Recensions
 
 
Notes de lecture
 
Jean-Marc Babut
Pour lire Marc. Mots et thèmes
Cerf, Coll. Initiations bibliques, Paris, 2004.

Avec son ouvrage Pour lire Marc, Jean-Marc Babut, traducteur et expert bibliste au service de l’Alliance biblique universelle, propose une exploration du deuxième évangile. Après avoir brièvement évoqué les méthodes d’analyse diachronique souvent adoptées dans les sciences bibliques, l’auteur s’en distancie et opte – et c’est là ce qui fait l’originalité de son livre – pour une lecture résolument contextuelle de l’évangile. Marc étant le meilleur interprète de son œuvre, c’est lui et lui seulement qui expliquera ce qu’il entend par tel mot ou telle expression.

L’ouvrage comporte dix chapitres dans lesquels l’auteur étudie des expressions et des thèmes importants et significatifs du deuxième évangile.

Il évoque tout d’abord la prédication inaugurale de Jésus (cf. Mc 1,14-15) et étudie la signification des formules « évangile », « Règne de Dieu », « se convertir », « croire » (ch. 1 à 4). Le Règne de Dieu est au cœur de la prédication de Jésus et elle pourrait être ainsi résumée et « traduite » : Le monde nouveau de Dieu est là, chan-gez de mentalité et faites confiance à ce message de salut.

Dans un deuxième temps (ch. 5-6), Babut montre quels sont, selon Marc, les signes du Règne (guérisons, pardon, barrières transgressées, partage…), faisant « découvrir ce qui se passe quand, en la personne de Jésus, le monde nouveau de Dieu est là » (p. 75). Mais Qui est Jésus ? (ch. 7) L’auteur s’attache à voir quel sens Marc donne aux dénominations Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme. Cette dernière aurait d’abord eu une portée générique, et Fils de l’homme aurait désigné une catégorie particulière de l’humanité, dont Jésus fait partie : la nouvelle humanité entrée, comme Jésus et après lui, dans le Royaume de Dieu, dans la basileia tou theou. Par la suite, l’expression aurait reçu une portée eschatologique. Le chapitre suivant est consacré aux conflits dans lesquels Jésus est entraîné (ch. 8) et qui ont des échos dans tous les domaines de la vie, économique, politique et religieux. Toutefois, beaucoup de ces tensions concernent dans la perception que Jésus et ses adversaires ont respectivement de Dieu et sa volonté, deux thèmes qui font l’objet du chapitre 9. L’ouvrage s’achève sur l’évocation de la mort de Jésus (ch. 10) à propos de laquelle l’auteur montre que, pour Marc, elle n’était pas voulue par Dieu et n’avait pas une valeur sacrificielle.

Au fil des pages, des notes techniques et des indications bibliographiques, ainsi qu’un index des passages cités en fin de volume, facilitent la consultation de l’ouvrage.

L’ensemble est rédigé en un style clair et dynamique, et l’on suit aisément la démarche de l’auteur. Et s’il est vrai que l’on n’est pas tenu de s’accorder en tous points avec l’auteur (par exemple sur sa perception du Fils de l’homme), il reste que son livre est sérieux, et qu’il intéressera le spécialiste, mais aussi toute personne désireuse de mieux connaître l’évangile selon Marc.

(C. Runacher)

 

Philippe Bacq
Odile Ribadeau-Dumas. Un goût d'Évangile. Marc, un récit en pastorale
Éd. Lumen Vitae, Coll. Écriture en pastorale, 2006, 340 p.

Alliant une lecture rigoureuse du texte évangélique à une attention soutenue au monde et à l'Église de notre temps, ce livre met en pratique les recommandations du concile Vati-can II, dans 1'épilogue de la constitution Dei Verbum : « Une nouvelle impulsion de la vie spirituelle à partir d'un respect accru pour la parole de Dieu. » Les auteurs – Philippe Bacq, professeur d'Écriture et de pastorale à Bruxelles, et Odile Ribadeau-Dumas, membre de l'équipe de formation permanente du diocèse de Cambrai – ont une longue expérience d'une lecture nourrissante de la Bible.

La première partie du livre propose une lecture continue et active de l'évangile de Marc. Chaque épisode est accompagné de questions qui permettent d'entrer dans le texte, de s'émerveiller des découvertes, de s'interroger devant les énigmes, de se poser des questions : Qui donc est Jésus ? Que signifie ce texte pour nous aujourd’hui ? Aucune interrogation du lecteur n'est court-circuitée, y compris celles sur l'historicité des récits de miracles. Des notes abondantes y répondent clairement, sans jargon inutile.

