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Nos revues Le B.I.B. (Bulletin d'Information Biblique) BIB 65 (Décembre 2005)

La déclaration de Chicago et l’inerrance biblique

 

Cette déclaration sera suivie, en 1982, d’une deuxième portant sur l’herméneutique. Elle reprend et développe les principes qui sont déjà exprimés dans notre texte. Enfin, en 1986, une troisième déclaration portera sur « l’application de l’enseignement biblique » et tentera de tirer plus largement les conclusions théologiques de ces principes (1). Nous nous limiterons, dans cette présentation à la première déclaration qui pose l’ensemble des principes.

Il faut préciser que ce document ne résume pas, à lui seul, la position de tous les évangéliques. Sur sa gauche, certains ont une attitude plus ouverte, au point d’être parfois gênés par le mot d’inerrance. C’est en grande partie leur existence qui a motivé cette rencontre et la déclaration qui en a résulté. Inversement, sur sa droite, certains iraient plus loin ; ce sont eux qui revendiquent facilement le terme de fondamentaliste. Telle qu’elle est cependant, la déclaration de Chicago exprime bien le courant dominant, majoritaire, de la sensibilité évangélique.

La vérité de la Bible

Le point de départ de cette approche de la Bible est la conception de l’inspiration. Dieu, qui est lui-même la Vérité, s’est révélé progressivement dans l’histoire des hommes. Si le mode de cette inspiration est en grande partie un mystère, l’action de l’Esprit dans les auteurs, souligné par la Bible elle-même, garantit la vérité des écrits qu’ils nous ont transmis. Le Saint Esprit, auteur ultime de l’Écriture, nous assure de sa vérité par son témoignage intérieur et nous ouvre en même temps l’intelligence pour que nous percevions le sens des parole.

Parce qu’inspirée par le Dieu vrai, l’Écriture est donc exempte d’erreurs ou de fautes dans tout son enseignement.

La Parole écrite est donc, dans son intégralité, révélation venant de Dieu. La déclaration rejette expressément toute conception qui ne ferait de l’Écriture qu’un témoignage rendu à la révélation ou l’idée qu’elle ne deviendrait révélation que dans l’expérience de la rencontre ou à cause de la réponse de l’homme.

Dire que le texte biblique est infaillible revient à dire qu’il ne trompe ni ne se trompe. Parler de son inerrance, c’est le confesser exempt de toute fausseté ou de toute faute.

Cette inerrance du texte – il s’agit, nous y reviendrons, des documents originaux – n’est pas limitée à certains domaines, comme celui du salut. Elle concerne tout ce que le texte dit, rapporte ou enseigne.

Si la vérité de l’Écriture n’est pas limitée à certains domaines, elle doit cependant être justement comprise. La déclaration précise que le Saint Esprit a respecté la personnalité des auteurs humains. Il n’est donc pas étonnant de trouver dans les textes les marques de leurs auteurs. D’autre part, cette inspiration n’accorde pas à ceux qui ont écrit les textes une sorte d’omniscience, mais simplement nous donne la garantie que leurs énoncés sont vrais et dignes de foi sur tous les sujets dont ils ont été conduits à parler ou à écrire.

Il est important de ne pas plaquer sur le texte biblique une conception de la vérité qui lui est étrangère. Ainsi demeurent conformes à l’inerrance : l’absence de précisions techniques à la façon moderne, les irrégularités de grammaire ou d’orthographe, les références aux phénomènes de la nature tels qu’ils s’offrent au regard, les mentions de paroles fausses, mais qui sont seulement rapportées, l’usage de l’hyperbole et de nombres ronds, l’arrangement thématique des choses racontées, la diversité dans leur sélection lorsque deux ou plusieurs récits sont parallèles ou l’usage des citations libres.

Dans l’exposé qui suit les thèses, la déclaration précise qu’on acceptait aux temps bibliques, comme choses habituelles et qui ne décevaient aucune attente, des récits dans un ordre non chronologique et des citations imprécises. L’Écriture est donc inerrante, non pas au sens qu’elle se conformerait aux canons modernes de précision, mais au sens qu’elle tient ses promesses de véracité et réalise cette expression de la vérité que les auteurs visaient, sous l’angle qu’ils avaient choisi. On comprend que cette approche, pour rigoureuse qu’elle soit dans ses affirmations, laisse une assez grande marge d’interprétation. Il est d’ailleurs de fait que les auteurs de la déclaration, tous également attachés à l’inerrance, pouvaient avoir des lectures de l’Écriture différentes dans certains domaines.

