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David
Figures de David à travers la Bible
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Voici quelques aperçus sur les diverses conférences prononcées lors de ce Congrès...
 
Environ 150 biblistes se sont réunis à l'Institut Catholique de Lille, pour le Congrès de l'Association catholique française pour l'étude de la Bible, du 1er au 5 septembre 1997. Il est impossible ici de relater les retrouvailles amicales, la découverte de collègues connus seulement par leurs écrits ou de nouveaux biblistes. Impossible aussi d'évoquer le travail réalisé dans les ateliers. En attendant la parution des Actes du Congrès, nous nous contenterons de donner ici quelques aperçus sur les diverses conférences.


Après l'ouverture du Congrès par notre président Jacques SCHLOSSER, de Strasbourg, la conférence inaugurale est donnée par Jacques BRIEND (Paris) : L'histoire de l'ascension de David : d'une onction à l'autre (1S 16 à 2S 5). Parcours synchronique du récit, non sans observer çà et là la pluralité des traditions (ex. les 3 récits d'entrée du jeune David). Rappel utile en début de congrès, avec des observations pertinentes sur les textes, lus cependant avec un regard d'historien.

Jacques VERMEYLEN (Bruxelles et Lille) : La maison de Saül et la maison de David : le récit ancien (entre 1S 11 et 2S 7) présenté comme un écrit de propagande théologico-politique légitimant la royauté de David sur les tribus du Nord, ex-royaume de Saül. L'ensemble du récit est découpé en un grand chiasme centré sur 1S 25, lu comme récit symbolique (Nabal = Saül ; Abigayil = Jonathan). L'auteur plaide en discréditant Saül et en vantant les qualités de David. J. Vermeylen date ce récit ancien de la fin du règne de David.

André WENIN (Namur et Louvain-la-Neuve) : David roi, de Goliath à Bethsabée. Ce titre surprenant affirme que le célèbre récit du combat contre le Philistin met en scène un jugement porté sur le règne de David : il devint vraiment roi dès ce combat, mais il perdit sa légitimité à partir de Bethsabée. Cette très belle analyse narrative aboutit à expliquer la déchéance de David : quand il cesse d'être " pasteur " (de son peuple) et " se tue " lui-même en condamnant le meurtrier d'Urie (2S 11-12). Déjà sa violence était annoncée en 1 S 17-18 (l'intérêt de David pour la récompense promise et l'usage des armes de Goliath et de Jonathan) ; elle faisait l'objet d'un avertissement de la part d'Abigaïl (1S 25)1.

Philippe DE ROBERT (Strasbourg) : Les fils de David : le récit de succession dans une perspective anthropologique.  Il a déjà commenté l'Histoire de la succession de David avec A. Caquot2, mais il la parcourt ici sous un angle précis : il observe les curieuses relations de David avec ses fils - paternité très humaine, trop humaine ? - puis le jeu et les règles de la succession royale. Ensuite il analyse cet ensemble d'après son hypothèse de la formation du récit de la succession en trois étapes : d'abord un auteur contemporain favorable à David, un " Ebiataride " de Silo, puis une révision selon l'idéologie salomonienne, par un auteur " Sadocide ", et enfin une rédaction deutéronomiste. Ces trois étapes jalonnent la constitution des figures de David jusqu'à l'Exil.

Philippe ABADIE (Lyon) : David dans les Chroniques.  Pour l'auteur des Chroniques, vers 300, " l'idéalisation de David comme fondateur du culte est mise au service des aspirations et revendications lévitiques, et plus particulièrement du groupe des chantres dont le Chroniste est issu. On peut parler de plaidoyer juridique ", en rivalité avec les intérêts du clergé sadocite. Cette réinterprétation réussit à présenter le Temple de Salomon comme voulu et instauré par David, nouveau Moïse, à côté de Salomon, nouveau Josué. Les lévites du Second Temple, n'ayant plus à porter l'arche définitivement installée à Jérusalem, peuvent se consacrer à leur office de chantres : la célébration psalmique vient relayer la prédication prophétique alors disparue. D'où la figure de leur fondateur David : " homme de Dieu " et " chercheur de Dieu ".

