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Actualités bibliques Ouvrages bibliques recensés en 2009

Nouveau Testament 2009

Voici quelques ouvrages qui ont été recensés dans les Cahiers Évangile en 2009. Il portent tous sur le Nouveau Testament ou les débuts du christianisme.

Jean-Louis Ska
De l'ancien et du nouveau. Pages choisies de l'évangile de Matthieu
« Écritures » 14, Lumen Vitae, Bruxelles, 2008, 151 p., 18 €

Jean-Louis Ska (J.-L.S.), professeur à l'Institut Biblique Pontifical de Rome et spécialiste du Pentateuque, tente, dans ce petit ouvrage, de faire sortir le lecteur de l'évangile de Matthieu d'une certaine monotonie... comprise au sens propre ! Il définit en effet le premier évangile comme une « cantate à deux voix » du fait des deux axes sur lesquels il se développe : celui des événements de la vie de Jésus et celui de leur interprétation basée sur les Écritures. Les premiers lecteurs, en effet, connaissaient bien l'Ancien Testament. À dire vrai, il ne s'agit pas ici d'exégèse scientifique au sens académique du terme. J.-L.S propose plutôt une série de méditations qui balaient l'ensemble de l'évangile tout en se focalisant sur des textes précis. Chaque méditation s'achève avec un encadré qui porte des questions et des suggestions afin de permettre au lecteur qui le désire d'utiliser l'ouvrage comme un outil spirituel personnel ou collectif, dans le cadre d'un groupe biblique par exemple.

C'est sur le fond de la séparation entre chrétiens et Juifs que le premier évangile se déploie sous son double aspect. Ad intra, il s'agit de montrer que le Christ est vraiment le Messie promis par les Écritures. Ad extra, il s'agit de relire l'Ancien Testament face aux pharisiens de l'académie de Jamnia en train de refonder le judaïsme, pour répondre à leurs objections et mettre en évidence les lignes de force qui conduisent à Jésus-Christ. La jonction entre les deux voix s'opère sous diverses modalités dont celle des « figures » du Christ que sont, entre autres, Moïse, Josué, David, Jérémie. J.-L.S. développe ainsi la figure moins habituelle de Josué et met en parallèle la conquête de la terre et la conquête du Royaume : les guérisons opérées par Jésus sont interprétées en correspondance avec les victoires de Josué contre ses ennemis ; Jésus partage le Royaume en proclamant les béatitudes tout comme Josué distribuent les terres après la conquête de la terre promise.

Après cette partie narrative où l'on suit Jésus de Bethléem à Nazareth puis à Jérusalem, J.-L.S. s'attache à l'annonce du Royaume et à son avènement. Il introduit d'abord au langage des paraboles puis tente une lecture de la Passion qui passe par le prisme de celles-ci. En effet, il veut permettre « une confrontation très fructueuse entre deux visions du Royaume », entre celle, positive et optimiste, des paraboles et celle produite par le « coup de grâce inattendu donné à l'espérance des disciples » par la Passion et la mort de Jésus. C'est enfin sur une ouverture que l'ouvrage s'achève. L'évangile de Matthieu n'est pas fini. Ce que les disciples ont fait en descendant de la montagne n'est pas connu et s'écrit encore aujourd'hui. Alliant la qualité de la recherche à un vrai regard spirituel, ce petit livre ouvre des perspectives finalement peu habituelles. (Yann Billefod)
Niveau de difficulté : aisé


Jean-François
Baudoz
Prendre sa croix. Jésus et ses disciples dans l'Évangile de Marc
« Lire la  Bible » 154, Le Cerf, Paris, 2009, 145 p., 15 €

En se situant dans une perspective synchronique et en privilégiant l'approche narrative, ce livre présente l'Évangile de Marc comme théologie de la croix, celle de Jésus et celle du disciple. De ce point de vue, l'Évangile tout entier est la mise en récit de la grande affirmation paulinienne : « Je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié » (1 Co 2,2).

