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Qumrân
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Rouleaux de la Mer Morte
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Duhaime Jean
La bibliothèque et la publication des manuscrits
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En dehors des premiers manuscrits de la grotte 1 qui furent publiés autrement...
 

En dehors des premiers manuscrits de la grotte 1 qui furent publiés autrement, la plupart des fragments et manuscrits recueillis à Qoumrân et dans quelques autres sites autour de la mer Morte ont été confiés au Musée archéologique de Palestine pour y être conservés, analysés et publiés. Chargé de diriger l’entreprise, de Vaux constitua en 1953-1954 une équipe internationale de sept membres et attribua à chaque membre un lot de manuscrits à préparer pour la publication. Les manuscrits, souvent reconstruits à partir de fragments, reçurent un numéro d’inventaire correspondant à leur grotte de provenance (1Q à 11Q) et à leur place dans une séquence établie selon plusieurs critères. Les manuscrits dont le texte correspondait à celui de la Bible furent classés d’abord, dans la séquence canonique de la Bible hébraïque ; lorsqu’un livre biblique se trouvait représenté par plusieurs exemplaires, on les distingua par une lettre (1Q4 = 4QDeutéronomea, 1Q5 = 4QDeutéronomeb, etc.). Les autres manuscrits furent regroupés selon leur langue, leur contenu, leur forme littéraire, etc. ; on donna un titre à ceux dont le contenu était suffisamment explicite (2Q24 = 2QNouvelle Jérusalem, araméen). Ceux dont l’identification était impossible furent renvoyés à la fin. L’usage de ces titres et de ces sigles s’est généralisé dans le domaine des études qoumrâniennes ; on s’y conforme dans l’identification des textes présentés ici.

L’édition fut assurée par les Presses de l’université d’Oxford, qui créèrent à cet effet la collection « Discoveries in the Judaean Desert of Jordan ». Chaque volume devait comporter une introduction, des planches reproduisant les manuscrits, une transcription annotée de chacun et sa traduction commentée (du moins pour les textes non bibliques). Cinq volumes parurent entre 1955 et 1968, livrant aux chercheurs et au public les documents recueillis par les scientifiques dans la grotte 1 et le contenu des « petites grottes » (2-3, 6-10) et d’une partie des lots des grottes 4 et 11. La publication fut ensuite perturbée durant une quinzaine d’années par plusieurs facteurs dont les bouleversements politiques résultant de la Guerre des Six jours, le tarissement des fonds publics ou privés et les problèmes personnels de quelques membres de l’équipe. Après plusieurs changements à sa tête, l’équipe éditoriale fut élargie à plus de cinquante collaborateurs au début des années 1990 en vue de terminer le travail. Complétée environ un demi-siècle après avoir été lancée, la collection s’appelle dorénavant « Discoveries in the Judaean Desert » (DJD) ; elle compte une quarantaine de volumes et constitue l’édition scientifique de référence pour la plupart des textes de Qoumrân.

Cette collection ne recouvre cependant pas parfaitement la bibliothèque de Qoumrân. En effet, elle ne contient pas les éditions des premiers manuscrits découverts dans la grotte 1, sauf exception, ni celle du manuscrit récupéré à Bethléem en 1967 et édité par Y. Yadin sous le nom de Rouleau du Temple. Pour avoir une vue globale de cette bibliothèque, du moins de ce qui en a survécu, il faut utiliser l’ensemble des documents trouvés à Qoumrân, peu importe la façon dont ils ont été publiés. Il y a également un intérêt à regrouper les documents semblables, par exemple les manuscrits des Psaumes, même s’ils proviennent de grottes différentes. Suite à ce premier groupement, plusieurs formes de classement sont possibles sans qu’aucune ne s’impose de manière absolue.


Une sélection d’extraits, classés par genre

Ce cahier propose une sélection d’extraits du corpus de Qoumrân, organisés en fonction de deux grands principes inspirés de ceux des éditeurs de la collection DJD. Premièrement, on a retenu la distinction faite entre les textes bibliques et non bibliques, même si elle n’est pas évidente dans certains cas ; on a cependant ajouté aux extraits de manuscrits correspondant aux livres de la Bible hébraïque quelques témoins des écrits deutérocanoniques intégrés dans les Bibles des Églises catholiques et orthodoxes. Deuxièmement, on a classé la plupart des extraits non bibliques en fonction du genre littéraire dominant du document d’où ils proviennent, en les regroupant autour de quatre catégories assez larges, dont les caractéristiques sont décrites au début de chaque section : littérature exégétique et parabiblique ; règles, documents légaux et apparentés ; recueils poétiques, liturgiques et sapientiaux ; documents magiques et apocalyptiques.

