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Cantique des Cantiques
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Femme
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Jardin
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Marie-Madeleine
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Stricher Joseph
Marie-Madeleine : la femme et le jardin
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Le Nouveau Testament est tissé de motifs empruntés à l'Ancien...
 
Le Nouveau Testament est tissé de motifs empruntés à l'Ancien. Dans le récit de Jean, Marie de Magdala cherche Jésus et le rencontre dans un jardin. Le Bien-Aimé et la Bien-Aimée du Cantique des Cantiques se rencontrent également dans un jardin : un petit indice du lien profond entre les deux textes.
 

Avec quelques variantes, les quatre évangiles rapportent la visite des femmes au tombeau, au matin de Pâques. Chez Marc et chez Luc, les femmes viennent donner les derniers soins au corps de Jésus. Chez Matthieu, Marie de Magdala accompagnée d'une autre Marie vient voir le sépulcre. Dans l'évangile de Jean, Marie vient également, mais seule. Elle se rend au tombeau de nuit, alors que le jour n'est pas encore levé et ce tombeau est dans un jardin.

Un jardin

À propos de la sépulture de Jésus, Jean est le seul à rapporter ce détail : "À l'endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau tout neuf où jamais personne n'avait été déposé […] c'est là qu'ils déposèrent Jésus." (Jn 19,41) Que va faire Marie dans ce jardin ? Le texte ne le dit pas, mais on peut le deviner en observant ses réactions devant la tombe ouverte. Après avoir couru vers les disciples pour annoncer la nouvelle de la tombe ouverte, elle revient au jardin et pleure. Elle a perdu le corps de celui qu'elle aime et elle le cherche : "Le Seigneur a été enlevé et elle ne sait pas où ils l'ont mis." À qui veut l'entendre, elle répète le même message, à Simon Pierre et à l'autre disciple tout d'abord, aux anges ensuite et à Jésus lui-même qu'elle prend pour le gardien du jardin : "Si c'est toi qui l'as enlevé, dis-moi où tu l'as mis et j'irai le prendre."

Celui que j'aime


À la lecture attentive de cette recherche, comment ne pas évoquer le passage du Cantique des Cantiques où la Bien-Aimée cherche celui qu'elle aime ?

"Sur mon lit, au long de la nuit,
je cherche celui que j'aime,
je le cherche, mais ne le rencontre pas.
Il faut que je me lève
et que je fasse le tour de la ville ;
dans les rues et les places,
que je cherche celui que j'aime.

Je le cherche, mais ne le rencontre pas.
Ils me rencontrent, les gardes
qui font le tour de la ville :
"Celui que j'aime, vous l'avez vu ?"
À peine les ai-je dépassés
que je rencontre celui que j'aime.

Je le saisis et ne le lâcherai pas."
(Ct 3,1-4)

Au chapitre 5 du Cantique des Cantiques, le même thème est repris. Le Bien-Aimé frappe à la porte alors que son aimée est couchée, mais quand elle ouvre, il a disparu. Elle le cherche dans les rues de la ville et ne se laisse pas rebuter par les mauvais traitements et les violences des gardes de nuit :

"Je vous en conjure, filles de Jérusalem :
si vous rencontrez mon bien-aimé,
que lui expliquerez-vous ?
Que je suis malade d'amour !"
(Ct 5,8)

Le chœur l'interroge : "Où est allé ton bien-aimé,
ô la plus belle des femmes ?
Où est allé ton bien-aimé,
que nous le cherchions avec toi ?"
(Ct 6,1)

Elle répond :
"Mon bien-aimé descend à son jardin,
aux parterres embaumés,
pour paître au jardin
et pour cueillir des lis.
Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi !"
(Ct 6,2-3)

Nous cherchons le Bien-aimé

Cette correspondance entre le texte de Jean et le Cantique des Cantiques a été soulignée par de nombreux auteurs. Voyant dans les amoureux du Cantique une allégorie du Christ et de l'Église, St Grégoire le Grand (540-604) écrit ceci :

"Quand les disciples eux-mêmes quittaient le tombeau du Christ, elle (Marie Madeleine) ne le quitta pas. Celui qu'elle n'avait pas trouvé, elle ne renonçait pas à le chercher. En cherchant, elle pleurait. Et le feu de son amour rendait plus vif l'ardent désir du Seigneur disparu. Si elle fut alors seule à le voir, c'est qu'elle avait persévéré à le chercher. Car c'est de la persévérance que toute bonne action tire sa force. D'abord, elle chercha et ne trouva pas. Mais elle s'obstina dans sa recherche. Et c'est pourquoi elle trouva. Son désir même, à force de grandir, obtint de trouver et de saisir son objet. Pensant au même Époux, l'Église épouse chante, dans le Cantique des Cantiques : "Sur ma couche, durant les nuits, j'ai cherché Celui qu'aime mon âme". nous cherchons le Bien-Aimé sur notre couche, si, durant les rares instant de repos de notre vie présente, nous soupirons de désir, nous aspirons à rejoindre notre Rédempteur. Nous le cherchons de nuit, car même si notre esprit s'éveille à l'amour du Christ, nos yeux, pourtant, restent voilés." (Homélie 25 sur les Évangiles)

Une Alliance nouvelle

Pour le lecteur croyant, nourri des textes de la première Alliance, la rencontre du jardin entre le Ressuscité et Marie évoque irrésistiblement la recherche et la rencontre des amoureux du Cantique des Cantiques. Les deux textes vibrent à l'unisson. Le Cantique des Cantiques est lu pendant les fêtes de la Pâque juive. Israël y voit une allégorie de sa relation avec Dieu. Jean, en écrivant son évangile, se souvient probablement de cet usage liturgique et fait de la rencontre entre la femme du jardin et le Ressuscité l'image d'une Alliance nouvelle, inaugurée par la résurrection du Christ, mais qui ne devient définitive qu'à la fin des temps.

 

SBEV. Joseph Stricher
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org