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Béatitudes
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Héroïsme
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Auwers Jean-Marie
Les Béatitudes : l'héroïsme au quotidien aux 4° et 5° siècles
Note historique
 
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L'appel de Béatitudes a résonné sur les bords du lac de Galilée, puis il s'est répandu dans l'empire romain...
 
L'appel de Béatitudes a résonné sur les bords du lac de Galilée. Puis, avec l'Évangile, il s'est répandu dans l'empire romain. Petit aperçu sur la manière dont quelques grandes figures grecques et latines - les Pères de l'Église - l'ont entendu au 4e et 5e siècle.


• En Cappadoce : Grégoire

Grégoire de Nysse (vers 330-395) est le premier auteur à avoir consacré un ouvrage spécifique à l'interprétation des Béatitudes. Il s'agit d'un recueil de huit homélies qu'il prononça devant les chrétiens de la ville de Nysse, petite bourgade de Cappadoce (au centre de l'actuelle Turquie) dont il fut évêque de 371 à 394. Il décrit la dynamique intérieure des Béatitudes comme un itinéraire qui conduit le chrétien jusqu'à la perfection (l'état de "fils de Dieu") et à l'union mystique - car le but de toute vie chrétienne consiste à devenir semblable à Dieu. L'Evangile présente la pauvreté en esprit comme le premier degré de l'ascension spirituelle. De quoi s'agit-il en fait ? Pour Grégoire, la pauvreté en esprit est inséparablement l'humilité (c'est-à-dire de la reconnaissance de ce que nous sommes en vérité) et le dépouillement des richesses qui encombrent. De cette double pauvreté, le Christ lui-même a donné l'exemple : " le Seigneur a assumé la pauvreté, il ne la redoute pas car, lui qui est le roi de toute la création, il s'est fait pauvre pour nous." Ainsi donc, même un des pères fondateurs de la mystique chrétienne comme Grégoire ne ramène pas la pauvreté en esprit à sa seule dimension spirituelle.

En Italie : Ambroise

Vers la même époque, Ambroise de Milan (339-397) présente lui aussi les Béatitudes comme les "degrés des vertus par lesquelles nous pouvons monter du plus bas aux sommets" : la pauvreté en esprit, c'est l'humilité nécessaire pour acquérir la douceur qui nous fera pleurer sur notre condition présente et avoir faim et soif de biens meilleurs ; la miséricorde à l'égard des malheureux fait germer la pureté du cœur, et seul celui qui a le cœur pur peut espérer apporter la paix aux autres ; enfin, celui qui subit la persécution "est engagé dans le combat suprême, afin d'être couronné après avoir lutté selon les règles " (cf. 2 Tim 2,5). À mesure que la vertu augmente, la récompense aussi : il est mieux d'être fils de Dieu que de posséder la terre ou d'obtenir la consolation. Ambroise explique que les quatre Béatitudes de l'évangile de Luc offrent le même enseignement que les huit Béatitudes de Matthieu : "Dans les huit il y a les quatre, et dans les quatre il y a les huit ". En ramenant les béatitudes à quatre, Luc exprime plus clairement comment elles renferment les vertus cardinales : tempérance, justice, prudence et force.

En Syrie : Jean

De Jean Chrysostome (vers 350-407), nous avons conservé une homélie sur les Béatitudes, prononcée à Antioche de Syrie. L'auteur insiste d'emblée sur leur portée universelle : elles ne sont pas adressées uniquement à ceux qui les ont entendues de la bouche même du Seigneur (Jésus aurait dit : "Heureux êtes-vous pour autant que vous soyez pauvres"), mais aux disciples de tous les temps. Plutôt que d'y chercher un enchaînement savant, Chrysostome préfère insister sur les degrés que peut comporter une même vertu. Être pauvre en esprit, c'est s'humilier de soi-même, mais rares sont ceux qui parviennent à la perfection de l'humilité. Or c'est bien ceux-là que l'Evangile proclame bienheureux.

En Afrique : Augustin

Saint Augustin (354-430) ramène à sept les Béatitudes matthéennes (dont la dernière reprend la première dans une synthèse finale), de manière à les rapprocher des sept dons du Saint-Esprit dont parle Isaïe (11,2-3). Du coup, la pauvreté en esprit, la douceur, la pureté de cœur, etc. sont vues moins comme des vertus que comme des dons qui placent directement le chrétien sous la présence agissante de l'Esprit Saint. Quant à la récompense promise, elle est unique : c'est le royaume de Dieu, qui reçoit des noms divers à chacun des degrés de l'ascension spirituelle.

Nietzsche prétendait que les Béatitudes prêchaient un christianisme de résignation et de faiblesse. Les Pères nous font voir ce qu'elles sont : un appel à l'héroïsme au quotidien.


© SBEV. Jean-Marie Auwers

 
 
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