1421
Lectionnaire dominical
168
Wiéner Claude
Le lectionnaire dominical
Gros plan sur
 
Approfondir
 
C'est le projet d'ensemble, avec la structure qui en résulte, que je voudrais présenter ici...
 
Nous le savons bien : si la connaissance de la Bible est cultivée dans ces multiples groupes bibliques protestants, catholiques ou œcuméniques auxquels s’adresse notre BIB, nous ne pouvons pas nous désintéresser de tous les autres membres du “peuple chrétien”, ceux dont la participation à la vie de l’Église se limite pratiquement à l’assemblée du dimanche. Or la nourriture biblique de ces hommes et de ces  femmes est commandée par les lectures faites au cours de la liturgie. Pour les catholiques, ces lectures sont celles du lectionnaire issu du concile Vatican II et entré en vigueur en 1969. Et ce fut une avancée œcuménique importante qu’un grand nombre de communautés réformées et luthériennes aient adopté avec quelques retouches ce même système de lecture. Mais n’est-il pas vrai que, pour beaucoup de membres de nos assemblées, voire même de prêtres ou de pasteurs, on prend ces lectures au jour le jour, avec le souci de découvrir le message qu’elles comportent, mais sans tellement chercher à savoir comment ces lectures sont agencées, dans quelle architecture d’ensemble elles s’insèrent, quel projet de transmission de l’Écriture est à l’origine de ce lectionnaire ? Tout au plus sait-on que la lecture de l’évangile suit un cycle de trois années, chacune étant centrée sur un des synoptiques, Jean étant lu de manière moins systématique à certaines périodes de l’année.

C’est ce projet d’ensemble, avec la structure qui en résulte, que je voudrais présenter ici.


Avant Vatican II


Pour comprendre ce qu’a été la réforme conciliaire, il n’est pas inutile de voir rapidement quelle était la situation antérieure dans l’Église catholique. 

L’Église catholique d’Occident avait conservé les lectures traditionnelles élaborées au long des siècles au cours d’une évolution complexe et souvent anarchique -- celles qui étaient déjà en vigueur au moment de la Réforme et que certaines au moins des Églises luthériennes ont conservées. On peut les caractériser de la façon suivante :

– Chaque célébration dominicale comporte un évangile et une première lecture tirée généralement des épîtres de saint Paul, parfois des épîtres “catholiques”, très rarement des Actes des Apôtres, presque jamais de l’Ancien Testament.

– Si les lectures des fêtes et des “temps privilégiés” (Avent-Noël-Épiphanie, Carême-Temps pascal) ont souvent entre elles une unité réelle, il n’y a pas de lien entre les lectures des autres dimanches (ni entre les deux lectures d’un même dimanche, ni entre celles des dimanches successifs).

– L’étude du tableau d’ensemble révèle de très graves lacunes. Le chrétien qui vient à la messe tous les dimanches et n’a pas d’autre nourriture biblique que celle de la liturgie (ce qui est le cas de la très grande majorité) ignore à peu près totalement l’Ancien Testament. Et, pour ce qui est du Nouveau Testament, il ignore à peu près les Actes des Apôtres, l’Épître aux Hébreux et la première Épître de Jean (sauf deux ou trois pages fondamentales de chaque). Des évangiles même, il ignore la moitié du discours sur la montagne, le discours de mission, la parabole des talents, celle de l’enfant prodigue, l’apparition aux disciples d’Emmaüs, la résurrection de Lazare… et bien d’autres textes d’égale importance. De Paul, il connaît un certain nombre de pages, mais présentées sans aucune logique et laissant de côté bien des thèmes.

Bref, les défauts de ce lectionnaire étaient si graves qu’il ne s’agissait pas de retouches ou d’amélioration, mais de refonte fondamentale.

Le concile Vatican II présente donc ici un moment-clé : sa Constitution sur la liturgie du 4 décembre 1963 et les travaux subséquents du “Conseil pour la mise en œuvre de la Constitution sur la liturgie”, créé dès le 31 janvier 1964, aboutissent à une refonte intégrale du système des lectures.


