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TOB Traduction œcuménique de la Bible
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Traduction de la Bible
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Billon Gérard
Vers une Bible oecuménique en français, 1
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La TOB est héritière d'une longue histoire...Partie 1 : Traduire sur fond de divisions.
 

La nouvelle édition de la TOB est parue en novembre 2010. Elle est héritière d’une longue histoire dont les débuts coïncident avec la Réforme et la naissance de la critique biblique... [1]


La TOB est héritière d’une longue histoire. Nous pourrions la commencer avec les mouvements biblique et œcuménique qui ont marqué le XXe siècle. Nous préférons partir de plus loin, à savoir le moment où la Bible, traduite, lue, commentée, a participé de la division entre chrétiens d’Occident.

Lorsque qu’en avril 1546, le concile de Trente déclare authentica (officielle), parmi toutes les éditions latines des livres saints, « la vieille édition de la Vulgate approuvée dans l’Eglise par un long usage de tant de siècles », il ne fait que confirmer l’autorité d’une traduction qui s’est imposée au fil du temps en Occident. À la Renaissance, les humanistes vont n’y voir justement qu’« une » traduction et préférer chercher le texte original.

Dans une première partie, nous nous attacherons à un survol historique des premières traductions de la Bible en français et de leurs enjeux. Puis, dans une deuxième partie, nous reviendrons sur deux tentatives de collaboration interconfessionnelle. Enfin, nous présenterons l’horizon sur lequel se détachent les grandes traductions du XXe siècle, dont la TOB.

1. Traduire sur fond de divisions

En Orient chrétien, le grec a été la langue véhiculaire de la Bible. C’est à partir du grec qu’ont été faites les anciennes traductions en syriaque, copte, éthiopien, etc. – ce qui, d’emblée, privilégiait la version de la Septante pour l’Ancien Testament.

En Occident, c’est le latin qui a d’abord unifié la diffusion de la Bible chrétienne. Dans les pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie, tant que le latin est resté plus ou moins compris par les populations, le besoin d’un texte autre que celui de la Vulgate ne s’est pas fait sentir. Mais, à partir du Xe siècle, l’évolution de la langue parlée a rendu nécessaire l’usage de lexiques et de commentaires (les « gloses »). Puis sont apparues des traductions partielles (Psaumes, Apocalypse), des anthologies – où un passage scripturaire est suivi d’un commentaire spirituel (les Bibles moralisées, souvent illustrées), des adaptations en vers et en prose, prisées par les cours princières et les communautés religieuses. À la fin du XIIe siècle, naît ainsi à Valenciennes une histoire sainte en vers, Li Romanz de Dieu et de sa Mère. Un siècle plus tard, vers 1295, c’est en prose que le chanoine Guyard des Moulins compose sa Bible historiale qui privilégie, dans son adaptation, les parties narratives des livres saints. Elle connaît un franc succès et, augmentée de passages tirés de la première traduction littérale en français (assez confidentielle semble-t-il), dite la Bible du XIIIe siècle, elle devient la Bible historiale complétée. Celle-ci, imprimée à Paris en 1495, sera rééditée jusqu’en 1545.

Autour de Lefèvre d’Étaples

La Vulgate est le premier grand livre imprimé par Gutenberg (Mayence, 1455). C’est à partir de la Vulgate que Lefèvre d’Étaples (1455-1537) effectue une traduction en français du Nouveau Testament (1523) puis de la Bible entière (1530).  

L’initiative de Lefèvre d’Étaples s’inscrit dans le mouvement de promotion du français voulu par le roi François 1er, mouvement qui aboutira en 1539 à l’Ordonnance de Villers-Cotterets qui oblige textes administratifs et débats devant les tribunaux à être effectués en français et non plus en latin. Elle prend place également dans la mouvance humaniste dont l’expression publique est en 1530 la fondation du collège des « lecteurs royaux » (futur Collège de France) ; il y sera enseigné le grec et l’hébreu (absents de l’enseignement dispensé par l’université de Paris), le latin, les mathématiques, la médecine et le droit français.