Jean-Marie AUWERS (Louvain-la-Neuve) : David et les Psaumes. Cet exposé présente le dossier sous ses deux aspects : à la fois le David dont parlent huit psaumes et les treize " psaumes de David ", qui sont censés transmettre la prière du roi. Ces derniers permettent aux Israélites de s'identifier au personnage connu par les livres de Samuel, et notamment à la figure du jeune David persécuté par Saül mais qui garde sa confiance en Dieu.

Johann LUST (Bruges) : David dans la Septante. La complexité des relations entre le texte massorétique et la Septante (les Septante ?) laisse place à diverses hypothèses, par exemple sur 1S 17. Sur un texte central comme l'oracle de Natan (2S 7), les variantes mettent en valeur soit David comme messie, soit Salomon, soit le Temple. Mais au total, la Septante ne développe pas la figure de David dans des directions précises.

Jean-Marie VAN CANGH (Louvain-la-Neuve) : Le titre " Fils de David " dans les Synoptiques. Dans le judaïsme ancien, ce titre désigne Salomon dans des formules d'exorcisme ou de guérison. Chez les Synoptiques, il est accolé au nom de Jésus en Mc 10,47-48 (Bartimée) et utilisé dans la controverse sur Jésus, " fils et seigneur de David " (Mc 12,35-37). Mais c'est surtout Matthieu qui utilise ce titre dans sept passages propres (comme 21,9.15), car il proclame que Jésus, qui est le Seigneur, est aussi le messie de David attendu par les Juifs du 1er s.

Roland GOETSCHEL : Les deux Messies, fils de David et de Joseph. Cet universitaire juif fait le point sur le messianisme juif, qui est à la fois réaliste et utopique. Les croyances rapportées par le Talmud sont très variables, au fil des siècles. On attend la " rédemption " d'Israël dans l'histoire, en relation avec deux personnages : David et Joseph. La figure de Bar Kokba, martyrisé en 135, semble avoir inspiré des textes sur la mort violente du Messie fils de Joseph. La messianité de Jésus, à la fois " fils de David " et " fils de Joseph ", converge curieusement avec ces croyances sur plusieurs points. Maïmonide, au XIIe s., rejettera ces croyances messianiques qui embrasaient les communautés juives et les mènaient dans des impasses : " Tout cela ne mène ni à la crainte, ni à l'amour (de Dieu) ".

Claude COULOT (Strasbourg) : David à Qumrân. En l'année du cinquantenaire des découvertes de Qumrân, ce sujet s'imposait : présentation d'une petite dizaine de textes concernant David, et notamment du Psaume 151. La figure de David y est déjà très riche : au-delà du roi confiant en Dieu et du psalmiste, c'est aussi l'inspiré, le prophète et surtout le pécheur repentant et pardonné.

En concluant ce Congrès, Jacques BRIEND a souligné la grande richesse des figures de David et relevé divers points à approfondir. Les parallèles entre Joseph et David, deux jeunes très éprouvés qui parviennent au pouvoir. David beaucoup plus père que roi, dans l'Histoire de la succession. La dimension cultuelle qui a développé un David psalmiste et fondateur du culte du Temple. David pécheur qui devient un modèle de repentir et de confiance en Dieu. Les récits sur l'Ascension de David et sa royauté sont une source inépuisable de réflexion sur la noblesse et les bassesses de tout pouvoir humain, qui reste appelé à la conversion. En David, la puissance divine est à l'oeuvre dans l'épaisseur de l'histoire des hommes ; Jésus assumera cette filiation de David selon la chair et la transfigurera par sa filiation divine (Rm 1,4).

Compte-rendu de Philippe GRUSON
BIB n° 49, p. 18.


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1 Voir A. Wénin, David, Goliath et Saül (1S 16-18), coll. " Connaître la Bible " n° 3, Lumen Vitae, Bruxelles.

2 Les livres de Samuel, CAT, Labor & Fides, 1994.
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org