42
Alliance
8
Debergé Pierre
Une histoire d'Alliance
Gros plan sur
 
Commencer
 
Pour traduire l'alliance conclue entre Dieu et son peuple...
 
Pour traduire l'alliance conclue entre Dieu et son peuple, la Bible utilise une formule qui s'inspire peut être d' une formule de mariage ou d'adoption : "Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple". Trois versets du Cantique des cantiques s'apparentent directement à cette formule (2,16 ; 6,3 ; 7,11). Ce n'est sans doute pas un hasard. 

On l'a déjà noté, le Cantique des cantiques est un livre étonnant. Dieu n'y est en effet jamais mentionné (sauf incidemment en 8,6, cf. article p. 12) et ses héros n'ont pas de nom. De quoi parle ce livre ? De l’amour, rien que de l’amour, sans même qu’apparaisse la perspective d’une fécondité charnelle. Mais voilà, aux moments les plus forts de la rencontre,  le bien-aimé s’absente ou se dérobe à la bien-aimée qui entreprend alors de le chercher. Plus étonnant encore, ce magnifique chant d’amour se termine sur une invitation à fuir : "Fuis, mon bien-aimé, sois semblable à une gazelle, à un jeune faon sur la montagne embaumée" (8,14). Pourquoi cette invitation à la fuite ? Serait-ce que la bien-aimée n’aime plus son bien-aimé ? Sûrement pas. C’est même le contraire.  

L'histoire d'une alliance

Alors qu’elle s’écriait au début du livre "mon bien-aimé est à moi et moi je suis à lui" (Ct 2,16), la bien-aimée a découvert en effet qu’en tout amour pleinement vécu doit demeurer l’espace d’une distance. Elle a compris sans doute aussi que l’amour le plus authentiquement partagé ne peut pas abolir une nécessaire solitude, car la distance et la solitude sont les conditions de l’amour authentique qui ne rêve pas de fusion. Mais il faut pour cela accepter d'aimer l'autre tel qu'il est et pour lui-même. Il n’est pas à moi, je ne suis pas à lui, nous sommes pleinement l’un à l’autre, dans l’accueil d’un élan qui invite chacun à se désapproprier de ses rêves et de sa toute-puissance pour pouvoir accueillir et donner : "Je suis à mon bien aimé et vers moi se porte son désir" (Ct 7,11).

Venant à la fin du Cantique, cette déclaration révèle ce qu'est l'amour authentique : une histoire d'alliance où chacun des amants trouve sa richesse en l’autre, non pas en lui-même. On comprend alors que, contrairement au livre de la Genèse (cf. la parole de Dieu à Ève en Gn 3,16), le désir ne soit plus dans ce livre le lieu d'une malédiction aboutissant à la domination de l’homme sur la femme, mais le lieu de la rencontre véritable. Curieusement aussi, il ne désigne plus ici le mouvement du féminin vers le masculin, mais du masculin vers le féminin ! La situation entre l'homme et la femme qu'évoquait Gn 3 est donc inversée, et l'alliance rétablie.

Au coeur de l'alliance, l'Alliance

"Mon bien-aimé est à moi et moi à lui" : dans le Cantique, nous retrouvons la présence, à trois reprises, de cette formule qui rappelle l'Alliance conclue entre Dieu et son peuple (2,16 ; 6,3 ; 7,11). Pourquoi une telle répétition ? Pour rappeler qu'une autre Alliance précède celle de l'homme et de la femme et que tout amour humain est précédé par la révélation de la manière dont Dieu aime les hommes. Conséquence de cela : si, dans leur façon d'aimer, l'homme et la femme disent la manière dont Dieu aime, c'est surtout de sa façon d'aimer qu'ils puisent leur capacité à s'aimer véritablement. La Bible souligne d'ailleurs fortement cette implication mutuelle : là où le lien entre l'homme et Dieu est altéré, le lien entre l'homme et la femme se détériore à son tour ; différemment, lorsque le lien entre Dieu et l'humanité est restauré, alors le lien de l'homme et de la femme est rétabli. De ce constat,  une ultime conviction : par sa victoire sur le péché et la mort, le Christ a introduit l'humanité dans une Alliance avec Dieu qui rend désormais l'alliance de l'homme et de la femme pleinement possible. 

SBEV. Pierre Debergé
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org