Pour son Nouveau Testament, Lefèvre d’Étaples, s’il suit le texte de la Vulgate, n’en introduit pas moins une soixantaine de modifications effectuées d’après l’original grec qu’il avait pu lire, par exemple, dans l’édition réalisée par Érasme en 1516

Le désir de revenir aux originaux est un trait caractéristique de l’humanisme de l’époque qui s’occupe des « humanités »  à savoir les langues,  la grammaire, la rhétorique, la littérature, la culture de l’Antiquité grecque et latine. Son développement en Europe bénéficie largement des possibilités de l’imprimerie. En 1477, la première bible hébraïque est imprimée à Soncino (Italie). En 1516, Érasme édite sa première version du Nouveau Testament grec. En 1520, le cardinal Francisco Ximenès de Cisneros peut enfin faire publier les six volumes de la Biblia Sacra Polyglotta Complutensis (dite « Polyglotte d’Alcalá ») comportant hébreu, grec, araméen et latin. Un peu après, Martin Luther (1483-1546), en plein conflit avec Rome, engage avec un groupe d’amis une traduction allemande de la Bible faite directement à partir des textes grec et hébreu (Nouveau Testament, 1522 ; Bible complète, 1534). La Bible de Luther conjoint un double effort : en amont vers les langues originales, en aval, vers une langue d’arrivée immédiatement compréhensible par tous.

En 1523, la traduction du Nouveau Testament par Lefèvre d’Étaples n’avait pas convenu aux docteurs de l’université de Paris. En 1530, en revanche, les docteurs de l’université de Louvain avaient approuvé celle de la Bible entière. Elle sera rééditée en 1534, 1541, 1546 et inspirera le travail de Pierre Robert Olivétan (1506-1538).

D'Olivetan à la la Bible de Genève

Un des disciples de Lefèvre d’Étaples, Guillaume Farel (1489-1565), acquis aux idées réformatrices de Luther, va œuvrer pour la production d’une Bible française réalisée à partir de l’hébreu et du grec. Il obtient l’appui financier des Vaudois du Piémont, ainsi que la collaboration savante d’un parent éloigné de Jean Calvin, Pierre Robert Olivétan. La Bible « d’Olivétan » est imprimée à Neuchâtel en 1535. Toutes les Bibles protestantes en sont issues d’une manière ou d’une autre.

Olivétan, à la différence de Luther, a travaillé seul, mais entouré d’une bibliothèque. Il a, comme Luther, fait le choix du canon bref de l’Ancien Testament, les livres deutérocanoniques – ou « apocryphes » selon Luther – étant regroupés entre les deux Testaments. Parmi ses innovations, il y a la traduction raisonnée du nom propre divin. Le tétragramme sacré, YHWH, que la Septante grecque rendait par Kurios et la Vulgate latine par Dominus (« Seigneur »), y est rendu par l’adjectif substantivé « l’Éternel ». Cette traduction va s’imposer durablement dans le protestantisme jusqu’au XXe siècle.

Le texte d’Olivétan laisse néanmoins ses premiers lecteurs insatisfaits et une première révision de son travail a lieu en 1540 à Genève (à cause du dessin qui orne sa page de titre, elle est appelée « Bible à l’épée »). D’autres suivent en 1546, 1553, 1560, à la demande de Jean Calvin (1509-1564) qui, dans une préface souvent reprise dans les siècles suivants, insiste sur la nécessité de connaître les Écritures et de leur être soumis [2]. Enfin, en 1588, paraît ce qui deviendra, pour plus d’un siècle, La Bible de Genève, révision collective, demandée par la Compagnie des pasteurs de Genève, menée par le philologue Corneille Bonaventure Bertram (1531-1594) sous l’autorité de Théodore de Bèze (1519-1505).

La Bible de Genève fera autorité dans le protestantisme français, jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Par la suite, le pasteur David Martin (1639-1721) entreprend de la réviser en 1707. Si, dans son souci de serrer au plus près l’hébreu et le grec, le langage de Martin paraît dur et parfois incorrect, les notes sont abondantes, assorties de commentaires dans la ligne doctrinale des Églises calvinistes. En 1744, Jean-Frédéric Ostervald (1683-1747), pasteur à Neuchâtel,  révise  la traduction et l’annotation de Martin. Ce texte sera réédité plus de quarante fois jusqu’à la fin du XIXe siècle.