Depuis Vatican II

Principes généraux

En simplifiant quelque peu, on peut dire que ce travail a reposé sur trois orientations fondamentales :

1. Maintenir quelques grands choix traditionnels, dont certains allaient de soi (par ex. les lectures des grandes fêtes relatant l’événement célébré), d’autres résultaient d’un usage continu (par ex. la lecture d’Isaïe en Avant) et d’autres, d’une tradition ancienne abandonnée ensuite (par ex. les grandes lectures catéchuménales de l’évangile de Jean en Carême : Samaritaine, aveugle-né, résurrection de Lazare).

2. Appliquer la consigne de la Constitution conciliaire (n° 51) : «Pour présenter aux fidèles avec plus de richesse la table de la parole de Dieu, on ouvrira plus largement les trésors bibliques pour que, dans un nombre d’années déterminé, on livre au peuple l’essentiel des Saintes Écritures» - ce qui impliquait entre autres la rupture avec l’usage constant d’un cycle annuel des lectures.

3. Distinguer nettement les lectures du cycle dominical des lectures proposées pour les jours de semaine ou pour toute célébration occasionnelle, afin de donner une nourriture substantielle à l’ensemble du peuple chrétien rassemblé pour le jour du Seigneur.

Ainsi apparaît un lectionnaire dominical, le seul dont nous parlerons ici.

Organisation d’ensemble

Ces principes généraux étant posés, il appartenait à la commission internationale chargée du lectionnaire de définir -- et de faire approuver à qui de droit -- un certain nombre de principe généraux d’organisation des lectures. On peut en donner cinq, qui d’ailleurs n’ont pas tous été posés au point de départ.

1. Les lectures sont réparties sur un cycle de trois années ABC -- étant entendu qu’on appelle “année C” celle dont le millésime est divisible par trois (comme si le système avait commencé en l’an 1…). Seules quelques célébrations peu nombreuses ont les mêmes lectures pour les trois années.

2. L’année liturgique conserve, à peu de choses près, sa structure traditionnelle :

- Avent (quatre dimanches avant Noël)

- Temps de Noël un peu modifié avec une série de fêtes : la Sainte-Famille (le dimanche après Noël), Sainte-Marie Mère de Dieu (le 1er janvier), l’Épiphanie (célébrée, selon les pays, le 6 janvier ou le dimanche après le 1er janvier), le Baptême du Seigneur (le dimanche après le 6 janvier).

- Carême : six dimanches avant Pâques, avec une ouverture, le mercredi précédant, par la célébration des Cendres.

- Triduum pascal (jeudi saint, vendredi saint, veillée pascale du samedi soir).

- Temps de Pâques s’achevant au jour de la Pentecôte.

En dehors de ces “temps privilégiés”, un unique “temps ordinaire” de trente-quatre semaines commençant au lendemain du Baptême du Seigneur, s’interrompant au mercredi des Cendres et reprenant au lendemain de la Pentecôte pour s’achever à la veille de l’Avent.

3. Chaque célébration comporte trois lectures et un psaume :

- La première lecture est tirée de l’Ancien Testament, sauf au temps pascal où on lit les Actes des Apôtres.

- Le psaume suit la première lecture

- La seconde lecture est du Nouveau Testament (épîtres et Apocalypse).

- La troisième lecture est l’évangile, précédé de l’Alléluia.

Cet ordre des lectures a été imposé par la tradition. L’évangile vient en dernier, comme sommet de la liturgie de la Parole : c’est Jésus lui-même qui parle à son peuple. Cela amenait donc à placer (contre une certaine logique chronologique) les textes “apostoliques” (épîtres et Apocalypse) avant l’évangile. Quant à l’Ancien testament, c’est la logique de l’histoire du salut qui amène à le placer avant le Nouveau. Cet ordre présente quelques inconvénients dans la mesure où, comme on le dira, la lecture vétéro-testamentaire est généralement liée à l’évangile : la lecture de l’épître entre les deux gêne ce rapprochement.

Il est prévu qu’on peut éventuellement, pour raisons pastorales, supprimer la première ou la deuxième lecture.

4. Un rôle important est donné à la “lecture semi-continue” : on lit dans l’ordre du texte des passages d’un même livre biblique pendant un certain nombre de dimanches. En particulier, chacune des trois années est dominée par la lecture de l’un des évangiles synoptiques : Matthieu pour l’année A, Marc pour l’année B et Luc pour l’année C, l’évangile de Jean étant lu essentiellement pendant les “temps privilégiés”.

