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Cahiers Evangile
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Historique
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Billon Gérard
Les Cahiers Évangile au service de la lecture de la Bible...
Note historique
 
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Un rapide historique...
 

Au mois de décembre 2009, les Cahiers Évangile ont sorti leur 150e numéro. Cela correspond, à peu près, aux 40 ans du service biblique catholique Évangile et Vie...

I - Le Service biblique catholique Évangile et Vie : 40 ans au service de la lecture de la Bible

Le Service biblique catholique Évangile et Vie (SBEV) est issu du mouvement bibliquedu 20e siècle. Il est né dans le dynamisme du concile Vatican II.

Depuis 1891 existait une association privée, la « Ligue Catholique de l’Évangile ». Son but ? Favoriser les cercles d’études bibliques et la diffusion de brochures sur l’Évangile et le Nouveau Testament. Depuis 1951, elle publiait des cahiers trimestriels appelés sobrement Évangile (et, familièrement, « cahiers rouges » à cause de leur couleur) dirigés par le P. Gourbillon puis le P. du Buit.

En 1970, à la demande de l’épiscopat et des biblistes de l’Association Catholique Française pour l’Étude de la Bible (ACFEB, créée en 1966), la Ligue Catholique de l’Évangile se transforme et devient le « Service biblique catholique Évangile et Vie », chargé d’être l’antenne française de la Fédération Biblique Catholique Mondiale, voulue par le cardinal Bea à la suite du concile Vatican II.

En 1972, le premier directeur, Étienne Charpentier, modifie les cahiers rouges Évangile en Cahiers Évangile, désormais publiés par les éditions du Cerf, spécialisées tant dans les études bibliques que dans la vulgarisation. Les Cahiers Évangile deviennent alors un instrument de la pastorale biblique en France.

Projet : « … un service qui, modestement et sans monopole, en liaison avec d’autres organismes comme par exemple les ‘Équipes de Recherche Biblique’ (protestantes), voudrait être… au service de tous ceux qui, sans être spécialistes, désirent aider ou être aidés à lire les Écritures : chrétiens isolés, communautés, cercles bibliques, maisons d’édition… » (Étienne Charpentier, 1972) 

Aujourd’hui, le SBEV est animée par une équipe dont le directeur, nommé par le conseil d’administration, est soumis à l’approbation des évêques de France.

Directeurs (à mi-temps) : Étienne Charpentier (1971-1979), Marc Sevin (1979-1984), François Tricard (1985-1988), Philippe Gruson (1989-1996), Joseph Stricher (1997-2002). Depuis 2003 : Gérard Billon.

Le SBEV a une activité pastorale qui ne se limite pas à l’édition

• Dès le début, il maintient l’attention pastorale à l’intérieur du conseil d’administration de l’ACFEB.

• En 1984, il rejoint l’AORB (Association Œcuménique pour la Recherche Biblique) chargée de réviser et diffuser la TOB. 

• Il se tient à la disposition des diocèses ou des services qui le désirent. Ainsi, en 2008-2009, il a participé au lancement d’ « années de la Parole » à Angoulême ou Metz et accompagné l’« année de la mission » à Tours. 

• Avec l’agence de voyage « Terre Entière », il anime des pèlerinages. La prochaine croisière dans le sillage de Paul, résolument œcuménique, est en partenariat avec le Service biblique de la Fédération Protestante de France (22 oct. - 3 nov. 2010).

• Il édite les Cahiers Évangile et leurs Suppléments. Il a dirigé la collection liturgique « commentaires » aux éditions Le Centurion-Bayard. Il collabore à d’autres publications : Biblia, Le Monde de la Bible, Les Fiches dominicales…

• En 2003, il ouvre le site internet www.bible-service.net : informations de base sur la Bible, extraits des Cahiers Évangile, articles de réflexion.

•Un Bulletin d’Information Biblique (BIB) s’est adressé de 1974 à 2008 aux animateurs des groupes bibliques. Il était co-rédigé par le SBEV et le Service biblique de la Fédération protestante de France. Il est désormais remplacé par le site internet.

