1365
Saint Luc
1367
Universalisme
23
Berder Michel
Saint Luc : le salut pour tous les croyants
Théologie
 
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Dans ses deux tomes de son oeuvre, son Évangile et le Actes des Apôtres, Luc met en valeur le fait que le salut est offert à l'humanité entière par Jésus Christ et Seigneur...
 
Dans ses deux tomes, Luc met en valeur le fait que le salut est offert à l’humanité entière par Jésus Christ et Seigneur. L’expression de cette conviction le conduit à aborder la délicate question de la place du peuple d’Israël dans le dessein de Dieu et à montrer comment l’Écriture elle-même, en particulier par des prophètes tel Isaïe, contient une promesse de salut pour tous.



Ce recours à l’Écriture s’opère sous des formes diverses. Pour en percevoir la portée, le lecteur doit non seulement prendre en considération la teneur des passages bibliques cités ou évoqués, mais également repérer à quel moment interviennent ces renvois et qui les effectue : le narrateur, Jésus ou d’autres acteurs. En parcourant l’ensemble de l’œuvre de Luc, arrêtons-nous à quelques moments stratégiques du récit pour observer cette démarche.

• Lumière des nations

Lc 2,29-32 reproduit en style direct des paroles prononcées par Syméon au Temple, en présence de Jésus enfant. S’adressant à Dieu, il déclare : "Mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour la révélation aux nations et gloire d’Israël ton peuple." Ces formules, qui annoncent la destinée de Jésus, sont revêtues d’une autorité particulière en raison de la personnalité de celui qui les proclame. Luc signale que "l’Esprit Saint était sur lui" (Lc 2,25). Le vocabulaire est emprunté à Isaïe, notamment Is 42,6 et 49,6 où se lit l’expression "lumière des nations". Mais on n’a pas de renvoi explicite au livre du prophète.

En Lc 3, le narrateur consacre une notice solennelle à l’entrée en scène de Jean Baptiste. Sa prédication est introduite par une citation d’Is 40,3-5 présentée en ces termes : "Comme il est écrit au livre des paroles d’Isaïe le prophète" (Lc 3,4). La dernière phrase citée insiste sur la portée universelle du salut promis : "Et toute chair verra le salut de Dieu". Or, ces mots ne figurent pas dans les passages parallèles des évangiles de Matthieu et Marc.

• Lecture universaliste 

Dans la séquence décrivant la prise de parole de Jésus à la synagogue de Nazareth en Lc 4, il est encore fait mention d’Isaïe. C’est le livre de ce prophète qui est remis à Jésus au cours de la liturgie du sabbat (4,17). Le passage qu’il "trouve" est Is 61,1-2. Jésus en donne un commentaire à visée universaliste. Pour étayer son argumentation, il fait allusion à deux prophètes bibliques qui sont intervenus au bénéfice de personnes extérieures au peuple d’Israël : Élie et Élisée. Ses propos provoquent la colère de l’auditoire. On veut le précipiter d’un escarpement, mais il poursuit son chemin. Le déroulement de cette prédication inaugurale offre un sommaire saisissant de l’ensemble de l’évangile et même des Actes des apôtres. Remarquons, en particulier, que Jésus se met en danger en présentant à ceux de sa "patrie" (4,23) une lecture de l’Écriture qui souligne la portée universelle de l’action des prophètes et qui indique la manière dont il perçoit sa mission.

En Lc 24, le ressuscité s’adressant aux disciples réunis à Jérusalem après l’apparition d’Emmaüs leur "ouvre l’intelligence pour comprendre les Écritures", selon les termes du narrateur (24,45). Jésus déclare : "C’est comme il a été écrit : le Christ souffrira et ressuscitera des morts le troisième jour, et on prêchera en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations en commençant par Jérusalem." (Lc 24,46-47) Ici, pas de citation explicite, mais une référence globale aux Écritures. La formulation est universaliste, tout en accordant une place spéciale à Jérusalem. Dans la suite de cette scène, Jésus précise à ses disciples leur qualité de témoins et leur demande de rester dans la ville pour recevoir l’Esprit promis. Par ce discours, le lecteur est invité à comprendre que la prédication des témoins du ressuscité est elle-même annoncée dans l’Écriture.

• Par ordre du Seigneur

Le livre des Actes décrit la réalisation de cette mission à partir de Jérusalem "et jusqu’aux extrémités de la terre" (Ac 1,8). En Ac 13, Paul et Barnabé à la synagogue d’Antioche de Pisidie affrontent la fureur d’un auditoire juif. Ils font savoir que désormais ils se tourneront vers les païens, dans une démarche qu’ils estiment conforme à la volonté divine : "Car tel est bien l’ordre que nous tenons du Seigneur : Je t’ai établi lumière des nations, pour que tu apportes le salut aux extrémités de la terre." (Ac 13,47). La citation est empruntée à Is 49,6. L’expression "lumière des nations" que Syméon appliquait à Jésus en Lc 2,32 vient ici en référence à la mission de ses témoins.

En Ac 15, lors de l’assemblée de Jérusalem, un autre passage prophétique est cité pour éclairer la situation créée par l’accueil des païens dans l’Église. Jacques signale que cet événement "s’accorde avec les paroles des prophètes" (Ac 15,15). Et il cite Am 9,11-12 dont la version grecque comporte la phrase suivante : "Dès lors le reste des hommes cherchera le Seigneur, avec toutes les nations qui portent mon nom."

À la fin du livre des Actes, Luc décrit Paul à Rome recevant de la part des juifs un accueil mitigé : certains se laissent convaincre par son message, d’autres refusent de croire (Ac 28,24). Paul interprète l’attitude de ces derniers comme la réalisation d’Is 6,9-10 concernant le peuple devenu dur d’oreille. Après avoir cité ces paroles du prophète, il affirme : "Sachez-le donc : c’est aux païens qu’a été envoyé ce salut de Dieu : eux, ils écouteront." Ici, la citation d’Isaïe sert à interpréter la réaction négative de membres du peuple juif. Les derniers versets des Actes montrent Paul recevant tous ceux qui venaient le trouver et "enseignant ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ avec une entière assurance et sans entraves".


© SBEV. Michel Berder
 
 
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