5. Enfin, pour certaines lectures assez longues ou difficiles, on a prévu, en fonction des exigences pastorales, une “lecture brève” ne retenant qu’une partie du texte. Par exemple, dans la lecture de la parabole du semeur et de son interprétation, il est loisible de ne retenir que la parabole elle-même (Mt 13,1-9) et donc de laisser de côté l'explication et surtout les versets difficiles sur le parler en paraboles (13,10-15).

Ces principes généraux et cette organisation d’ensemble commandent donc le lectionnaire, dont il faut maintenant donner une description plus détaillée. Pour chaque temps liturgique, nous commencerons par les évangiles, qui sont la lecture dominante.

Le temps de l’Avent

1.  Les évangiles des quatre dimanches sont organisés suivant un plan parallèle pour les trois années :

-- Le premier dimanche, on lit un extrait du Discours apocalyptique annonçant la Parousie du Seigneur.

-- Le deuxième et le troisième dimanches, on a des textes concernant Jean le Baptiste.

-- Le quatrième dimanche reprend les événements précédant la naissance du Seigneur (annonces à Marie et à Joseph, Visitation).

2.  Les premières lectures sont empruntées au riche ensemble des annonces prophétiques du Messie et des temps nouveaux, surtout dans Isaïe, sans oublier la prophétie de Nathan en 2 Samuel 7.

3. Quant aux deuxièmes lectures, elles sont pauliniennes (à l’exception de deux, tirées de 2 Pierre et de Jacques); elles constituent un choix centré sur la venue du Christ, l’attente de son retour et l’effort pour vivre selon son message -- éléments traditionnels de la catéchèse de l’Avent.

Le temps de Noël

Il y a peu de choses à dire de ce temps. Il s’organise en une série de fêtes dont l’évangile correspond à l’événement célébré. Pour la Sainte-Famille, il s’agit, selon les trois années, de la fuite en Égypte, de la présentation au Temple et de l’épisode de Jésus à douze ans. Les premières et deuxièmes lectures se veulent adaptées à l’esprit de la fête.

Le temps du carême

Nous avons ici affaire à un ensemble complexe.

1. Pour ce qui est des évangiles

- On a maintenu pour les deux premiers dimanches l’usage traditionnel de lire les récits de la Tentation du Christ et de sa Transfiguration; tout naturellement, on les lit chaque fois dans l’évangile de l’année.

- Pour les trois dimanches suivants, on a restauré l’usage antique d’y lire les trois récits johanniques de la Samaritaine, de l’aveugle-né et de la résurrection de Lazare accompagnant les trois “scrutins” préparatoires au baptême des catéchumènes célébré dans la nuit de Pâques.

Ces trois évangiles sont propres à l’année A, mais on peut les utiliser les autres années, surtout s’il y a des catéchumènes dans l’assemblée. Ces années B et C ont d’autres évangiles : pour l’année B, trois textes johanniques centrés sur le mystère du salut par le Christ mort et ressuscité (vendeurs chassés du Temple, discours à Nicodème, dernières paroles de Jésus avant le repas d’adieu); et pour l’année C, trois textes sur la pénitence et le pardon (paroles sur l’urgence de la conversion, parabole de l’enfant prodigue, épisode de la femme adultère).

- Au dimanche “des Rameaux et de la Passion” qui clôt l’ensemble, on lit tout naturellement, à l’ouverture de la célébration, le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem et, à la messe, le récit de la Passion selon les trois synoptiques.

2. Les lectures d’Ancien Testament se présentent ici d’une manière particulière.

Si on a choisi tout naturellement pour les Rameaux l’un des poèmes du serviteur souffrant (Isaïe 50, tous les ans), on a tenté, pour les quatre dimanches précédents, une certaine continuité d’une semaine à l’autre, en suivant le fil de l’histoire du salut :

- Le premier dimanche, on a pour les années A et B des extraits des premiers chapitres de la Genèse et, pour l’année C, le résumé d’histoire du salut de Deutéronome 26.

- Le deuxième dimanche, textes sur Abraham.

- Le troisième dimanche, textes sur Moïse et l’Exode.

- Le quatrième dimanche, textes divers sur l’entrée en Terre promise (Josué 5, année C), David (1 Samuel 16, année A), l’exil et le retour (2 Chroniques 36, année B).

-- Le cinquième dimanche, textes prophétiques sur le salut à venir et l’alliance nouvelle.