Il est généralement admis, même par les chercheurs qui adhèrent à l’interprétation proposée par de Vaux, que les manuscrits trouvés à Qoumrân n’ont pas tous été composés ou copiés par les occupants du lieu. De nombreux manuscrits bibliques ont pu être apportés à Qoumrân par des membres ou des sympathisants du groupe. Parmi les manuscrits non bibliques, certains font assez clairement référence à une communauté qui se situe en tension par rapport au reste la société et qui s’est dotée d’une vision du monde, d’une organisation et de pratiques particulières, repérables à une terminologie spécifique ; ce genre de groupe est souvent qualifié de « sectaire ». Ce sont ces textes qui présentent des affinités, mais aussi quelques différences, avec les Esséniens décrits par les auteurs anciens. Il n’est cependant pas assuré que ces textes concernent toujours le même groupe, ni qu’il s’agisse d’un (ou de plusieurs) groupe(s) d’Esséniens, car ce nom n’y apparaît jamais. D’autres manuscrits ne comportent aucune de ces caractéristiques ou n’en reflètent que quelques éléments épars ; ces textes « non sectaires » pourraient avoir circulé dans des cercles assez larges ou même avoir constitué un patrimoine commun à l’ensemble du judaïsme de l’époque. Dans le présent Cahier, on signalera à l’occasion les traits sectaires de certains manuscrits ; mais on a renoncé à en faire une catégorie à part. On a aussi résisté à la tentation d’esquisser une théologie d’ensemble de textes qui présentent parfois une assez large diversité de points de vue, préférant laisser chacun parler pour lui-même. Il est parfois nécessaire de restaurer une partie des textes pour les comprendre ; ces reconstructions sont indiquées par des crochets, sauf lorsqu’elles consistent seulement à compléter un mot ou une expression dont on est à peu près certain.


Autres manuscrits découverts près de la mer Morte
En dehors du site Qoumrân, le désert de Juda a livré une série de trésors archéologiques inestimables qui nous renseignent de manière assez précise sur la vie économique, sociale, politique et religieuse de la fin de l’époque perse (IVe s. av. J.-C.) aux premiers siècles apr. J.-C. À côté d’une quantité impressionnante d’objets de toutes sortes (poteries, vannerie, pièces de monnaie, etc.), de nombreux matériaux littéraires ont été découverts sur différents sites : la forteresse de Massada, les grottes du Wadi Murabba’at, du Nahal Hever, de Khirbeth Mird, du Wadi Daliyéh et quelques autres sites de moindre importance.

Les fragments de documents exhumés sont généralement écrits en hébreu, en araméen et en grec (Massada, Wadi Daliyéh, Nahal Hever, etc.) ; d’autres écrits, plus tardifs pour la plupart, sont rédigés en nabatéen (Nahal Hever), en syriaque, en christo-palestinien, en latin et même en arabe (Khirbeth Mird et Wadi Murabba’at). Parmi ces documents copiés sur papyrus et sur parchemin, on trouve quelques textes bibliques ou parabibliques, des inscriptions religieuses et des amulettes ; mais la plupart sont de nature économique ou administrative : listes diverses, actes de vente, prêts (Nahal Hever), décision de justice, contrats de mariage, correspondances, sceaux inscrits, etc. Certains, comme les papyri du Wadi Daliyéh (au nord de Jéricho), éclairent de manière significative l’histoire politique de la Samarie à la fin de l’époque perse. D’autres, comme les lettres de Bar Kochba, offrent une documentation de première main sur la seconde révolte juive contre les Romains (132-135 apr. J.-C.).

Le site fortifié de Massada, aménagé principalement par Hérode le Grand (40-4 av. J.-C.), a servi de refuge à toutes sortes d’insurgés juifs de la première révolte (66-70 apr. J.-C.) qui ont laissé la trace de leur passage sur des inscriptions et des manuscrits découverts à proximité d’une petite synagogue. On y trouve des fragments de la Genèse, du Lévitique, du Deutéronome et d’Ézéchiel, ainsi que des Psaumes. Mais la découverte la plus importante est celle d’un rouleau du Siracide en hébreu. Ce rouleau, dont quelques petits fragments ont également été découverts à Qoumrân, vient confirmer l’utilisation, dans certains milieux juifs de l’époque du Second Temple, de cet écrit de sagesse non retenu plus tard dans le canon de la Bible hébraïque. La découverte à Massada de fragments d’un écrit populaire à Qoumrân, les Chants pour l’holocauste du chabbat, témoigne peut-être de la présence de membres de la communauté essénienne sur ce site ; mais on l’a aussi interprétée comme l’indice que ce texte n’était pas d’origine essénienne et qu’il circulait assez librement.

© Jean Duhaime et Thierry Legrand, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 152 (juin 2010), "Les rouleaux de la mer Morte", p. 7-10.

 

 
 
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