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Accueil | Plan | Nous contacter | Recherche | Textes bibliques L'analyse narrative : pas toujours évidente, 1 Ce texte très célèbre (Gn 22,1-19) est intitulé suivant les Bibles « Sacrifice d’Isaac », « Sacrifice d’Abraham », « Abraham sacrifiant », « l’épreuve d’Abraham », « Ligature d’Isaac »… La variété des titres montre d’emblée que l’interprétation de ce texte n’est pas évidente. Est-ce voulu par la « stratégie narrative » de l’auteur ? Clôture du récit : de Beer Sheva à Beer Sheva Il est devenu habituel de considérer le chapitre 22 comme un ensemble. L’action démarre et se termine à Beer Sheva (voir Gn 21, 33-34 et Gn 22, 19). Mais combien de scènes avons-nous ? À première vue, 9, compte tenu des changements de décor, de personnages et d’action : - une première scène se déroule entre le Seigneur et Abraham (v. 1-2) - une deuxième décrit le départ (v. 3-4) - une troisième porte sur la séparation entre Abraham et son fils d’un côté, les serviteurs et l’âne de l’autre (v. 5) - une quatrième se concentre sur la marche d’Abraham et d’Isaac à flanc de montagne (v. 6-8) - une cinquième se déroule sur la montagne autour de l’autel, avec Abraham et Isaac (v. 9-10) - une sixième est introduite par l’ange du Seigneur (v. 11-12) - une septième décrit le sacrifice du bélier (v. 13-14) - une huitième raconte une deuxième intervention de l’ange (v. 15-18) - et une neuvième, le retour (v. 19). Or il n’y a que quatre lieux de décor : le campement à Beer Sheva (scènes 1 et 2), la route vers la montagne (aller : scène 3; retour : scène 9), le flanc de montagne (scène 4) et le lieu du sacrifice (scène 5 à 8). Peut-être avons-nous tort de trop séparer les scènes entre elles ? Reprenons et modifions le découpage. Au campement, il y a d’abord l’ordre du Seigneur (v. 1-2). C’est la scène 1. La scène 2 n’est-elle pas constituée par les préparatifs successifs, Abraham prenant puis laissant l’âne et les serviteurs (v. 3-5) ? À cette scène, qui a pour cadre le voyage, ferait pendant le v. 19 (retour, scène 5), toujours avec les serviteurs… mais sans Isaac, du moins explicitement ! La scène 3 serait constituée de tout ce qui se passe sur la montagne, aussi bien sur le flanc qu’autour de l’autel. En effet, Abraham et Isaac sont seuls et il est fait mention au début (v. 6) et à la fin (v. 9-10) des « bûches » et du « couteau ». L’enjeu en est les relations entre Abraham, Isaac et l’obéissance à l’ordre du Seigneur. Quant à la scène 4, elle serait introduite par le nouveau personnage de l’ange (« Abraham ! Abraham ! », écho redoublé de l’appel initial du Seigneur au v. 1) ; elle se continue jusqu’à la fin de la deuxième parole de l’ange (v. 18). Cette scène, très longue, est composée de trois moments qui s’enchaînent : ange – bélier – ange ; elle a aussi la particularité de passer sous silence le personnage d’Isaac, silence, qui, on le sait, a beaucoup interrogé les rabbins. Alors : 5 ou 9 scènes ? Les deux options se justifient. Pour trancher (mais est-ce vraiment utile ?) peut-être faudra-t-il revenir sur l’intrigue. Peut-on y repérer cinq étapes ? (voir p. 4). Vraisemblablement, mais pour compliquer l’analyse, ces cinq étapes ne correspondent pas vraiment aux 9 ni aux 5 scènes repérées ici. Nous y reviendrons dans le prochain numéro du BIB ! Personnages : les énigmes (entre autres) de Sara et d’Isaac Personnages : le Seigneur, Abraham, Isaac, l’âne, les serviteurs, l’agneau, l’Ange, le bélier. Et déjà, une chose frappe le lecteur qui a lu l’histoire qui précède : où est Sara, dont le