• Membre actif de la Fédération Biblique Catholique, le SBEV a participé à ce titre  au Congrès qui s’est tenu à Rome en 2005 pour l’anniversaire de la promulgation de la constitution conciliaire Dei Verbum (1965).

• En février 2006, avec le Service biblique de la Fédération protestante de France, l’Alliance Biblique Française et l’Institut Supérieur des Études Œcuméniques, un colloque a été organisé à l’Institut catholique de Paris sur les enjeux de la lecture de la Bible.

•  En octobre 2009, dans la suite du synode des évêques 2008, un accord de coopération a été passé avec l’Alliance Biblique Française.

Publications nées de l’expérience pastorale et de l’animation biblique :

• 4 volumes d’initiation de 144 à 164 p. (initiative de Ph. Gruson) : Lire l’Ancien Testament, 1 : avant l’exil / Lire l’Ancien Testament. 2 : de l’exil à Jésus / Lire le Nouveau Testament. Les Quatre évangiles / Lire le Nouveau Testament. Actes des Apôtres, Épîtres, Apocalypse.

• 8 fascicules pour une lecture continue selon la lectio divina (initiative de J. Stricher). 60 pages, traduction simple, notes marginales élémentaires, encart central pour une lecture personnelle ou en groupe : Lire l’évangile de Marc (1999, rééd. 2005), Lire l’évangile de Luc (2000, rééd. 2003), Lire l’évangile de Matthieu (2001), Lire les Actes des Apôtres (2002), Lire l’évangile de Jean (2003), Lire les épîtres aux Corinthiens (2007), Lire le livre de la Genèse, chap. 1 à 25 (2006), Lire le livre de la Genèse, chap. 26 à 50 (2007)

• G. Billon et Ph. Gruson, Pour lire l’Ancien Testament. Le Premier Testament par les textes (éd. du Cerf, 2007). Refonte du manuel d’introduction rédigé par É. Charpentier en 1980


II - Le SBEV et les Cahiers Évangile dans l’animation biblique de la pastorale

Que « l’accès à la sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens » (Dei Verbum n° 22) ! À la fin des années 1960, des documents du concile Vatican II comme Dei Verbum (sur la révélation divine) ou Sacrosanctum Concilium (sur la liturgie) ont aidé les catholiques à ouvrir la Bible.

La redécouverte a été placée sous le signe de l’œcuménique. Le cardinal Bea, ancien recteur de l’Institut biblique pontifical, président du premier Secrétariat pour l’Unité des chrétiens, a souhaité mettre en place une Fédération Biblique Catholique Mondiale avec pour mission d’impulser la pastorale biblique dans tous les pays catholiques et d’être le vis-à-vis des sociétés bibliques protestantes. En transformant une association privée (la « Ligue catholique de l’Évangile »), en un service semi-officiel articulé sur l’ACFEB (le « Service biblique catholique Évangile et Vie » ou SBEV), l’épiscopat français tentait d’honorer la volonté du concile et la demande du cardinal Bea sans bouleverser l’équilibre des mouvements apostoliques et des services d’Église. La revue de la Ligue, un cahier appelé Évangile, de couleur rouge, changea de format et devint les Cahiers Évangile.

Le Service biblique et la revue accompagnent l’évolution des liens entre Bible et pastorale.

Lecture pour tous ?

Avant le concile, le renouveau biblique était réel. La modeste Ligue catholique de l’Évangile voulait servir une lecture des évangiles informée, entre piété et histoire. Un article du P. Chifflot (initiateur de la Bible de Jérusalem ou B.J.), repris dans le premier « cahier rouge » en 1951, dresse une liste de 6 attitudes : lecture cursive, « critique », liturgique, théologique, spirituelle et poétique. Aux guillemets de la lecture critique, il précise : « … comprendre le texte (ou avoir une bonne traduction), avoir le sens du contexte, utiliser des guides devant les difficultés historiques et littéraires… ».   

Reconnaissance et appropriation 

Après le concile, il y a eu une période à la fois euphorique et éprouvante pour une lecture informée de la Bible qui nous mène jusqu’au milieu des années 1980. C’est le « sitz im leben » des Cahiers Évangile.