La Bible de Genève a ainsi traversé l’histoire du protestantisme. Mais elle a également, de manière paradoxale, marqué l’histoire du catholicisme. Voici comment.

Autour de la Bible des théologiens de Louvain

En 1546, le concile de Trente donne comme texte biblique de référence la Vulgate latine.  Une révision est engagée qui paraît en 1592, appelée Vulgate Clémentine (du nom du pape Clément VIII). Dans le même temps, la Septante grecque est, elle aussi, éditée (1587).

Les traductions de la Vulgate ne sont pas interdites, mais leur lecture par les laïcs est sévèrement contrôlée. La règle IV sur la discipline de l’Index (1564)  les fait surveiller par les clercs  car « il en arrive plus de dommage que d’utilité à cause de la témérité des hommes ».

En 1566, à Paris, René Benoist, curé de Saint-Eustache, fait imprimer une Bible qui, en fait, est une reprise de la Bible de Genève (version 1560), corrigée d’après la Vulgate et expurgée des expressions jugées « hérétiques ». Amendée, les notes supprimées, elle paraît de nouveau à Anvers en 1578 sous la responsabilité des théologiens de Louvain. La Bible des théologiens de Louvain sera réimprimée tout au long du XVIIe siècle. Il est à remarquer la présence, en appendice, comme dans la Vulgate latine, des textes de 3 et 4 Esdras et de la Prière de Manassé.

En 1667 en est publiée une nouvelle version française : le Nouveau Testament de Mons. Lemaître de Sacy (1613-1684) et ses amis de Port-Royal en sont les auteurs. Ils traduisent la Vulgate tout en regardant le texte grec. 5000 exemplaires sont vendus dans l’année avant que Rome n’en condamne l’usage. Sur les mêmes principes philologiques, en 1668, c’est au tour du P. Denys Amelote (1609-1678), prêtre de l’Oratoire, de publier sa traduction du Nouveau Testament. Louis XIV en fera distribuer 150000 exemplaires aux protestants qui rejoignent l’Église catholique après la révocation de l’Édit de Nantes (1685). Les deux ouvrages, d’excellente qualité, diffèrent par leurs préfaces. Le P. Amelote demande que la lecture par les laïcs soit autorisée par un clerc (selon la règle IV de l’Index) alors que les gens de Port-Royal font de la même lecture un devoir de conscience, osant une analogie sacramentelle : par la lecture de l’Écriture, le fidèle reçoit la Parole de Dieu comme, dans l’Eucharistie, il reçoit son Corps.

Des traductions pour quel usage ?

Les Bibles manuscrites françaises ornaient les bibliothèques des rois et des princes. L’imprimerie, en ouvrant un marché (le commerce des libraires), va développer la culture de la bourgeoisie dans l’espoir d’atteindre un jour toutes les couches de la population. Le colportage, à forte dominante protestante, qui naît au XVIIIe siècle et s’éteint au XXe siècle, se heurte néanmoins en France à deux obstacles : d’une part l’analphabétisme d’une partie du peuple et, d’autre part, les résistances de l’Église catholique.

Favorisée chez les protestants, la lecture de la Bible est tolérée chez les catholiques. Port-Royal semble une exception en proclamant qu’elle est essentielle à la sanctification du laïc comme du clerc [3].

Dès les débuts de la Réforme, aucun texte français de la Bible ne s’impose, malgré l’effort de s’approcher de ce que l’on croit être l’original. Les traductions se multiplient et se modifient en fonction des progrès de la critique, mais aussi de l’état de la langue française, des besoins des communautés qui les demandent, et de la pression des autorités religieuses. Cependant, l’histoire des traductions passe les frontières confessionnelles. Ceux qui entreprennent une nouvelle traduction n’hésitent pas à compulser le travail de leurs prédécesseurs, quels qu’ils soient.

