1306
Capharnaüm
1369
Centurion
398
Jésus
2
Stricher Joseph
Pour une lecture sainte de Luc 7,1-10
Commentaire au fil du texte
 
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Regarder – méditer – prier : nous respectons les trois temps de la "lectio divina" ou lecture sainte afin que méditation et prière, pour ceux et celles qui le souhaitent, s’appuient sur une écoute attentive du texte biblique.

Relisons cette page étonnante de Luc où Jésus nous propose un païen comme modèle de foi.

Regarder

Regardez attentivement cette scène de l’évangile en la replaçant dans son contexte et en vous souvenant de ce qui s’est passé auparavant. Jésus qui entre dans la ville de Capharnaüm, vous savez qu’il doit jouer un rôle tout particulier vis-à-vis des étrangers. Quand ses parents l’ont présenté au Temple, le vieillard Siméon, inspiré par l’Esprit Saint, l’avait salué comme "lumière pour les nations et gloire d’Israël ton peuple". Trente ans tard, dans la synagogue de Nazareth, le même Jésus avait manifesté son ouverture vers les étrangers en parlant des contacts d’Élie avec la veuve de Sarepta ainsi que ceux d’Élisée avec Naaman  le Syrien (4,25-27).

Et voici qu’arrive justement une délégation envoyée par un officier étranger. L’histoire de Naaman va-t-elle se reproduire ou plutôt s’accomplir, selon l’expression de Jésus dans la synagogue de Nazareth ? Mais cette délégation est composée de notables juifs qui font un discours très élogieux. Écoutez-les parler. Ces juifs pieux mettent en valeur les mérites de cet étranger et de ce païen. Observez maintenant Jésus. Que dit-il ? Que fait-il ? Que pense-t-il ? Il n’est pas difficile de répondre. Il suffit de se souvenir de ce qu’il a dit juste auparavant. Relisez dans les Béatitudes le passage sur les amis et les ennemis 6,32-35.

Écoutez maintenant la deuxième délégation. Quelle différence y a-t-il avec la première ? De quoi parle-t-elle ? De mérite ou de son contraire, d’indignité ? Pourquoi cet homme ne se sent-il pas digne d’accueillir Jésus ? Parce qu’il a fait du mal ? Parce qu’il n’aime pas les Juifs ou parce qu’il ne se sent pas accueilli par eux ? Observez maintenant Jésus et regardez-le écouter une parabole, lui qui est un maître en la matière.

Arrêtez-vous enfin à la fin surprenante de l’histoire et laissez surgir toutes les questions qu’elle soulève. Pourquoi la guérison n’est-elle pas racontée ? Pourquoi Jésus na va-t-il pas chez le centurion ? Est-il convaincu par son argumentation sur la non dignité ? Où sont les disciples ?

Méditer

Plus on s’arrête à ce récit, plus on en perçoit les étrangetés. La demande apparemment simple de l’officier païen et la résolution du problème par Jésus laisse deviner d’autres problèmes plus complexes et non résolus. Voici une société où il y a des maîtres et des esclaves. Certains d’entre eux ont la chance d’avoir de bons maîtres. Est-ce le cas de tous ? Voici une société où il y a des garnisons étrangères. L’occupation n’est pas nécessairement brutale. Mais est-ce le cas partout ? Que font les centurions quand Pilate leur demande de clouer quelqu’un sur une croix ? Voici une société où un étranger et un païen fait bâtir une synagogue dans laquelle il n’a probablement pas le droit d’entrer. Il reste quelqu’un du dehors.

Toutes ces barrières entre les hommes sont aussi graves que la maladie qui emporte le malheureux esclave. Elle asphyxient l’humanité. Dans son premier grand discours Jésus s’y attaque vigoureusement : "Je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis !" La guérison qu’il veut apporter n’est pas seulement celle du corps, mais  celle beaucoup plus importance et beaucoup plus difficile à obtenir : celle du cœur. Celle des scléroses sociales. Celle des bons sentiments de l’amour du prochain et de la haine de l’ennemis. Celle des communautarismes de toutes sortes qui replient sur l’amour du même et non l’amour de l’autre. En pointant du doigt celui qui est dehors et en le donnant comme modèle à ceux qui sont dedans, Jésus fait éclater toutes les barrières artificielles que les hommes s’ingénient à dresser entre eux. Sera-t-il suivi ? À chacun de nous de répondre.

Prier

Père

Fais-toi reconnaître comme Dieu,
Fais venir ton Règne
Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour
Pardonne-nous nos péchés,
car nous-mêmes nous pardonnons
à tous ceux qui ont des torts envers nous
Et ne nous expose pas à la tentation
. (Luc 11,2-4)


© SBEV. Joseph Stricher
 
Lc 7,1-10
1Quand Jésus eut achevé tout son discours devant le peuple, il entra dans Capharnaüm.
2Un centurion avait un esclave malade, sur le point de mourir, qu'il appréciait beaucoup.
3Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques notables des Juifs pour le prier de venir sauver son esclave.
4Arrivés auprès de Jésus, ceux-ci le suppliaient instamment et disaient : « Il mérite que tu lui accordes cela,
5car il aime notre nation et c'est lui qui nous a bâti la synagogue. »
6Jésus faisait route avec eux et déjà il n'était plus très loin de la maison quand le centurion envoya des amis pour lui dire : « Seigneur, ne te donne pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit.
7C'est pour cela aussi que je ne me suis pas jugé moi-même autorisé à venir jusqu'à toi ; mais dis un mot, et que mon serviteur soit guéri.
8Ainsi moi, je suis placé sous une autorité, avec des soldats sous mes ordres, et je dis à l'un : "Va" et il va, à un autre : "Viens" et il vient, et à mon esclave : "Fais ceci" et il le fait. »
9En entendant ces mots, Jésus fut plein d'admiration pour lui ; il se tourna vers la foule qui le suivait et dit : « Je vous le déclare, même en Israël je n'ai pas trouvé une telle foi. »
10Et de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l'esclave en bonne santé.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org