personnage a été si important dans les épisodes précédents ? D’autant qu’elle mourra au début du chap. 23. Le héros est Abraham : il est de toutes les scènes ! Âne et serviteurs ont un rôle de figuration (à leur utilité pour le voyage s’ajoute une dimension dramatique : par leur présence, ils évitent à Abraham d’être seul avec son fils). Le bélier et, par anticipation, l’agneau évoqué par Isaac sont bien autre chose que des personnages passifs, leur présence (ou non-présence) étant essentielle au déroulement de l’intrigue : on peut les appeler « personnages-ficelle ». Isaac est-il un personnage secondaire ? Sans doute pas. Evoqué dès la première scène, il est l’enjeu du drame, comme le rappellera l’Ange (v. 16). Son absence narrative à partir du v. 11 n’est que plus surprenante. Enfin, le Seigneur est le troisième protagoniste de cette histoire. Sa parole la déclenche (v. 1) et la dénoue (v. 11); l’Ange peut être considéré comme l’expression narrative de sa transcendance. Le Seigneur n’est pas un personnage au même plan que les autres et, s’il n’est présent qu’aux vv. 1 et 11-18, son ombre plane tout au long (voir en particulier la parole d’Abraham au v. 8). Étant donné les silences et les énigmes du récit, il est difficile de considérer ces trois protagonistes comme des personnages « plats ». Ils ont de l’épaisseur, même (et surtout) si nous ignorons ce qui les fait agir. Le jeu des focalisations (voir p. 4) est ici intéressant à remarquer. Dès le v. 1, le lecteur sait que la demande du Seigneur est une « mise à l’épreuve ». Abraham l’ignore. D’où un intérêt pour la lecture : comment et quand va-t-il découvrir ce que nous savons ? Suspense. Au v. 7-8, Abraham pense savoir (et le lecteur avec lui) pourquoi il n’y a pas d’agneau. Isaac l’ignore. Quand le découvrira-t-il ? Suspense. Or ces attentes sont déjouées. Nous ne saurons jamais comment Isaac a réagi. Et le narrateur nous cache les débats intérieurs d’Abraham : nous le voyons agir, sans pouvoir pénétrer ses pensées… Nous ne pénétrons pas non plus les pensées d’Isaac – dont la « disparition » narrative au v. 11 épaissit le mystère. Et si nous savons bien que toute cette histoire est une mise à l’épreuve (v. 1), nous ignorons pourquoi le Seigneur l’a voulue. Nous ne le saurons, en même temps qu’Abraham – et Isaac ? – que par la bouche de l’Ange (vv. 11ss). Le lecteur, mis soi-disant en position « de supériorité » par rapport aux personnages, découvre finalement qu’il ne sait pas grand chose ni d’Abraham, ni d’Isaac, ni du Seigneur ! En finale aussi, il ignore pourquoi le narrateur passe sous silence la présence d’Isaac (est-il là ou non ? Logiquement oui, mais le v. 19 semble dire non), voire celle de Sara. Autant de questions qui suscitent chez le lecteur une attention sans cesse en éveil : le « midrash » de la tradition juive comme les commentaires des Pères de l’Eglise ont là-dessus beaucoup glosé. À nous de continuer !
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Page suivante : Exercice complémentaire, 1 © 2010 S.B.E.V. et ISCAM-production Les textes, les cartes, dessins et images sont la propriété du Service Biblique catholique Evangile et Vie (S.B.E.V.), 8, rue Jean Bart - 75006 Paris, tél. 01 42 22 03 89. La reproduction est autorisée à des fins non commerciales et à la condition de citer l'auteur (le cas échéant), le propriétaire (Service Biblique catholique Evangile et Vie) et le site (bible-service.net). Nous contacter Site réalisé sur plate-forme ISCAM-ICOLEIS (ICOLEIS SARL Identifiez-vous |
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