Un point de l’histoire des traductions de la Bible en Occident mérite attention : la présence ou non des livres de l’A.T. transmis par la Septante grecque mais qui n’ont pas d’originaux hébraïques. En 1534, Luther appelle ces livres « apocryphes », c’est-à-dire « livres non retenus comme Saintes Écritures, qui sont pourtant utiles et bons à lire » et les place à part.  Il s’agit de Judith, Sagesse, Tobit, Siracide, Baruch, 1 et 2 Maccabées, les ajouts grecs d’Esther et de Daniel, ainsi que la Prière de Manassé. En catholicisme, à l’exception de la Prière de Manassé, ils seront retenus par le Concile de Trente car présents « dans la vieille édition de la Vulgate latine » (décret du 8 avril 1546, reprenant la liste du 4 février 1442 lors du concile de Florence) ; plus tard, en 1566, on les appellera « deutérocanoniques ». En protestantisme, diverses Confessions, depuis celle de Zurich (1545) jusqu’à celle de Westminster (1648), les rejettent ou les acceptent partiellement. Au XVIIIe siècle, le rejet va s’imposer sous l’influence des puritains et des calvinistes. En 1827, la Société biblique britannique et étrangère (voir plus loin) les exclut de ses éditions. Il y a là une différence de fond avec les éditions catholiques qui les maintiennent car considérés comme « inspirés ». La différence perdure jusqu’à aujourd’hui. Dans le même temps, des livres comme 3 et 4 Esdras et de la Prière de Manassé, quoique non canoniques, sont mis en appendice des éditions de la Vulgate car cités et commentés par les Pères de l’Église. Dans la Bible « de Sacy », ils sont proposés dans un volume séparé avec 3 et 4 Maccabées, le Psaume 151 et diverses préfaces de saint Jérôme et des Pères.

Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, une différence s’estompe entre catholiques et protestants : l’importance donnée aux introductions et aux notes. Au début, les Bibles catholiques ne doivent pas en comporter, à la différence des Bibles protestantes. En effet, pour les catholiques, les commentaires sont faits par les clercs dans la prédication. Par contre, pour les protestants, attachés au lien personnel avec la Sola Scriptura, les obscurités doivent être immédiatement balayées. Peu à peu, au cours du XVIIIe siècle, les éditions catholiques vont proposer des notes soit philologiques, historiques, chronologiques, soit spirituelles. Cela est lié, sans doute, à la démocratisation de la lecture. En 1757, le pape Benoit XIV en rend l’usage obligatoire. Par contre, du côté protestant, à partir de 1827, on voit apparaître de multiples éditions des Bibles de Martin ou d’Ostervald sans les notes (et sans les « apocryphes »). Le lecteur est mis devant le texte nu, la pureté de l’Écriture sainte.


© Gérard Billon, Directeur du Service Biblique catholique "Evangile et Vie" (SBEV), Bulletin Information Biblique n° 75 (décembre 2010), p. 17.

 

[_REF:1161]>>> A lire : "Vers une Bible œcuménique en français", partie 2 : Des rêves déçus

[_REF:1162]>>> A lire : "Vers une Bible œcuménique en français", partie 3 : Le rêve réalisé ?

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[1] Version développée de la contribution parue sous le titre « Le rêve d’une Bible commune » dans L’aventure de la TOB. 50 ans de traduction œcuménique de la Bible, Le Cerf-Bibli’O, Paris, 2010, p. 121-134.

[2] « Si je voulais user de longue préface, j’aurais trois points à déduire. Le premier serait de montrer quel trésor est l’Écriture sainte, combien la dignité en est excellente et le profit inestimable. Comme à la vérité c’est le principal bien et le plus précieux que nous ayons en ce monde, vu que c’est la clef qui nous ouvre le Royaume de Dieu pour nous y introduire, afin que nous sachions quel Dieu nous devons adorer et à quoi il nous appelle. C’est la vraie règle pour discerner entre le bien et le mal et nous enseigner au droit service de Dieu.

