856
Genèse
401
Qumrân
855
Rouleaux de la Mer Morte
144
Duhaime Jean
Un « plus » dans le récit de la création : Genèse
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Le premier chapitre de la Genèse raconte la création du monde en six jours...
 

Le premier chapitre de la Genèse raconte la création du monde en six jours (Gn 1,1 – 2,4). Ce récit est conservé partiellement dans sept manuscrits de Qoumrân, dont 4Q10. Ce manuscrit a été copié durant le premier tiers du Ier s. apr. J.-C. Il est constitué de cinq fragments de petite dimension. Les portions préservées correspondent à des versets des trois premiers chapitres de la Genèse (Gn 1,9.14-16.27-28 ; 2,1-3 ; 3,1-2).

Le fragment 1 mesure à peine 1 cm de haut sur 3 cm de large. Il ne contient que quelques mots : « Et le continent apparut ». Cela évoque évidemment l’œuvre du troisième jour de la création : « Dieu dit : Que les eaux qui sont sous le ciel s’amassent en une seule masse et qu’apparaisse le continent » (Gn 1,9). Le TM ne comporte ensuite que la formule « Et il en fut ainsi » qui se retrouve à trois reprises ailleurs dans ce récit : à propos de la séparation des eaux inférieures et supérieures, de la création des végétaux et des luminaires (v. 7.11.15). Puis Dieu nomme ce qui vient d’être créé : « Dieu appela le continent terre et la masse des eaux mers, et Dieu vit que cela était bon » (Gn 1,10). Mais, à la fin du v. 9, la version grecque contient une phrase supplémentaire, ce que les spécialistes appellent « un plus » : « Et les eaux qui étaient sous le ciel s’amassèrent en une seule masse et le continent apparut. » Les mots qui apparaissent dans le fragment de Qoumrân correspondent à la fin de cette phrase ; elle devait donc s’y trouver également. On rencontre une description similaire de l’exécution de l’ordre divin à trois autres reprises : pour l’apparition de la verdure et des arbres, celle des astres et celle des bêtes (v. 12.16.25).

Comment expliquer ce « plus » ? Deux solutions sont possibles. Selon un premier scénario, le scribe de 4Q10 copie un texte qui ne comporte pas la description de l’exécution de l’ordre divin ; il l’ajoute en s’inspirant des trois passages semblables. Mais quelle serait sa motivation, puisque cela ne change en rien le sens du passage ? On peut imaginer une autre hypothèse : la description existe dans le texte source, un copiste l’omet par accident et cette erreur passe dans le TM. Si l’on reconstitue le texte hébreu consonantique (non vocalisé) équivalent au « plus » de la Septante, on constate que les trois premières lettres de cette phrase et de la suivante sont semblables : wyqvw (« et les eaux… s’amassèrent »), wyqr’ (« et Dieu appela »). Ce genre d’omission due à un saut visuel est assez courant. C’est pourquoi l’éditeur du manuscrit estime que la deuxième explication est préférable ; il souligne que le texte ainsi obtenu correspond davantage à la structure habituelle des actes de création en Gn 1.

Les quelques mots de ce petit fragment de Qoumrân proviendraient donc d’un témoin hébreu d’une phrase originale du récit de la création que connaissait encore le traducteur de la Septante, mais qui n’est pas passée dans le TM.


© Jean Duhaime et Thierry Legrand, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 152 (juin 2010), "Les rouleaux de la mer Morte", p. 13-14.

 

 

 
 
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