Les parrains des C.E. sont donc l’épiscopat d’une part – aiguillonné par la toute nouvelle Fédération Catholique Mondiale pour l’apostolat biblique (aujourd’hui Fédération Biblique Catholique) – et l’ACFEB de l’autre, les PP. H. Cazelles et P. Grelot en tête. On a là une tension féconde entre pastorale et recherche critique. Le SBEV a été voulu comme le service pastoral de l’ACFEB et le moyen d’aider les catholiques à lire la Bible avec les acquis de la recherche exégétique et la fidélité à l’Église.

Le premier directeur, Étienne Charpentier, a tout de suite pensé aux éditions du Cerf pour une meilleure fabrication et diffusion de la revue. Les éditions du Cerf sont en effet connues pour avoir porté le projet de la B.J. (une révision paraitra en 1973) et s’être engagées dans l’aventure de la TOB (parution en 1975 ; avec la Société biblique française). Elles ont une collection biblique de haut niveau intitulé « lectio divina », une collection plus grand public, « lire la bible », et des revues de vulgarisation comme La Bible et son message ou Fêtes & Saisons. A publics variés, propositions variées. Concernant la Bible, le souci était grand de proposer des guides devant les difficultés historiques et littéraires sans s’effrayer ni de la critique ni de la théologie. Les C.E. rentraient donc parfaitement dans le projet éditorial de la maison.

Les liens personnels de E. Charpentier avec les membres des éditions du Cerf se traduisaient aussi par une collaboration à la Bible et son message. Son successeur M. Sevin a participé à Fêtes & Saisons. En 1984, après le dernier numéro de la Bible et son message, les éditions du Cerf confieront donc la rédaction d’une nouvelle revue de vulgarisation, les Dossiers de la Bible, au SBEV (M. Sevin, A. Marchadour, P.-M. Beaude etc.) En 2003, les Dossiers laisseront place à une nouvelle revue, rédigée cette fois par les seules éditions du Cerf, Biblia.

Comme symbole de l’efflorescence biblique post-conciliaire, il faut relever les fiches bibliques co-éditées par le Centre St Dominique (La Tourette, 69 – l’Arbresle) et le SBEV. Issues d’un travail collectif d’exégètes catholiques et protestants soucieux de vulgarisation, ronéotées, polycopiées, elles ont alimenté les centaines de groupes bibliques qui ont fleuri alors dans les paroisses et les aumôneries de jeunes. On en retrouve les grandes lignes dans le n°10 des C.E. (1974) : « Pour une première lecture de la Bible » et dans deux ouvrages grand public signés d’É. Charpentier : Pour lire l’Ancien Testament (Le Cerf 1980) et Pour lire le Nouveau Testament (Le Cerf 1982). Tout cela était, au sens noble du terme, de la vulgarisation. Quand la Bible a-t-elle été écrite ? Par qui ? Qui étaient Abraham, Moïse, David ? Que peut-on vraiment dire de l’exode ? Les évangiles sont-ils des reportages ? Comment parler de la résurrection ? La question récurrente a bien été celle du rapport entre Bible et histoire.

Après un Cahier n°1/2 intitulé « Lecture de l’Évangile selon saint Marc » (1972)  issu d’une session animée par Jean Delorme, le C.E. n° 3 (1973) a été consacré à « Christ est ressuscité ! ». Affirmation, non pas question. Y affleurent les « questions que se posent les gens » (E. Charpentier sillonnait les routes et était actif à l’intérieur des Équipes enseignantes – enseignement public). Les réponses tiennent compte des débats qui ont suivi le premier congrès de l’ACFEB (1969) et l’ouvrage alors très discuté de X. Léon-Dufour, Résurrection de Jésus et message pascal (1971, revu et corrigé en 1972). Toujours la tension entre pastorale et recherche critique.

Les contacts avec le Centre de Pastorale Liturgique et le Centre National de l’Enseignement Religieux se retrouvent dans la collaboration aux revues de ces deux services de l’Église.