3. Quant aux deuxièmes lectures, elles sont conçues comme un complément des deux autres, faisant écho à l’une ou à l’autre, voire parfois assurant une transition de l’une à l’autre. Elles sont empruntées à diverses épîtres, avec une dominante de l’épître aux Romains. L’hymne christologique des Philippiens a gardé sa place au dimanche des Rameaux.

Le triduum pascal

Ces célébrations solennelles avaient fait l’objet avant le Concile, sous Pie XII, d’une réforme qui était un retour à la grande tradition (vigile pascale, 1951; ensemble du triduum, 1955). On en a gardé l’essentiel. Les lectures sont les mêmes tous les ans.

1. Les Évangiles vont de soi : lavement des pieds le jeudi, Passion selon St Jean le vendredi, récit du tombeau vide pour Pâques (selon les trois synoptiques pour la nuit, selon Jean le dimanche matin); le dimanche soir, on lit le récit d’Emmaüs.

2. Pour les autres lectures, on a :

- Le jeudi, le rituel de la Pâque juive et le récit paulinien de la Cène.

- Le vendredi, le quatrième poème du serviteur (Isaïe 53) et le texte de l’épître aux Hébreux 5 sur la souffrance et l’obéissance du Christ.

- Pour la nuit pascale, on a sept lectures d’Ancien Testament (Genèse 1, Genèse 22, Exode 14, Isaïe 54, Isaïe 55, Baruch 3-4, Ezéchiel 36) -- on peut n’en lire que deux, dont obligatoirement le passage de la Mer); l’épître est le texte baptismal de Romains 6.

- Au jour de Pâques, la première lecture est tirée des Actes (discours de Pierre chez Corneille), la deuxième est, au choix, 1 Corinthiens 5 (le levain de la nouvelle Pâque) ou Colossiens 4 (Ressuscités avec le Christ).

Le temps pascal

1. Pour les évangiles

- Aux deuxième et troisième dimanches de Pâques (anciennement octave de Pâques et deuxième dimanche après Pâques), les apparitions du Ressuscité (pour le deuxième dimanche, tous les ans, l’apparition du “huitième jour” à Thomas).

- Au quatrième dimanche, le Bon Pasteur avec, chaque année, un extrait de Jn 10.

- Aux cinquième et sixième dimanche, des passages du discours après la Cène (Jean 13 à 16).

- À l’Ascension, les finales des trois synoptiques.

- Au septième dimanche, la prière de Jésus en Jean 17 (un tiers chaque année).

- Pour la Pentecôte, des textes johanniques sur l’Esprit.

2. Les premières lectures sont toutes des Actes des Apôtres. Celles de l’Ascension et de la Pentecôte relatent l’événement célébré et sont traditionnelles. Les autres sont des textes divers sur la première génération chrétienne -- avec, au deuxième dimanche, les trois “sommaires” (chap. 2; 4 et 5) sur le mode de vie de la communauté primitive et, au septième, pour les années A et B, un retour aux événements entre l’Ascension et la Pentecôte.

3. Avec les deuxièmes lectures, nous rencontrons pour la première fois la lecture semi-continue. L’Ascension et la Pentecôte ayant des lectures pauliniennes adaptées, on a, pour les dimanches du deuxième au septième, des extraits de trois livres du Nouveau Testament : 1 Pierre (année A), 1 Jean (année B) et Apocalypse (année C).

Ajoutons qu’il est proposé, pour la veille au soir de la Pentecôte, une célébration plus ample comportant quatre lectures au choix de l’Ancien testament en rapport avec la Pentecôte (Babel en Genèse 11, la théophanie du Sinaï en Exode 19, les ossements desséchés d’Ezéchiel 37, la prophétie de Joël 3.

Le temps ordinaire

Nous voici arrivés à la partie à la fois la plus importante quantitativement et la plus nouvelle de l’année liturgique. Notons cependant d’abord qu’à la suite de la Pentecôte viennent trois fêtes que le lectionnaire francophone fait figurer en tête du temps ordinaire :

- La Trinité, le dimanche après la Pentecôte

- La fête du Saint-Sacrement (“Fête-Dieu”), le dimanche suivant (ou le jeudi qui précède, dans les pays où ce jour serait férié).

- La fête du Sacré-Cœur, le troisième vendredi après la Pentecôte, donc, en fait, en dehors du rythme dominical.

