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Cantique des Cantiques
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Billon Gérard
Le Cantique des Cantiques : une allégorie de la relation entre le Seigneur et son peuple
Théologie
 
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La tradition des rabbins y voit comme une allégorie de la relation entre le Seigneur et son peuple...
 
En poésie, les mots signifient plus qu'ils ne disent. Lorsque les lettres se déploient, des significations étonnantes apparaissent. Exemple avec la phrase : "Il se tient derrière notre mur" (Ct 2,9). Petit voyage dans la liberté des interprétations juives et chrétiennes.

À première lecture, le mouvement du Bien-aimé (arriver en bondissant, se tenir derrière le mur, guetter par la fenêtre, épier par le treillis puis élever la voix) est tout simple. Mur, fenêtre et treillis sont autant d'obstacles entre les corps des amants. Mais la tradition des rabbins, depuis le 2e siècle, y voit comme une allégorie de la relation entre le Seigneur et son peuple.

Dieu caché

Dans le judaïsme, où le Shir ha shirim (Cantique des cantiques) est lu au septième jour de la fête de la Pâque, le Bien-aimé, c'est Dieu venant sauver son peuple. Pour Alchekh, rabbin à Safed (Galilée, 16e siècle), le Seigneur se tient d'abord caché (derrière le mur) à l'écoute des cris du peuple ; et son attention grandit de plus en plus (cf. le regard par la fenêtre, puis par le treillis) avant d'énoncer une parole libératrice. Ce fut valable au temps de l'exode, cela reste actuel. Selon Rachi de Troyes (11e siècle), Dieu n'est jamais loin des siens, il est sensible à leurs appels ; s'il demeure caché, c'est pour susciter une recherche active de leur part. Mais il veille. Cette distance et cette proximité disent tout son amour.

La pierre et le corps

Lorsqu'on parle du "mur", quel juif ne pense d'abord au "Kotel", le Mur occidental du Temple de Jérusalem, vestige ayant résisté à l'incendie de 70 ap. J.-C. ? Aussi une tradition affirme que Dieu se tient derrière le Kotel, ayant juré qu'il ne serait jamais détruit. D'où les milliers de prières dites devant lui ou glissées entre ses pierres, foi en un Dieu caché mais bienveillant. Pour un chrétien, le Kotel n'a pas la même importance car Dieu s'est révélé dans la Passion et la Croix du Christ, "scandale pour les juifs, folie pour les païens" (1 Co 1,23). Pourtant les deux théologies ne sont pas opposées : le Mur et le corps du Bien-aimé crucifié disent également Dieu...


SBEV. Gérard Billon
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org