Cela apparaît dès le premier chapitre qui dessine les grandes lignes de Marc et sa structure, depuis le premier verset : « Commencement de l'Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu » jusqu'aux confessions de foi de Pierre à Césarée (« Christ ») et du centurion devant le Crucifié (« Fils de Dieu »).  Le second chapitre fait comme un bilan au sujet des disciples en Mc : aspects positifs et négatifs. Les faiblesses l'emportent, ce qui n'est pas sans rapport avec la théologie de la croix. Le troisième et le quatrième chapitres analysent en détail deux péricopes stratégiquement situées : en Galilée, à la fin de la première section, la guérison de l'homme à la main desséchée où déjà s'annonce la perte de Jésus (3,1-6) ; et au Temple de Jérusalem, dans la salle du trésor, l'obole de la veuve qui « jette toute sa vie », comme Jésus va donner la sienne (12,41-44). À partir - entre autres - de la confession de Césarée et du récit de la mort de Jésus le cinquième chapitre met en lumière la signification théologique de cette mort. Le sixième le prolonge en parlant de la croix du disciple.

Le dernier chapitre, un peu plus développé, porte sur la finale dite authentique de Mc : la péricope des femmes au tombeau, jusqu'à 16,8 : « Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. » Comment expliquer qu'un Évangile finisse aussi mal ? Contrairement aux apparences, c'est bien ici que s'achève l'œuvre de Marc, et non pas dans une hypothétique finale perdue. La peur des femmes rappelle la peur des disciples quand ils marchaient à la suite de Jésus (10,32) ; l'orientation vers la Galilée annonce que maintenant l'Évangile commence ; là le disciple doit suivre Jésus qui le « précède » et le lecteur est invité à s'identifier à ce disciple. (Paul Agneray)
Niveau de difficulté : aisé


Régis Burnet
L'évangile de la trahison. Une biographie de Judas.
Le Seuil, Paris, 2008, 375 p., 22 €

Après la série de publications consécutives à la trop médiatique mise au jour de l'« évangile de Judas », cet ouvrage vient fort justement nous proposer un portrait contemporain de la figure de Judas à partir de l'ensemble des sources existantes, canoniques ou apocryphes. Improprement qualifié en sous-titre de « biographie », l'ouvrage, tout à fait bien documenté et annoté, se fait fort de reprendre en fait systématiquement l'histoire de la réception d'un « personnage » a priori très négatif. L'évolution de la compréhension de Judas à travers les époques n'en est que plus intéressante pour nous.

À l'origine de la construction du « personnage », il y a bien sûr le disciple des Évangiles, figure négative qui se met en place progressivement depuis le récit primitif de Marc. Les apports successifs de Matthieu puis ceux de Luc et bien davantage ceux de Jean ajoutent à la complexité de la figure en composant celle du « traître », qui n'était pas originelle. C'est seulement le début d'une légende noire, renforcée par les commentaires des Pères, à l'exception notable d'Origène, et aggravée par le traitement du suicide du personnage, définitivement condamné par Augustin. La figure du traître est alors devenue purement édifiante : le personnage est logiquement maudit. Les légendes médiévales ne font que noircir encore le tableau, avec le passage progressif d'un antijudaïsme chrétien à un antisémitisme des Temps modernes, également bien commenté par l'auteur.

Puis vient le temps de l'individualisme, apporté notamment par la modernité, qui a pour résultat de réhabiliter peu à peu la sombre figure : l'Histoire et ses méthodes viennent ainsi adoucir le destin du personnage. Ce que l'auteur qualifie de « quête du Judas historique » permet bien de nouvelles approches, souvent psychologisantes ou moralisantes, et l'on voit la recherche se tourner vers les sciences politiques, notamment dans les tentatives d'élucidation des motivations supposées du disciple. Et c'est assez naturellement que la littérature générale vient au secours des nombreuses lacunes des sources, construisant bien des romans autour du personnage. Quoi qu'il en soit, le résultat est là : tantôt complice, tantôt contestataire, le personnage de Judas redevient pour nous pleinement humain.