Le Cahier 1/2 sur saint Marc voulait accompagner les lectures liturgiques de l’année B. Mais, en dehors de collaborations ponctuelles, les liens avec le Centre de Pastorale Liturgique n’ont jamais été très serrés. Sans doute parce que la série Assemblées du Seigneur (1962-1975) ne demandait pas de « doubler » leur présentation remarquable des textes du Lectionnaire. Depuis l’an 2000, une collaboration s’est par contre instaurée avec les Fiches Dominicales pour un commentaire simple des Écritures de la liturgie de la Parole au service des équipes liturgiques.

Concernant la catéchèse, il n’en a pas été de même. Le SBEV a ainsi été très investi dans l’aventure de la « carrière de textes » Pierres Vivantes (1981). E. Charpentier et son successeur M. Sevin ont sans doute influencé la première présentation des textes bibliques qui commençait avec l’événement fondateur « exode » et non avec ceux de la création du monde. On sait que cela fut vivement critiqué à Rome. Un Cahier spécial (C.E. n° 35) a accompagné la sortie du livre et alimenté les débats qui suivront.

Il faut dire que le SBEV et les C.E. participent alors de la « vulgate » interprétative qui s’est imposée dans les années 1960. Le mot « historico-critique » résume le mouvement dominant ; il porte, en particulier, sur l’étude de la rédaction des livres bibliques. Ainsi, la compréhension des récits de création en Genèse passait par la prise en compte du contexte supposé de leur rédaction (époque royale pour Gn 2-3 et exilique pour Gn 1). La présentation des C.E. n° 10 et 35 se voulait historique et non pas canonique. La théorie « documentaire » de la formation du Pentateuque, très bien exposée par J. Briend dans le C.E. n°15 (1976), était alors objet du consensus des biblistes. La remise en cause de la théorie dans les années 1980 a bouleversé l’approche de la Bible. Le C.E. n°15 sera retiré du catalogue mais il faudra attendre 1999 pour que le successeur de J. Briend à l’Institut catholique de Paris, O. Artus, réécrive entièrement un « Lire le Pentateuque » (C.E. n°106).

C’est pour permettre de mieux situer les textes dans leur contexte historique qu’en 1979, M. Sevin lance des Suppléments aux C.E. (deux livraisons par an). Sorte d’anthologies très maniables, on y trouve tous les écrits importants (en des traductions parfois inédites) du Proche-Orient ancien, de l’antiquité gréco-romaine et du judaïsme ancien. 

L’acquis de ces années a été la distinction entre vérité historique et vérité du salut de Dieu. L’historicité de l’« exode » ou d’Abraham par exemple s’est effacée devant le poids d’histoire contenu par les différentes traditions qui les ont racontés au cours des siècles. On s’est moins intéressé au fait lui-même qu’à la foi des rédacteurs successifs et aux images qu’ils ont ainsi construit peu à peu du Dieu Un et de l’alliance passé par celui-ci avec Israël. Les modifications de la recherche historique (surtout, d’ailleurs, les aventures de la théorie documentaire du Pentateuque) ne sapaient pas cette approche. Si, par exemple, les récits de Gn 2-3 ne pouvaient plus être rattachés à la période salomonienne (10e siècle av. J.-C.) il n’en restait pas moins que l’on soupçonnait un ancrage historique au 8e ou 7e siècle, donc avant l’exil ; l’écriture de Gn 1, toujours attribuée aux prêtres en exil, les a enrichi. L’approche historique s’est affinée, elle ne s’est pas déconsidérée. Rédigés au cours de ces turbulentes années 80, les C.E. n°54 (sur l’Exode, par C. Wiener) ou n°56 (sur Abraham, par M. Collin) disent cela très bien. Leurs hypothèses rédactionnelles – d’ailleurs prudentes – sont dépassées et néanmoins certains de leurs aperçus littéraires et théologiques gardent toute leur valeur. Ceci dit, le C.E. n°56 a été lui aussi retiré du catalogue et sera prochainement remplacé.

