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Abandon
224
Confiance
230
Détresse
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Stricher Joseph
Le Psaume 22
Commentaire au fil du texte
 
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Pour une lecture sainte du Psaume 22
 

Regarder – méditer – prier : nous respectons les trois temps de la "lectio divina" ou lecture sainte afin que méditation et prière, pour ceux et celles qui le souhaitent, s’appuient sur une écoute attentive du texte biblique.

Regarder

Une fois n’est pas coutume, observons d’abord l’en-tête du psaume. On nous dit qu’il est du chef de chœur sur l'air "Biche de l’aurore". Indications étranges qui laissent entendre que le psaume a eu un usage liturgique. Il a été chanté sur un air connu. Et il est attribué à David. Cela ne veut pas dire que le roi David l’a composé, mais on nous invite à le lire comme s’il sortait de sa bouche. Abordons le psaume dans cet esprit. Le roi s’adresse à son Dieu. À travers lui, tout le peuple est en danger et crie vers son Dieu.

Tout commence par une plainte, un cri, un rugissement. Quelqu’un souffre, crie vers Dieu et n’obtient pas de réponse (1-3). Observons comment les pronoms "Je/moi" et "tu/toi" alternent dans le psaume. Le silence de Dieu n’est pas normal. Se référant implicitement à la Loi (les actions en faveur des "pères" sortis d'Égypte) et aux prophètes ("Saint, Saint, Saint le Seigneur" : Isaïe 6,3)  le psalmiste dit sa foi en un Dieu libérateur (4-6). Retour à la réalité présente : injures, ricanements, défi lancé à Dieu. Le thème de la libération revient comme un leitmotiv (7-9). Le regard se porte alors de nouveau sur Dieu qui est à la fois la sage-femme et celui ou celle à qui on remet le bébé. Dieu des origines. Dieu de la délivrance. Mais où est-il, ce Dieu, maintenant que le danger est proche ? A-t-il oublié son enfant ? A-t-il oublié qu’il est Père ? (10-12)

La fin est imminente. Une sarabande infernale tournoie autour du mourant. Hommes et bêtes entremêlés cernent, encerclent, entourent, ouvrent leur gueule, rugissent, percent les mains et les pieds de celui qui se liquéfie et se dessèche en même temps. Au milieu de ce maëlstrom Dieu s’est rapproché... mais pour déposer celui qui prie dans la poussière de la mort (13-22).

"Tu m’as répondu" ! Coup de cymbale. Lumière du soleil après l’orage. Dieu n’est toujours pas présent. Il reste lointain et insaisissable mais nous entendons la parole de quelqu’un qui a été sauvé par lui. Les cris de détresse se sont transformés en cris de joie et en louange du Seigneur de l’univers. Toutes les nations et toutes les générations sont invitées à proclamer la justice de Dieu (22-32).

Méditer

Cette lecture attentive du psaume a certainement éveillé beaucoup de choses en nous : des souffrances individuelles et collectives. Nous avons peut-être ressenti douloureusement ou nous ressentons encore le silence de Dieu, son apparente indifférence devant des malheurs qui nous frappent ou qui frappent le monde. Ce psaume a le mérite de donner la parole à tous ceux qui souffrent. Il leur insuffle le courage de s’adresser à Dieu : "Pourquoi m’as-tu abandonné ?" Loin d’être une dissertation sur le mal ou une invitation à la résignation, il est un cri adressé à Dieu.

Mais, même dans sa partie la plus noire, il porte, comme en creux, une espérance : Dieu peut intervenir. Le Seigneur l’a déjà fait au cours de l’histoire. Il s’est manifesté comme un Dieu libérateur. Nos pères nous ont raconté ses hauts faits. Dans la deuxième partie, la joie de la délivrance éclate. Le croyant n’a pas sombré dans l’épreuve, mais il en ressort plus fort avec une vision plus belle, plus universelle de Dieu. Le Dieu du croyant n’est plus seulement son Dieu ou celui de ses pères mais un Dieu pour tous les humains

Prier

 Est-il nécessaire de choisir une autre prière ? En union avec l’Église qui propose ce psaume certains vendredis dans la Prière des Heures, en union avec tous ceux qui souffrent, prions à notre tour : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?…"

 

© SBEV. Joseph Stricher.

 
Ps 22
1Du chef de choeur, sur « Biche de l'aurore  ». Psaume de David.
2Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné  ? J'ai beau rugir, mon salut reste loin.
3Le jour, j'appelle, et tu ne réponds pas, mon Dieu ; la nuit, et je ne trouve pas le repos.
4Pourtant tu es le Saint  : tu trônes, toi la louange d'Israël  !
5Nos pères comptaient sur toi ; ils comptaient sur toi, et tu les libérais.
6Ils criaient vers toi, et ils étaient délivrés ; ils comptaient sur toi, et ils n'étaient pas déçus.
7Mais moi, je suis un ver et non plus un homme, injurié par les gens, rejeté par le peuple.
8Tous ceux qui me voient me raillent ; ils ricanent et hochent la tête  :
9« Tourne-toi vers le SEIGNEUR  ! Qu'il le libère, qu'il le délivre, puisqu'il l'aime ! »
10Toi, tu m'as fait surgir du ventre de ma mère et tu m'as mis en sécurité sur sa poitrine.
11Dès la sortie du sein, je fus remis à toi ; dès le ventre de ma mère, mon Dieu, c'est toi  !
12Ne reste pas si loin, car le danger est proche et il n'y a pas d'aide.
13De nombreux taureaux me cernent, des bêtes du Bashân m'encerclent.
14Ils ouvrent la gueule contre moi, ces lions déchirant et rugissant.
15Comme l'eau je m'écoule ; tous mes membres se disloquent. Mon coeur est pareil à la cire, il fond dans mes entrailles.
16Ma vigueur est devenue sèche comme un tesson, la langue me colle aux mâchoires. Tu me déposes dans la poussière de la mort.
17Des chiens me cernent ; une bande de malfaiteurs m'entoure : ils m'ont percé les mains et les pieds.
18Je peux compter tous mes os ; des gens me voient, ils me regardent.
19Ils se partagent mes vêtements et tirent au sort mes habits.
20Mais toi, SEIGNEUR, ne reste pas si loin ! O ma force, à l'aide ! Fais vite  !
21Sauve ma vie de l'épée et ma personne des pattes du chien ;
22arrache-moi à la gueule du lion, et aux cornes des buffles... Tu m'as répondu !
23je vais redire ton nom à mes frères et te louer en pleine assemblée  :
24Vous qui craignez le SEIGNEUR, louez-le ! Vous tous, race de Jacob, glorifiez-le ! Vous tous, race d'Israël, redoutez-le !
25Il n'a pas rejeté ni réprouvé un malheureux dans la misère ; il ne lui a pas caché sa face ; il a écouté quand il criait vers lui.
26De toi vient ma louange ! Dans la grande assemblée, j'accomplis mes voeux devant ceux qui le craignent :
27Les humbles mangent à satiété ; ils louent le SEIGNEUR, ceux qui cherchent le SEIGNEUR  : « A vous, longue et heureuse vie  ! »
28La terre tout entière se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR  ; toutes les familles des nations se prosterneront devant sa face  :
29Au SEIGNEUR, la royauté  ! Il domine les nations.
30Tous les heureux de la terre ont mangé : les voici prosternés ! Devant sa face, se courbent tous les moribonds  : il ne les a pas laissé vivre.
31Une descendance servira le SEIGNEUR  ; on parlera de lui à cette génération ;
32elle viendra proclamer sa justice, et dire au peuple qui va naître ce que Dieu a fait.
Ps 22
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org