Dans une deuxième partie, les auteurs font dialoguer le texte biblique avec la mentalité contemporaine. Ils ouvrent ainsi un chemin à la vivante parole de Dieu qui invite les hommes et les femmes de notre temps à déceler la nouveauté du Royaume en train de germer dans ce monde. Cette deuxième partie s'inscrit dans le cadre très fécond de la pastorale d'engendrement.

Un livre d'une qualité exceptionnelle qui intéressera tout lecteur et toute lectrice de la Bible.

(J. Stricher)

 

Claude-Henri Rocquet
Hérode
Éditions Lethielleux, 2006, 176 p.

Ce roman se présente comme une autojustification. Au soir de sa vie, Hérode – il s'agit d'Hérode Antipas, le fils d'Hérode le Grand – revient sur ses rencontres avec Jean Baptiste et avec Jésus. Il aimait discuter avec Jean Baptiste qu'il tenait prisonnier dans sa forteresse de Machéronte. Et pourtant, il l'a fait décapiter. Pourquoi ? Cette question obsède Hérode. Il aurait aimé discuter également avec Jésus. Mais la rencontre avec lui a été brève et décevante. Pilate le lui a envoyé au cours de la Passion, mais Jésus s'est muré dans le silence. Pourquoi ? Hérode aurait pu sauver l'un et l'autre. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ?

Tout au long du monologue d'Hérode, le lecteur est dans la situation d’un juré, amené à se prononcer en son âme et conscience. Hérode est-il coupable ? Oui, sûrement. Hérode lui-même reconnaît ses fautes. Il étale ses turpitudes. Mais n'en fait-il pas un peu trop ? N'est-il pas un peu trop impudique ? N'est-ce pas une ruse de plus de ce renard d'Hérode pour sauver sa réputation aux yeux de la postérité ?

Devant les propos ambigus du personnage, le lecteur est amené à exercer son jugement : il le fera d'autant plus volontiers que l’auteur a mis dans la bouche d'Hérode des paroles qui font mouche. L'auteur montre une belle connaissance et un grand respect des textes bibliques. Les évangiles et la poésie du Cantique des Cantiques imprègnent toutes les pages. Le tout est servi par un style flamboyant.

Il n'est pas étonnant que ce texte ait eu une adaptation radiophonique et qu'il se prête très bien à la représentation théâtrale. Ce petit livre est à déguster sans modération.

(J. Stricher)

 

« Magnificat, le chant des promesses »
Un CD audio, Bayard-Presse, 2006.

La revue Le Monde de la Bible lance une collection de CD « Entendre la Bible ». Le premier volume est consacré au « Magnificat, le chant des promesses ». Les commentaires du bibliste Jacques Nieuviarts y croisent quelques pages musicales et des citations d’auteur (il était impossible de ne pas faire entendre Luther !) déployant ainsi l'espace de la Bible dans notre culture.

Le texte du Magnificat est situé dans son contexte, l’évangile de l’enfance selon St Luc. Bercé par deux voix, l’auditeur est ainsi amené à parcourir non seulement l’œuvre de Luc mais aussi bien des pages de l’Ancien Testament. Le personnage de Marie ne se comprend bien que sur l’horizon de femmes comme Sarah ou Anne, la mère de Samuel. La force de son cantique s’apprécie lorsqu’on réécoute les récits de l’Annonciation et de la Visitation. L’auditeur va à la rencontre de Marie et de ceux qui, comme elle, ont reçu une mission de Dieu. Marie, humble jeune fille, offre sa vie à Dieu, et devient mère de      l'Église.

Cette façon inédite (au sens propre) de redécouvrir une très belle page de la Bible s’accompagne de quelques défauts. Ainsi le superbe Magnificat de Bach n’est cité que par extraits, comme une pause musicale et non comme une œuvre à part entière, issue de la méditation du texte. Pourquoi avoir renoncé à faire goûter une œuvre où l’oreille est d’emblée sollicitée autant que le cœur ? Enfin, une certaine monotonie guette l’auditeur et cela est peut-être dû au « ton » du lecteur et de la lectrice, trop clairement  « méditatif », selon une acception où le sérieux s’allie à la lenteur. Ces quelques réserves ne doivent pas empêcher l’acquisition d’un CD qu’on écoutera volontiers dans sa voiture, dans sa chambre, pour réfléchir et pour prier.

(G. Billon)

 

 

 
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org