L’herméneutique nécessaire

Quand nous déterminons ce que l’auteur (enseigné de Dieu) énonce dans un passage donné, nous devons prêter la plus grande attention, rappelle la déclaration, à la présentation et au caractère du texte comme production humaine. Les genres littéraires sont particulièrement importants. Il faut donc traiter l’histoire comme de l’histoire, la poésie comme de la poésie, les généralisations et approximations comme telles et ainsi de suite. À partir de ces principes, le débat sur le premier chapitre de la Genèse, par exemple, portera sur son genre littéraire : est-il poétique et théologique ou nous rapporte-t-il littéralement des événements historiques ?

Si un certain usage des moyens critiques est tout à fait nécessaire pour bien comprendre le texte, encore faut-il que ces moyens soient cohérents avec la reconnaissance de l’Écriture comme texte inspiré. Abandonner ce principe reviendrait à vider l’Écriture de son autorité. Ce qui possèderait alors l’autorité, ce serait une Bible diminuée dans son contenu selon les exigences de la raison critique et que rien, en principe, n’empêchera de diminuer encore, une fois qu’on a commencé. L’Église ne serait plus alors soumise à l’autorité de la Parole de Dieu, mais à celle des modes changeantes de la raison humaine indépendante.

L’interprétation du texte devra également être christocentrique. La déclaration affirme en effet que le Christ est le centre de l’Écriture. L’Écriture canonique est le témoignage divinement inspiré, et partant normatif, rendu au Christ. C’est donc à partir de lui, comme point focal de toute l’Écriture, que celle-ci doit être comprise. Jésus lui-même s’est d’ailleurs incliné devant l’instruction de son Père dans la Bible ; il demande à ses disciples de faire de même. Reconnaître l’autorité du texte biblique, c’est donc se conformer à la pratique et à l’enseignement de Jésus. C’est pourquoi il ne faut jamais opposer l’autorité du Christ et celle des Écritures. La déclaration précise ainsi qu’en s’authentifiant mutuellement, le Christ et l’Écriture deviennent de façon solidaire une unique source d’autorité. Ce que l’Écriture dit, Dieu le dit ; ce que l’Écriture dit, le Christ le dit.

Nous avions précisé que l’inerrance ne concernait, à strictement parler, que les documents originaux qui sont, naturellement, hors d’atteinte. Si la déclaration mentionne que la critique textuelle est donc nécessaire pour détecter toute altération introduite dans le texte au cours de sa transmission, elle souligne que ce texte a été étonnamment bien conservé et qu’il est aujourd’hui, pour tout ce qu’il comporte d’essentiel, digne de confiance. Par ailleurs, les excellentes traductions qui sont aujourd’hui disponibles en de nombreuses langues mettent la Parole de Dieu à la portée de tous.

Importance de cette conception

C’est la vie de l’Église comme celle de l’individu qui souffre gravement lorsque cette doctrine est perdue de vue. Il ne s’agit donc pas seulement, aux yeux des signataires, de l’insistance d’une théologie particulière, mais de la défense d’un point essentiel de la foi – certes non nécessaire au salut – d’où cette déclaration. Car, derrière l’abandon de ce point, c’est toute la théologie chrétienne qui peut être remise en cause. La déclaration reconnaît que certains théologiens évangéliques se sont peu ou prou éloignés de cette doctrine sans remettre en cause l’essentiel. Mais, méthodologiquement, ils se sont, aux yeux des rédacteurs, détachés du principe évangélique de la connaissance, ont commencé à verser dans un subjectivisme instable et auront du mal à ne pas glisser plus loin.

Les signataires de la déclaration ont conscience de se situer dans la grande tradition chrétienne et de se ranger derrière le Christ et ses apôtres, en fait derrière toute la Bible et la majeure partie de l’Église depuis les premiers jours jusqu’à tout récemment.

On voit bien que la controverse sur l’inerrance ne porte pas un point de détail, mais sur une manière d’approcher la Bible dans sa totalité, de reconnaître son inspiration et donc son entière autorité sur la foi et la théologie.

 

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 Note :

 (1) On pourra trouver les trois déclarations dans la Revue Réformée n° 197 – 1998/1, janvier 1998 – Tome XLIX. 









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