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Métiers méprisés
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Debergé Pierre
Des métiers méprisés
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Le travail manuel était en honneur dans le monde juif...
 
Un adage connu au 1er siècle disait : "Qui n’apprend pas un métier à son fils, c’est comme s’il lui enseignait le brigandage”. La responsabilité du père de famille était donc grande. D'autant que tous les métiers n'avaient pas la même valeur et que certains étaient méprisés. Lesquels et pourquoi ?

 
Le travail manuel était en honneur dans le monde juif ; on recommandait même à ceux qui étudiaient la Torah d'exercer conjointement un métier, car "en jouissant du travail de tes mains, tu seras heureux et cela te réussira". Au temps de Jésus, le métier de charpentier était, semble-t-il, fort estimé mais d'autres, comme on le voit dans plusieurs listes rabbiniques postérieures (à partir du 2e siècle ap. J.-C.), étaient méprisés et condamnés.

Métiers de "voleurs" !

C'était le cas des métiers qui pouvaient conduire à la malhonnêteté. La plupart concernaient les transports (ânier, chamelier, matelot, voiturier, etc) où la tentation était grande de soustraire une partie des  marchandises transportées. Un soupçon semblable pesait également sur les bergers, accusés de conduire leurs troupeaux dans des propriétés qui ne leur appartenaient pas ou de voler une partie des troupeaux qui leur étaient confiés.

Dans ce contexte, un jugement sévère visait aussi les médecins et les bouchers : “ Le meilleur des médecins est bon pour l’enfer et le plus honnête des bouchers est un associé des Amalécites ”. Pourquoi de tels propos ? Parce qu'on soupçonnait les médecins (cf. pourtant Si 38, 1-15) de donner la préférence aux riches et de négliger les pauvres qui n'avaient pas de quoi payer. Quant aux bouchers, on savait qu'ils n'étaient pas toujours honnêtes et qu'ils vendaient de la viande d’animaux atteints de défauts physiques.

Métiers déshonorants

À côté de ces "métiers de voleurs", une autre liste énumère des métiers considérés alors déshonorants ou répugnants, à cause en particulier de la mauvaise odeur qui les accompagnait. Figurent dans cette liste les ramasseurs d’ordures, les blanchisseurs et les tanneurs. C'est un des rares cas d'ailleurs où les femmes pouvaient répudier leur mari ; on  leur prête cette formule : “Je croyais que je pourrais supporter cela, mais maintenant je ne le puis plus ”.

Une autre liste associe enfin joueurs de dés, usuriers, organisateurs de concours de pigeons, bergers, collecteurs d’impôts et publicains. Ces métiers avaient en commun d'être directement basés sur la tromperie. Cela concernait surtout les joueurs de dés, les usuriers et les organisateurs de jeux de hasard qui étaient des trompeurs notoires. Mais l’expérience avait appris que les collecteurs d’impôts et les titulaires des postes de publicains, mis en fermage aux plus offrants, abusaient également de leur charge pour s’enrichir de façon injuste. “Il est difficile, disait-on, pour les bergers, les collecteurs d’impôts et les publicains de faire pénitence, car ils ne peuvent connaître tous ceux qu’ils ont lésés et envers qui ils ont à faire réparation ”.

Voilà qui révèle l'énormité que dut représenter un épisode comme celui de Zachée ou le fait que Jésus ait appelé un publicain à être son disciple (Mt 9, 9 et 10, 3). D'une manière plus générale encore, voilà qui révèle la nouveauté d'une Bonne Nouvelle annoncée aussi bien à des bergers qu'à des publicains et des pécheurs connus de tous.

SBEV. Pierre Débergé

 
 
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