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Flichy Odile
Paul, Israël et les païens selon St Luc
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Pourquoi le peuple d'Israël a-t-il refusé d'accueillir le Messie qu'il attendait ?
 
Pourquoi le peuple d'Israël a-t-il refusé d'accueillir le Messie qu'il attendait ? Cette question douloureuse, Luc la partage avec son lecteur dans son récit des Actes des Apôtres et lui propose une réponse.



Anticipée dès le récit de la prédication de Jésus à Nazareth (d'abord positive, la réaction des auditeurs devient hostile quand Jésus évoque des païens comme destinataires de la Bonne Nouvelle ; cf. Lc 4,16-30), la réponse se déploie dans la deuxième partie du livre des Actes (13-28) consacrée aux voyages missionnaires de Paul et au procès qui lui est intenté à Jérusalem.

• Une figure emblématique

La réponse de Luc peut s'énoncer de la façon suivante : l'ouverture de la foi aux païens a constitué une pierre d'achoppement pour Israël parce qu'elle mettait en cause le rôle central de la Loi dans le salut. En rejetant le Messie attendu, Israël prend le risque de laisser les païens être les seuls bénéficiaires du salut promis par Dieu ; il perpétue ainsi l'attitude d'endurcissement reprochée par les prophètes à ses pères. Sur cet horizon, on comprend mieux l'importance que Luc donne à Paul. Pour Luc, l'itinéraire inouï de Paul de Tarse fait de celui-ci la figure emblématique de l'identité chrétienne, à la fois enracinée dans le judaïsme et ouverte aux nations païennes.

"Sachez le donc, frères, c'est grâce à lui (celui que Dieu a ressuscité) que vous vient l'annonce du pardon des péchés et cette justification que vous n'avez pas pu trouver dans la Loi de Moïse, c'est en lui qu'elle est pleinement accordée à tout homme qui croit" : ainsi s'exprime Paul dans la synagogue d'Antioche de Pisidie (Ac 13,38-39). En rapportant ces paroles de Paul dans le cadre d'un discours missionnaire adressé à la communauté juive, Luc s'inscrit clairement sur une ligne de continuité par rapport à la tradition paulinienne de la justification par la foi. De même, peu après, dans le récit de l'Assemblée de Jérusalem (Ac 15),  le lecteur familier des Lettres de Paul reconnaît un thème cher à l'Apôtre des Nations (la décision de ne pas imposer le joug de la Loi aux chrétiens venus du paganisme).

• Luc infidèle à Paul ?

Pourtant, par bien des aspects, le Paul raconté par Luc ne se confond pas avec l'auteur des Lettres. En particulier, il a le souci de convaincre Israël d'accueillir la résurrection du Christ comme l'accomplissement des promesses de Dieu révélées par l'Écriture ; il insiste aussi sur l'offre universelle de salut, également attestée par l'Écriture (cf. les citations de Ps 2,7 ; Is 55,3 ; Ha 1,5 en Ac 13,33-41). Le Paul des Lettres souligne davantage la nouveauté radicale de la Bonne Nouvelle du salut en Christ.

La constatation de cet écart a valu à Luc d'être soupçonné d'infidélité envers la réalité historique. À la lumière des recherches sur l'historiographie antique et de la réflexion sur la notion de vérité en histoire, on reconnaît aujourd'hui la qualité de son travail d'historien et la non pertinence de ce soupçon. Le souvenir de Paul étant resté vivant au sein des communautés lucaniennes, la manière de l'évoquer passait nécessairement par le crible des préoccupations propres à ces communautés, dont la prise en compte de la rupture avec le judaïsme.


© SBEV. Odile Flichy

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org