Le choc de l’exode vers les terres nouvelles

 Ce sous-titre est dû à F. Laplanche qui, dans La crise de l’origine (2006), a dressé l’histoire de la recherche biblique catholique et montré comment cette recherche, historique, admise officiellement par Dei Verbum, a provoqué un « choc » en retour. Disons ici que ce choc ne concerne pas seulement les milieux scientifiques catholiques ni les effets de la « méthode » historico-critique sur la théologie. Il touche, dans le public croyant, la reconnaissance d’un certain échec pour dégager ce qu’on pensait être « le » sens de l’état final, canonique, du texte. Les questions herméneutiques sur l’écriture de l’histoire, sur le langage, sur la coopération du lecteur dans la lecture vont ouvrir le champ des interprétations.

Certains chercheurs, en particulier de l’ACFEB, se sont alors tournés vers des approches moins historiques et plus littéraires telles les analyses dites « rhétorique », « sémiotique » ou « narra-tive ».

Dès 1976, à côté du C.E. n°15 sur le Pentateuque, on découvre la méthode « structurale » avec le C.E. n°16. Dans le n°19, le P. Vanhoye fait ressortir les structures rhétoriques de l’épître aux Hébreux. Plus de vingt ans après, en 1999, après le C.E. n°106 sur le Pentateuque, le C.E. n°107 s’intéresse à « l’analyse narrative des récits de l’A.T. » telle que la fait goûter ceux que leurs amis désignent du nom de « l’école belge » (J.-L. Ska, J.-P. Sonnet, A. Wénin). D’autres ont préféré partir des contextes sociaux et culturels qui nous façonnent : approche sociologique, psychana-lytique, libérationiste, féministe etc. Le C.E. n°61 est une approche socio-linguistique de la lettre de Jacques (par F. Dumortier). Le C.E. n°117, propose sommairement, sous la plume de G. Bonneau, de « nouvelles lectures  de l’évangile de Marc », psychanalytiques, post-structuralistes, fé-ministes.

La lecture biblique, développée avec enthousiasme dès la fin du concile Vatican II, a buté sur l’opacité de la lettre. Opacité qui résiste en partie (heureusement ?) aux approches critiques. Alors, un autre rapport à la Bible est apparu, qui a moins insisté sur l’étude que sur… la prière. Retour de balancier ? Correspondant peut-être à ce que le concile appelait « une lecture spirituelle assidue » (Dei Verbum n°25), la lectio divina (ou lecture sainte, lecture accordée à la divinité, à la sainteté de Dieu) est sortie des monastères pour se répandre dans le peuple chrétien. Les noms de E. Bianchi, C.-M. Martini ou M. Sevin l’ont popularisée.

Lire ensemble, expérience d’Église

Actuellement, dans une démarche inspirée parfois de la lectio divina, des paroisses, voire des diocèses,  se risquent donc à proposer sur un an la lecture en groupe d’un évangile d’un bout à l’autre : « un souffle  d’air frais » entend-on dire. Peut-être sommes-nous là au cœur d’une expérience très simple d’animation biblique de la pastorale. Non pas une proposition pastorale « à côté » des autres, mais une action qui irrigue  et la catéchèse et l’évangélisation

Au SBEV, ce ne sont pas les C.E. – pas encore – qui se sont mis au service de la lectio divina, mais une série de fascicules voulue par J. Stricher : « Pour lire… » « … saint Matthieu, …saint Marc, … saint Luc » etc. La série a répondu à une demande du diocèse d’Auch en 2001. Avec un pari redoublé : allier la lectio avec la lecture continue d’un évangile. La proposition, risquée, a séduit d’autres diocèses. Le SBEV n’a pas toujours été sollicité ni eu des liens avec eux. Ce qui, en soi, n’est pas très grave. Nous n’avons pas de monopole, comme le disait É. Charpentier en 1972 en présentant le SBEV dans le premier C

Que ce soit selon cette démarche ou non, la lecture en groupe (à différencier du travail en groupe) est cependant encore peu pratiquée. Il resterait à mettre au jour les incidences sur la construction de l’Église et de la foi en Église que cela permet. Bientôt viendra, nous l’espérons, une réflexion sur le statut ecclésiologique de l’animateur biblique. Est-ce de l’ordre d’un ministère (institué) de la Parole confié à des laïcs, hommes ou femmes (voir la proposition n°17 du Synode des évêques catholiques à Rome en octobre 2008) ? En tout cas, s’il est du ressort d’individus, il les dépasse en s’ouvrant également à un jeu institutionnel avec le diocèse – la paroisse, l’école – pour l’appel, la formation initiale et continue (là, le SBEV avec ses revues et son site peut participer – très modestement).

