur avec crainte,
Exultez en tremblant :
Rendez hommage au fils
Sinon il se fâche, et vous périssez en chemin,
Un rien et sa colère s’enflamme !

(Psaume 2, 7-12)

Des "Fils de Dieu", il en est question au début et à la fin du livre de Job. Ils sont membres de la cour céleste et se rendent à l’audience du Seigneur (Job 1,6). Ils ont crié hourra lors de la création du monde. (Job 38,7). Il s’agit des anges. À l’évidence il n’est pas question d’eux dans le psaume. S’agit-il alors du peuple d’Israël aimé comme un fils par Dieu, son Père (Os 11,1) ? Ou bien seulement des justes qui mettent leur confiance dans le Seigneur (Sg 2,18) ? Aucun de ces sens ne semble convenir ici.

Le roi, fils de Dieu

Tout semble indiquer que le fils de Dieu dont il est question dans le psaume est le roi d’Israël. Lors de sa montée sur le trône, le roi devient, selon la théologie d’Israël, un fils adoptif de Dieu. On se souvient la célèbre prophétie de Nathan dans laquelle Dieu s’engageait envers David et sa descendance : "Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils." (2 S 7,14). Le Psaume 2 prend tout son sens dans le cadre de la cérémonie d’investiture royale, lors du sacre. Dans l’extrait ci-contre, le roi puis le prophète du Temple de Jérusalem s’expriment pour souligner la grandeur redoutable du fils sur qui repose la force de Dieu. Le ton est un peu grandiloquent, le fils en question n’est après tout que le souverain d’un tout petit royaume coincé entre de gigantesques empires. Mais il est grand aux yeux des croyants.

Le Messie

Mais que se passe-t-il quand les rois disparaissent, quand les empires assyriens et néo-babyloniens balayent comme fétus de paille les royaumes du Nord et du Sud ? Que signifie alors le Psaume 2 dans la bouche du croyant ? Pourquoi continuer à le chanter alors qu’il n’y a plus de rois ? La figure du "fils" évoque maintenant un personnage nouveau, non plus le roi réel d’Israël et de Juda, mais le roi espéré dans un avenir plus ou moins proche. Petit à petit une conviction s’impose chez les croyants : Dieu enverra un roi-messie pour établir son règne sur la terre. Le Psaume 2, mais aussi d’autres psaumes (Ps 18, 20, 110, etc.) portent en eux cette espérance, l’attente du Messie, fils de Dieu.

Dans les évangiles synoptiques, Jésus est le Messie tant attendu. Lors de l’Annonciation, l’ange du Seigneur dit à Marie : "Il sera grand et sera appelé fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père." (Lc 1,32). Suite à la question de Marie, l’ange apporte une précision capitale : "Celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu" (1,37). La sainteté n’est pas une caractéristique royale. Elle est un attribut de Dieu. Comme l’expliqueront les théologiens par la suite, Jésus est de même nature que le Père. Lors du baptême, Jésus est donc le Fils révélé par le Père et donné par lui à son peuple. Il est le vrai roi d’Israël et il est plus que cela : le Seigneur des vivants et des morts.

"Comme il est écrit... ”

Dans les Actes des Apôtres, la filiation divine de Jésus se révèle en plénitude. La communauté chrétienne d’après Pâque confesse que Jésus est Fils de Dieu. Paul va le proclamer dans les synagogues (Ac 9,20). À Antioche de Pisidie, il montre que la résurrection de Jésus, son ascension et son intronisation royale auprès de Dieu accomplissent les Écritures. Et il cite le Psaume 2 : La promesse faite à nos pères, Dieu l’a pleinement accomplie à l’égard de nous, leurs enfants, quand il a ressuscité Jésus, comme il est écrit au psaume second : "Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré." (Ac 13, 32-33)

La filiation divine de Jésus, tout unique qu’elle soit, est cependant destinée à être communiquée à tous ceux qui suivent le Seigneur : "Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu" (Mt 5,9). Comme l’écrit Paul aux Galates : Tous, vous êtes, par la foi, fils de Dieu en Jésus-Christ. (Ga 3,26). Au fil du temps et de l’un à l’autre Testament, la notion de Fils de Dieu s’affine. Elle finit par désigner Jésus dans sa réalité la plus haute, son étroite union au Père. Elle évoque également la dignité des croyants, devenus par Jésus-Christ des fils adoptifs de Dieu.


© SBEV. Joseph Stricher.

 
Ps 2,7-12
7Je publierai le décret : le SEIGNEUR m'a dit : « Tu es mon fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré.
8Demande-moi, et je te donne les nations comme patrimoine, en propriété les extrémités de la terre.
9Tu les écraseras avec un sceptre de fer, et, comme un vase de potier, tu les mettras en pièces. »
10Et maintenant, rois, soyez intelligents  ; laissez-vous corriger, juges de la terre !
11Servez le SEIGNEUR avec crainte, exultez en tremblant ;
12- rendez hommage au fils ; sinon il se fâche, et vous périssez en chemin, un rien, et sa colère s'enflamme ! Heureux tous ceux dont il est le refuge.
2 S 7,14
Ps 2,7-12
Ac 13,32-33
Lc 1,32.37
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org