Aussi, j’aurais à taxer la prétention diabolique de ceux qui osent priver le commun peuple de ce bénéfice de Dieu, lui interdisant la lecture de l’Écriture sainte, comme si Dieu n’avait point déclaré que son intention a été de la publier à tous états et à toutes langues. J’aurais à remontrer quelle cruauté c’est d’ôter aux pauvres âmes leur nourriture, pour les paître de vent. » Jean Calvin, préface à la Bible (1546)

[3] La Bible et la langue française. Ni Lefèvre d’Étaples, ni Olivétan n’ont donné une version française commune du texte sacré qui s’impose tant dans la sphère religieuse que littéraire, telle la Bible de Luther (1534) pour les Allemands ou plus tard la King James (1611) pour les Anglais. La « Bible de Genève », du côté réformé, la « Bible des théologiens de Louvain », de l’autre, ne brillent pas par leurs qualités littéraires. C’est aux frontières des institutions officielles que se sont élaborées les belles entreprises de Castellion et de Port-Royal. La première n’a eu aucun succès à la différence de la deuxième.
Sébastien Castellion (1515-1563), d’abord proche de Calvin, s’oppose à celui-ci et quitte Genève pour Bâle. Après un essai de traduction de l’Ancien Testament de l’hébreu en latin, il publie en 1555 une traduction française de toute la Bible « dans un langage commun et simple et le plus entendible qu’il m’a été possible ». Il puise pour cela dans les registres les plus variés du français royal mais aussi dans les dialectes régionaux et n’hésite pas à forger des néologismes (le superbe « imagedieux » à la place des habituelles « idoles »). Il évite les hébraïsmes (« tomber sur la face [ou le nez] » devient un simple « faire la révérence ») et son style se plie à ce qu’on n’appelle pas encore le « genre littéraire » : récit, proverbe, oracle…
Un siècle plus tard, dans les années 1650, aux alentours de Paris, le monastère de Port-Royal des Champs voit se rassembler des gens érudits et pieux qui désirent rendre en français le Missel, le Bréviaire et surtout la Bible. Les « messieurs de Port-Royal » ont le souci de la clarté et de l’élégance de la langue (Blaise Pascal en a fait partie et Jean Racine les a fréquentés). Après la publication du Nouveau Testament de Mons en 1667, l’Ancien est mis en chantier. Lemaître de Sacy assure le plus gros du travail. L’Ancien Testament est publié en plusieurs volumes de 1672 à 1693, la mort de Sacy en 1684 n’arrêtant pas l’édition. C’est bien la Vulgate qui est traduite, mais chaque fois qu’il est possible, Sacy signale en note les divergences avec les textes originaux. Quant au style, c’est celui du français « grand siècle », que l’on dit classique, avec ses effets de rythme, son vouvoiement, sa tendance à la paraphrase légère et à l’abstraction dans le choix des termes.
Au XXe siècle, des écrivains ont également mis leur talent au service de la Bible. Paul Claudel adapte une grande partie des Psaumes selon la Vulgate latine, de 1918 à 1953. Selon le texte hébreu, Henri Meschonnic les traduit dans Gloires (2001). De son côté, Jean Grosjean a continué à traduire l’œuvre johannique bien après la parution du Nouveau Testament dont il a dirigé l’édition dans la « Bible de la Pléiade » (1971). Quant aux éditeurs de la Bible, nouvelle traduction (2002), ils ont voulu donner à entendre les textes bibliques de manière contemporaine grâce à une collaboration entre des biblistes et des écrivains tels Pierre Alferi, François Bon, Frédéric Boyer, Olivier Cadiot, Jean Echenoz, Florence Delay, Marie Ndiaye, Jacques Roubaud, etc.
Dès la publication de la traduction de Lefèvre d’Étaples, le poète Clément Marot (1496-1544) versifie une partie des psaumes et les dispose en strophes pour qu'ils puissent être chantés. Théodore de Bèze continue son œuvre et, en 1562, paraît à Genève ce qui deviendra le « Psautier huguenot ». Corrigé, mis en musique, il est encore en usage aujourd’hui. Dans le protestantisme, il y a donc deux rapports aux psaumes : d’un côté, ils sont lus comme Parole de Dieu au même titre que les autres écrits bibliques, de l’autre, ils sont devenus des cantiques. C’est la première utilisation qui guidera la TOB, avec, disent certains, un défaut de poésie. Par contre, parallèlement à la TOB et en lien avec elle, une équipe indépendante – où l’on trouve les noms de Joseph Gélineau, Patrice de la Tour du Pin ou Didier Rimaud – a forgé rythmes et sons pour un Psautier, version œcuménique, texte liturgique, paru en 1977.

 

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org