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Femmes
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Premier siècle
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Autané Maurice
Femmes du 1er siècle
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On s'étonne parfois de trouver des femmes dans l'entourage de Jésus...
 
On s'étonne parfois de trouver des femmes dans l'entourage de Jésus ou bien actives dans les premières communautés chrétiennes. À l'époque, si les femmes, juives en particulier, ne jouent pas un rôle important dans la vie publique – sauf exception – elles ne sont pas pour autant confinées à l'intérieur des maisons.

Le monde juif n'est jamais clos sur lui-même, au premier siècle comme à toutes les époques. C'est dans la culture du temps qu'il porte sa spécificité religieuse. Évoquer la femme juive au temps de Jésus, c'est à la fois la considérer comme une femme imprégnée par les mœurs et coutumes gréco-romaines ; c'est aussi voir comment la religion la distingue des autres femmes.

Dans la vie publique

La différence entre les femmes ne tient pas d'abord à l'origine géographique ou aux pratiques cultuelles, mais aux couches sociales. À l'époque de Jésus, la femme n'est pas active dans la vie publique. La plupart du temps, elle reste chez elle. Si elle sort, c'est pour aller au Temple ou à la synagogue, ou, parfois, si elle est de milieu modeste, pour vendre les produits de sa maison. Les affaires commerciales sont réservées aux hommes. Philon d'Alexandrie, philosophe et homme politique, décrivant la condition de la femme grecque en Orient, résume bien la situation : "Marchés, conseils, tribunaux processions festives, rassemblements de grandes foules d'hommes, bref toute la vie publique avec ses discussions et ses affaires (…) est faite pour les hommes. Il convient aux femmes de rester à la maison et de vivre retirées."

Il faut toutefois éviter de généraliser. Dans les milieux modestes – les plus nombreux – la femme participe de manière plus active à la vie publique. Elle aide par exemple son mari dans sa profession : selon Ac 18,1-3, Aquilas et sa femme Priscille exerçaient ainsi le même métier de fabricants de tentes. À la campagne, le mode de vie est assez souple : la jeune fille se rend fréquemment à la fontaine, travaille les champs avec sa famille, vend des olives à sa porte. Mais il n'est pas habituel, à cette époque, qu'un homme, dans la rue, parle à une femme qu'il ne connaît pas. En ce sens, les attitudes de Jésus et de Paul (ce dernier a souvent été perçu comme misogyne) sont plutôt ouvertes.

Dans la vie religieuse

Dans la première moitié du 1er siècle, les droits religieux des femmes juives sont relativement larges. Elles participent au culte, en chantant des psaumes. Dans la synagogue, elles ne sont pas encore séparées des hommes comme cela se fera plus tard. Elles peuvent faire la lecture, du moins en théorie, car peu de femmes savent lire puisque les écoles où l'on étudie la Torah sont réservées aux garçons (un peu plus tard, au 2e siècle, Beruria, la femme du rabbin Meïr, sera néanmoins célèbre pour sa connaissance et son interprétation de la Torah). Et, dans le Temple de Jérusalem, il y a un parvis des femmes bien distinct de celui des hommes.

Des veuves et des vierges

Exaltée dans son rôle d'épouse et de mère, c'est un malheur pour une femme juive d'être stérile et son mari peut la répudier. Veuves et vierges ne sont pas mieux considérées. Un homme doit assurer à sa famille les besoins élémentaires et tant qu'il est vivant, les droits de son épouse sont protégés. Par contre, à sa mort, la veuve perd toute ressource. C'est la raison pour laquelle, dans la Bible, la veuve et l'orphelin sont les pauvres parmi les pauvres, bénéficiant de l'attention particulière de Dieu. Mais, dans le monde romain, une veuve de milieu aisé peut profiter alors de sa situation de célibataire pour exercer des fonctions publiques : c'est peut-être le cas de Phoebé, femme responsable de l'église de Cenchrées, près de Corinthe (Ro 16,1). Quant aux vierges, elles font figure de marginales. Dans le judaïsme, toute jeune fille est promise au mariage dès l'âge de douze ans. La sexualité et la maternité sont encadrées par des rites religieux, en vertu du caractère sacré de la vie. Ne pas se marier est une aberration, bien qu'un groupe aussi pieux que celui des esséniens ait mis en valeur le renoncement au mariage. Le christianisme, peu à peu, va encourager la virginité comme un idéal de vie lié à un appel de Dieu, mais sans jamais en faire une obligation. La virginité se justifie par le Règne de Dieu qui vient, et préfigure la condition humaine après la Résurrection.

SBEV. Maurice Autané
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org