Il y a peu de choses à dire de ces fêtes dont les lectures, différentes pour les trois ans du cycle, sont adaptées à la réalité célébrée.

Nous en venons donc au temps ordinaire proprement dit avec ses trente-quatre semaines.

1. La série des évangiles a une structure simple : après le deuxième dimanche où l’on trouve chaque année un texte de Jean prolongeant le temps de Noël, chacun des trois synoptiques déroule ses péricopes dans l’ordre, depuis le début du ministère de Jésus jusqu’au discours apocalyptique. Une seule exception : Marc étant plus court, on a inséré au moment de la multiplication des pains le récit de Jean 6, suivi, pendant quatre dimanches, du discours sur le pain de vie. Quant au choix des péricopes, disons seulement ici qu’on s’est efforcé de donner tout l’essentiel de chaque évangile en mettant en relief les éléments les plus typiques de chacun d’eux (par ex. les cinq discours de Matthieu) et que l’on n’a répété les épisodes parallèles que dans un petit nombre de cas.

2. Le système des deuxièmes lectures n’est pas moins simple : les péricopes de chaque épître se déroulent dans l’ordre sur un certain nombre de semaines. On a seulement fractionné 1 Corinthiens (fait de réponses à des questions successives), dont on lit une partie au début de chaque année, et Hébreux dont on a séparé la première partie, plus théologique, de la seconde, plus exhortative.

3. Évangiles et épîtres constituent donc ici (comme déjà au temps pascal) deux filières autonomes sans coordination concertée; si l’on trouve des convergences, c’est le fait du hasard… ou, plutôt, de l’unité foncière du mystère chrétien. Fallait-il avoir, avec l’Ancien Testament, une troisième filière indépendante ? Certains l’ont pensé et le pensent encore, mais les auteurs du projet ont reculé devant cette hypothèse : ils ont choisi de traiter les premières lectures comme éclairage des évangiles. C’est donc après avoir établi la liste des péricopes évangéliques qu’on s’est employé à trouver, pour chacune d’elles, un répondant dans l’Ancien Testament.

Comme il fallait s’y attendre, le rapprochement est inégalement réussi suivant les cas; il est parfois assez artificiel, ou ne porte que sur un point de l’évangile; d’autres fois, il est extrêmement éclairant.  En outre, on a voulu veiller à ce que le “chrétien du dimanche” entende tous les passages de l’Ancien testament qui paraissaient essentiels, quitte parfois à les mettre en relation de façon un peu artificiel avec un évangile.

Les Psaumes

Pour ce qui est des Psaumes, il n’y a pas de différence sensible entre les temps liturgiques. Le psaume est choisi pour faire écho à la première lecture. Aux temps privilégiés cependant, le lien est parfois plus lâche et le choix est fait en fonction de l’esprit général du temps liturgique; c’est ainsi que le psaume 117 (118) revient assez fréquemment durant le temps pascal.

Sauf pour certains psaumes courts qui sont donnés en entier, on a un choix de versets représentant trois ou quatre strophes. Un refrain, souvent tiré du psaume lui-même, est donné en tête du psaume; ce dernier est en principe proclamé ou chanté par un soliste, le peuple reprenant le refrain.


Vue d’ensemble et interrogations


Vues d’ensemble sur le contenu

Quel contact avec la Bible est ainsi donné au “chrétien du dimanche” ? Pour nous en rendre compte, nous pouvons analyser la table biblique qui se trouve à la fin du lectionnaire dominical francophone.

1. Première constatation globale :

Sur les soixante-douze livres que comporte la Bible (deutérocanoniques compris), cinquante-sept sont représentés. Manquent donc quinze livres : Juges, Abdias, Nahum, Aggée, Ruth, Cantique, Lamentations, Esther, Esdras, Judith, Tobit, 1 Maccabées, 2 & 3 Jean, Jude.

  1. Pour l’Ancien Testament, sur un total de 171 péricopes, on en compte :
– 43 du Pentateuque, parcourant les principales étapes de l’histoire (sauf les patriarches après Abraham);

– 24 des livres historiques autour des grandes figures de Josué, Saül, David, Salomon, Élie, Élisée, Néhémie, les sept frères martyrs (2 M 7);

– 83 des prophètes, dont 40 du seul Ésaïe;

– restent 21 lectures des livres de sagesse, dont seulement deux de Job et une de Qohélet;

– quant aux Psaumes, 83 sur les 150 sont représentés; s’y ajoutent quatre cantiques bibliques tirés d’autres livres.

