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Juifs d'Alexandrie
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production littéraire
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Tassin Claude
La production littéraire des Juifs d'Alexandrie
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Mis à part le premier chapitre, le présent Supplément se préoccupe moins de la vie des juifs à Alexandrie que d'une production littéraire étonnante en grec...
 

Mis à part le premier chapitre, le présent Supplément se préoccupe moins de la vie des juifs à Alexandrie que d’une production littéraire étonnante en grec, littérature qui ne cesse de relire la Bible hébraïque en milieu hellénistique pour l’actualiser en des temps nouveaux où le texte hébreu commençait à passer pour archaïque – comme c’était le cas pour les textes d’Homère dans les écoles hellénistiques. Cette relecture comptera beaucoup pour la première mission chrétienne en direction d’un Occident dont la langue véhiculaire, souvent méprisée par les élites romaines, était le grec, même à Rome. Sur ce point, une remarque de l’historien Suétone à propos de l’empereur Tibère donne le ton : « Quoiqu’il parlât le grec couramment et sans peine, il n’en fit pas usage indifféremment partout, et s’en abstint surtout au Sénat, au point qu’avant de prononcer le mot [grec] monopolè, il s’excusa d’être forcé de recourir à ce terme étranger… » (Suétone, Tibère, 71)

Comme on ne prête qu’aux riches, un certain nombre d’œuvres littéraires juives que nous aborderons ont peut-être une origine alexandrine douteuse, une thèse en vogue aujourd’hui proposant même des sources samaritaines pour des écrits historico-légendaires qui échappent à notre propos. On hésite de fait pour maints récits dits « historiques et légendaires », dont certains sont entrés dans le canon de plusieurs Églises chrétiennes. En revanche, cette origine alexandrine n’est guère douteuse pour des instructions (bibliques) sous forme narrative, telle la Lettre d’Aristée relatant, entre autres sujets et de manière légendaire, la traduction en grec de la Bible des Septante. Nous lirons aussi des passages du roman de Joseph et Aséneth qui raconte le mariage du patriarche avec son épouse égyptienne. D’autres ouvrages se présentent sous forme d’enseignement dans un style homilétiques. D’autres encore recourent aux formes poétiques de l’époque, y compris les Oracles sibyllins qui partagent avec la Palestine juive la veine apocalyptique. Ce n’est qu’après cela et dans l’évocation de ce paysage littéraire foisonnant que se comprend l’œuvre monumentale de Philon d’Alexandrie ; on l’évoquera ici sous un angle précis : son exégèse du Pentateuque. Tous les documents judéo-hellénistiques ici décrits semblent se fonder sur la version grecque de la Bible, la Septante (LXX), qui constitue elle-même une « exégèse », une actualisation de la Bible hébraïque.

Pour actualiser la parole de Dieu dans le milieu alexandrin — un monde qui ne connaissait ni la radio ni la télévision… —, les auteurs judéo-hellénistiques ont utilisé tous les médias oraux et littéraires à leur disposition, y compris des techniques d’interprétation telle que l’allégorie. Il se peut aussi que, telle la partie visible de l’iceberg, l’Ancien Testament, en hébreu ou en grec, soit parfois l’émergence implicite, laconique ou simplement tacite, de certaines traditions qu’évoquera notre parcours.



© Claude Tassin, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 156 (juin 2011), "Les Juifs d'Alexandrie et leurs écrits", p. 3-4.

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org