Étude et prière ne s’opposent pas. Dans les années 1970, les fiches bibliques n’oubliaient jamais la prière et un psaume concluait chaque chapitre. Aujourd’hui, le premier temps de la lectio divina s’appelle « observer », c’est-à-dire mise en œuvre de l’intelligence, respect dû à une parole qui vient de loin, étrange, autre. Il répond à la question : « Qu’est-ce que ça dit ? ». Le dernier temps de la lecture critique, historique ou littéraire, devrait être : « Qu’est-ce que çà me dit ? ».

« Qu’est-ce que ça dit ? ». Temps de la « distanciation objectivante » selon les mots de Paul Ricœur. Les C.E., mais aussi le site www.bible-service.net et, autrefois, la revue des Dossiers de la Bible (1984-2003), à des degrés divers et de diverses manières, s’offrent pour raisonner la question et peut-être la (les) réponse(s). Une fois un dossier publié, le travail est-il fini ? Nous savons bien que, par définition, la recherche est mouvement. C’est pourquoi, sur le Pentateuque, le C.E. n°15 (1976) a laissé la place au C.E. n°106 (1999) lequel va s’effacer, sauf accident, devant un C.E. n°156 en 2011. C’est pourquoi l’analyse structurale du C.E. n°16 (1976) est devenue « Sémiotique » avec le C.E. n° 59 (J.-C. Giroud et L. Panier, 1987) puis « Lectures figuratives » avec le C.E. n°139 (C. Turiot, 2007). Si la lecture est infinie, on peut « Relire la Lettre aux Hébreux » avec J.-M. Carrière (C.E. n°151, à paraître en mars 2010), révérence gardée pour le C.E. n°19 du cardinal Vanhoye ! 

« Qu’est-ce que ça me dit ? ». Temps de « l’appropriation subjective ». Nécessaire, elle échappe aux rédacteurs comme aux éditeurs. Il faut bien à un moment fermer les C.E. Si l’on veut néanmoins s’étonner de la richesse des lectures liturgique, théologique, spirituelle et poétique – pour reprendre la classification du P. Chifflot en 1951 –  mises par écrit par des gens divers par l’histoire, la culture et la religion, je ne saurais trop recommander de prendre un Supplément (nouvelle série depuis 1995) sur « Les récits eucha-ristiques », « Le fils prodigue », « Caïn et Abel » ou « Le roman de Joseph ». Recueil de marques imprimées dans l’intelligence et le cœur au cours des siècles,  invitation à oser y ajouter les nôtres. 

Un dernier mot : notre lectorat diminue lentement. De 1990 à 2007, le nombre des abonnés est passé de 5900 à 3900. Certes, les causes sont multiples et recoupent la « crise » de l’imprimé – redoublée par la diminution des publics « confessants ». Il y a des causes externes et sans doute internes. Peut-être les C.E. ont-ils « faits leur temps » (mais par quoi les remplacer ?). 

Je suis parfois inquiet : je ne voudrais pas y voir le signe d’une désaffection de l’intelligence. Je suis parfois rassuré : il y a ailleurs, au Cerf, chez d’autres éditeurs, et dans d’autres services d’ani-mation que le nôtre (le Service biblique de la Fédération protestante de France ou l’Alliance biblique française) de belles propositions pour des découvertes patientes et amoureuses.


© Gérard Billon, directeur du Service Bibique Évangile et Vie, SBEV, Bulletin Information Biblique n° 74 (Juin 2010), p. 1.


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