Les textes les plus célèbres sont sans doute présents, mais la lecture est fragmentée et présentée en ordre dispersé; seules les lectures du Carême donnent tant soit peu l’idée d’un déroulement de la Révélation au long d’une histoire.

3. Pour le Nouveau Testament

- En ce qui concerne les évangiles, il semble qu’il y ait peu de lacunes, si l’on admet l’équivalence (jamais totale pourtant) entre les textes parallèles des synoptiques. Dans Jean, ne manquent vraiment que les chapitres de controverses entre Jésus et les Juifs (chap. 5, 7 et 8), jugés trop difficiles.

- Les Actes des apôtres, avec 26 lectures, donnent une assez bonne idée de la première partie du livre, mais il n’y a rien au-delà du chap. 15; c’est dire que, du ministère de Paul, on n’a que le début. Un texte aussi important que le discours sur l’Aréopage ne figure pas au lectionnaire dominical.

- Les épîtres pauliniennes sont toutes représentées avec, entre autres, 32 lectures de Romains, 30 de 1 Corinthiens, 19 d’Hébreux. Parmi les épîtres “catholiques”, Jacques, 1 Pierre et 1 Jean font l’objet d’une lecture semi-continue.

-- Enfin l’Apocalypse a 9 lectures, empruntées, à peu près toutes, aux éléments hymniques et liturgiques, ce qui ne donne qu’une faible idée du grand conflit qui est la trame du livre.

4. Le découpage des lectures

Il faut également regarder la manière dont a été opéré le découpage des lectures. La commission a été soucieuse de fournir au public “moyen” des assemblées dominicales catholiques une nourriture assimilable. De fait, elle a tenu -- avec peut-être quelque excès -- à ne donner que des lectures courtes, sauf s’il s’agissait de récits, réputés plus faciles à écouter. Une étude détaillée est ici hors de question. Nous nous contenterons d’un exemple : celui de l’épître aux Romains.

Comme on l’a déjà dit, on en trouve 32 lectures, dont 16 en lecture semi-continue du neuvième au vingt-troisième dimanche de l’année A (les seize autres sont dispersées dans les trois années, surtout en Avant et en Carême). Ces lectures sont courtes : la plus longue a dix versets, plusieurs n’en ont que deux ou trois, si bien que ces 32 lectures ne recouvrent qu’environ un tiers de l’épître…

Les 16 lectures en semi-continue de l’année A donnent-elles une idée juste du contenu de l’épître ? Sans entrer dans un débat exégétique jamais clos, on peut dire que Romains comporte trois parties : l’une centrée sur la foi, le salut et la justification (chap 1 à 8), la deuxième sur le mystère d’Israël (chap 9 à 11), la troisième étant plus “exhortative” (chap. 12 à 15), le chap. 16 étant fait d’un ensemble de salutations et de messages amicaux. À partir de ce schéma, la répartition des 16 lectures est la suivante.

– De la première partie, on a dix lectures, tirées :

• du chap. 3 (v. 21-25a+28 sur la justification par la foi);

• du chap. 4 (v. 18-25) avec l’exemple de la foi d’Abraham;

• du chap. 5 avec deux lectures, la première (v. 6-11) sur la réconciliation par la mort du Christ, et la seconde (v. 12-15) sur le parallèle Adam/Christ;

• du chap. 6 (v. 3b-4+8-11) sur le baptême dans la mort du Christ;

• les cinq lectures restantes sont toutes du chap. 8 (v. 9+11-13; 18-23; 26-27; 28-30; 35+37-39), insistant donc avec une certaine ampleur sur la vie nouvelle dans l’Esprit et la victoire de l’amour en Jésus Christ.

– Pour la deuxième partie, on a deux lectures sur le mystère d’Israël (9,1-5; et 11,13-15+29-32), une troisième étant la doxologie de 11,33-36.

– La troisième partie est représentée par trois textes : 12,1-2 (le sacrifice perpétuel), 13,8-10 (l’amour accomplissant la Loi, et 14,7-9 (présence du Christ dans la vie comme dans la mort).

