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Animaux
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Régnier Dominique
Les animaux dans la Bible
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Dans la Bible, les images animales montrent mieux que de longs discours la violence qui dévore l'être humain...
 

"Arrache-moi, dit le suppliant, à la gueule du lion". Dans la Bible, les images animales montrent mieux que de longs discours la violence qui dévore l'être humain. 

De la Genèse à l’Apocalypse, on rencontre plus de 150 animaux, bestiaire fascinant qui, la plupart du temps, permet aux humains de dire leur angoisse mais aussi leur foi en Dieu, vainqueur du mal.

Réalisme des images

Le suppliant du Ps 22 convoque toute une faune. Il commence d'abord par se comparer à un ver, petit animal nu qui grouille dans la terre et sur les cadavres… Désespéré, déshumanisé, se voit-il retourné à la poussière du sol ? Plus loin ce sont des bêtes sauvages qui vont et viennent autour de lui, le tirant vers la mort : taureaux, bêtes de Bashân, lions, chiens, buffles. On imagine la scène avec effroi tant est grand le réalisme.

En fait, dans la Bible, le bestiaire sauvage est ambivalent. Les images des fauves puissants et redoutables ne servent-ils pas à évoquer la transcendance de Dieu, lui qui domine ce qui fait peur aux humains ? Ainsi les quatre "Vivants" de la vision d'Ézéchiel empruntent-ils à l'homme, mais aussi au lion, au taureau et à l'aigle ; Jean, dans l'Apocalypse, s'en souviendra (Éz 1,10 ; Ap 4,7). Mais de la puissance à la rage destructrice il n'y a qu'un pas. Les taureaux (en particulier ceux de Bashân, sur le plateau du Golan) sont des animaux précieux aux yeux des éleveurs ; dans l'Ancien Orient, ils sont tout entier force virile attachée aux divinités de la fécondité. Dans le Ps 22, il ne sont que brutalité (bientôt renforcée par celle des buffles). La violence redouble avec les lions "qui déchirent et rugissent", semant la terreur : dans le livre de Daniel, le roi de Babylone livre à la gueule des lions des jeunes gens innocents ; seul Dieu pourra les délivrer (Dn 6,23). Quant aux chiens, ils n’ont rien à voir avec les fidèles compagnons que l’on connaît habituellement (tel le chien de Tobie, cf. Tob 6,1 ou 11,4) ; dévoreurs de cadavres (comme celui de la reine Jézabel en 2 Rois 9,36), ils symbolisent humiliation, mépris, abjection. Ainsi cerné, le suppliant nous donne à voir son extrême déréliction.

La fin de la violence

Bourreaux et ricaneurs prennent ici forme animale. On pourrait dire que, comme Caïn, ils se sont laissés dominer par le péché, "bête tapie" à leur porte, qui les convoite et qu'ils n'ont pas su maîtriser (cf. Gn 4,7). Qui vaincra cette violence ? Déjà le prophète Isaïe tourne notre regard vers le temps où "le loup habitera avec l'agneau, la panthère se couchera avec le chevreau, où veau et lionceau auront même fourrage sous la conduite d'un petite garçon" (Is 11,6-8). Que vienne le Messie qui réconciliera les contraires, la douceur et la force, l'être humain et l'animal !


© SBEV,.Dominique Régnier.

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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org