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Bible juive
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Septante
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Tassin Claude
La Bible des Septante comme exégèse de la Bible hébraïque
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La Septante présente un phénomène exceptionnel, une sorte de « miracle » (A. Léonas)...
 

La Bible des Septante, dont la Lettre d’Aristée exposait les origines légendaires, est reprise et réactualisée par Philon à sa façon (Vie de Moïse II, 25-44). Contrairement à la légende, cette version grecque a pu avoir des antécédents et intégrer des tentatives de traductions parcellaires antérieures.

La Septante, à l’origine la traduction du Pentateuque vers 250 av. J.-C., présente un phénomène exceptionnel, une sorte de « miracle » (A. Léonas). L’Antiquité traduit peu les textes importants, par manque d’intérêt pour la culture des autres, et préfère livrer aux lecteurs n’ayant pas accès au texte original un épitomé (un « abrégé »). Pourquoi la Torah fut-elle alors traduite en grec à Alexandrie ? Il faut adopter une réponse éclectique, joignant quatre hypothèses.

1. La Lettre d’Aristée donne un motif culturel : Ptolémée veut combler une lacune de la Bibliothèque, ce qui correspond à la curiosité intellectuelle des Ptolémées. L’Antiquité juive et chrétienne confirme ce sens, en dépendance de la légende d’Aristée.

2. On évoque aussi les besoins juridiques. Si le judaïsme alexandrin veut former un politeuma, une entité socio-ethnique reconnue officiellement et vivant selon les lois de ses ancêtres, il faut un code de référence accessible en grec. Le système judiciaire des Ptolémées était hiérarchisé et diversifié. Ainsi, le code démotique des anciens pharaons s’appliquait toujours aux indigènes d’Égypte et, pour cela, fut traduit en grec. De même la Septante, pour servir de droit coutumier dans les affaires concernant les juifs. Pour cela, le Pentateuque aurait été déposé à la Bibliothèque d’Alexandrie comme exemplaire de référence.

3. La Torah aurait été traduite pour répondre aussi aux besoins spirituels et intellectuels d’une communauté qui a perdu l’usage de l’hébreu. La traduction permettait l’éducation des jeunes (à quoi s’emploie, par exemple, la Sagesse de Salomon) et la défense de l’identité juive dans un environnement païen. Cette hypothèse n’exclut pas celle de besoins juridiques.

4. La thèse classique est celle d’un besoin de la Torah en grec pour les assemblées du chabbat, dans les proseuques, les synagogues. De fait, certaines adaptations vont en ce sens (voir ci-dessous LXX Is 25,1-5). Mais en cela la Septante diffère du targoum. Dans les synagogues de Galilée et de Judée, le targoum est une version paraphrastique en araméen de la Bible pour un auditoire qui ne comprenait plus l’hébreu. Néanmoins, on lisait toujours le texte hébreu et le metourgeman (« interprète ») ne faisait que « doubler » ce dernier, verset par verset. Il n’en va pas ainsi de la Septante qui est une Bible en soi.

La Septante ne brille pas seulement par ses compléments aux livres bibliques et l’addition de nouveaux livres dits « deutérocanoniques » chez les catholiques, mais surtout par des interprétations subtiles du texte hébreu de la Bible. C’est cet aspect, et seulement celui-là, qui est ici envisagé. Dans la plupart des « écarts » de la Septante par rapport au texte hébreu, il est possible de montrer quelles techniques exégétiques ont présidé à ces différences.


© Claude Tassin, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 156 (juin 2011), "Les Juifs d'Alexandrie et leurs écrits", p. 69-70.

 


 
 
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