On peut sans doute reconnaître qu’on a, autant que possible, donné là les axes essentiels de la pensée de Paul. Plusieurs textes comportent des coupures, toujours par souci de brièveté; à y regarder de plus près, on verrait que ces omissions appauvrissent sans doute les textes, mais ne les défigurent pas. On aurait pu cependant maintenir ces versets sautés, de même qu’on aurait pu regrouper en deux ou trois les cinq textes du chap. 8 -- ce qui aurait permis d’introduire d’autres textes dans la série. Là où la lecture se fait dans une Bible, il est facile de prendre le texte complet, voire d’ajouter quelques versets avant ou après ceux qui ont été choisis; c’est le cas habituel des communautés protestantes. Pour les communautés catholiques qui ont le lectionnaire, elles sont limitées au découpage officiel; mais elles pourront utiliser la Bible de la liturgie éditée en 1993, où le Nouveau Testament figure en entier.

Quelques interrogations

On ne saurait en rester à cet examen du contenu du lectionnaire. Plusieurs autres questions sont posées, que nous voudrions au moins mentionner sans prétendre leur apporter une réponse.

1. On a eu l’intention, par la lecture semi-continue, de donner une vue cohérente des œuvres construites que sont les évangiles et les épîtres. N’est-ce pas une illusion, compte tenu à la fois des coupures opérées d’une péricope à l’autre et de l’étalement dans le temps : retient-on les choses d’une semaine à l’autre, a fortiori sur une longue suite de semaines ?

La coupure du temps ordinaire due au Carême et au temps pascal entraîne, de plus, une interruption de la lecture semi-continue, dont on ne peut alors que perdre le fil, d’autant plus que chaque année, comme on l’a dit plus haut, trois ou quatre maillons de la chaîne sont supprimés; il faut alors perdre toute idée de continuité.

2. Quelle idée retient-on d’un Ancien Testament traité comme une série d’illustrations ponctuelles de l’évangile ? Il y a là certes un des aspects d’une lecture chrétienne de l’Ancien Testament, mais ce ne devrait pas être la seule.

Par ailleurs, la première lecture est-elle toujours une aide pour la lecture de l’évangile ? Elle l’est sûrement quand l’évangile renvoie justement à ce texte vétéro-testamentaire, ce qui arrive parfois; elle l’est moins, quand la première lecture renvoie à un aspect partiel de l’évangile, qui n’est peut-être pas celui qu’on souhaite souligner dans la prédication.

3. L’indépendance des deuxièmes lectures n’est-elle pas un facteur de dispersion ? Cela n’aboutira-t-il pas, soit à laisser dans l’ombre les épîtres, soit à n’en faire usage qu’accidentellement quand on y trouve une idée facile à rapprocher de l’évangile ? Ou bien peut-on, doit-on, à certaines périodes, faire porter la prédication sur les épîtres en laissant provisoirement dans l’ombre l’évangile ?

4. Finalement, on sent que beaucoup de choses dépendent de la prédication. Et c’est à celle-ci qu’il faut réfléchir, en ayant conscience qu’elle doit répondre à plusieurs exigences difficiles à concilier :

- Faire découvrir à l’assemblée les richesses de l’Écriture comme parole de Dieu, à la fois située dans un temps donné et vivante pour aujourd’hui;

- Aider les chrétiens à se situer en croyants dans un monde donné, où leur position est souvent bien loin d’être évidente;

- Introduire à la célébration de l’Eucharistie, à la louange, à l’accueil du Seigneur présent dans son Église.

Les problèmes sont également différents selon qu’un même prédicateur retrouve chaque dimanche la même assemblée (avec généralement une sérieuse interruption pendant le temps des vacances, en plein centre du temps ordinaire), ou au contraire que plusieurs prédicateurs alternent sans avoir toujours le désir ou la capacité d’assurer entre eux une continuité.

Bref, ce lectionnaire catholique représente un grand progrès par rapport à ce qui existait auparavant. Il pourrait être amélioré un jour, mais les structures de l’Église romaine sont telles que cela ne se fera pas du jour au lendemain. Il reste que, pour nous, biblistes, ce peut être un bon instrument d’initiation. Sans doute, le fait de mieux en connaître l’histoire et la structure pourra-t-il nous y aider quelque peu.

Claude Wiéner
Bulletin Information Biblique n° 45 (décembre 1995) p. 3.
 
Jérusalem: l'esplanade des mosquées
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org