Reste alors la théologie, mise un temps de côté : comment penser aujourd'hui un Judas coupable ? Une analyse finale des travaux de Karl Barth sur la figure du réprouvé dans le Nouveau Testament est assez fructueuse, même si, pour l'auteur, le théologien réformé reste sur le seuil de la condamnation. Voilà qui lui permet finalement  de conclure sur le mystère de ce personnage-clé de l'histoire du salut : malgré les apories des textes d'origine et la mise en place de la légende, Judas est bel et bien devenu une figure d'humanité, au fond livrée à la contingence humaine.

L'ouvrage est très accessible, sa bibliographie est complète et parfaitement à jour. On pourrait cependant reprocher à son auteur de mêler trop souvent littérature et exégèse, histoire et théologie, sans toujours définir clairement les contours de son approche, juxtaposant parfois sans hésiter des auteurs aux intentions fort différentes. Le résultat est cependant très plaisant et intéressera tous ceux qui veulent en savoir un peu plus sur ce « personnage » paradoxal : le mystère de Judas reste redoutable. (Hervé Giraud)
Niveau de difficulté : aisé


Alain Marchadour
L'événement Paul
Éd. Bayard, Paris, 2009, 347 p., 18,5 €

Paru au milieu de l'année paulinienne, cet ouvrage est destiné à tous ceux et celles qui cherchent une présentation solide sans être érudite, synthétique sans être allusive.

Les dix-huit brefs chapitres sont répartis en deux grandes parties. La première, « Paul, le retournement », est classiquement biographique, la deuxième, « Autour des lettres de Paul », pointe quelques notions-clés et s'attarde sur des passages célèbres à l'impact toujours vif : 1 Co 15 (l'annonce de la Résurrection), Ph 2 (l'hymne au crucifié-glorifié), 1 Co 13 (l'hymne à l'amour agapè). Le langage est simple malgré quelques redites (p. 29 et 164, 48 et 92, 76 et 97...).

A.M. est connu comme spécialiste de saint Jean. Mais le monde de Paul ne lui est pas étranger, comme tout bibliste ouvert aux réalités pastorales. Pour son ouvrage, il a donc beaucoup lu - ce qui nous vaut nombre de citations, parfois inédites en français. Pour la partie biographique, il reconnaît sa dette envers ses aînés et parole est souvent donnée à Paul lui-même : quoi de mieux que de relire l'Apôtre avec l'Apôtre ? Sur des points fort classiques, la présentation est originale. Sur l'esclavage, situé historiquement (et avec une allusion à la biographie de Paul). Sur les femmes, avec de belles pages sur l'imaginaire maternel du fondateur de communautés. Sur la foi et la raison, avec un hommage appuyé au « protecteur de l'intelligence ». Sur le rapport à Jésus : l'Évangile résumé en six motifs, l'absence de données narratives sur l'homme de Nazareth expliquée par l'attente du retour du Christ, mais aussi la nécessité pour la foi de passer, après Paul, du discours (les lettres) aux récits (les évangiles).

A.M. vit à Jérusalem et constate que certains juifs disent aujourd'hui aux chrétiens : « nous n'avons pas besoin de vous, alors que vous prétendez que nous vous sommes nécessaires pour garder vives vos propres racines ». Quelle est donc l'actualité du discours de Paul sur la Loi de Moïse et le destin d'Israël ? Dans le chapitre 11, « Paul le juif face à ses frères juifs », A.M. reprend les passages qui fâchent, à commencer par 1 Th 2,14-16, autrefois épinglé dans le film Les origines du christianisme. La relecture est peut-être trop brève. Mais, dans le chapitre suivant, « Les juifs et les chrétiens », A.M. revient sur l'élection, insistant sur le tournant constitué par la Shoah et la création de l'État d'Israël. On a l'impression de sortir de Paul, en fait, on le continue.

Dans la vie de Paul, il y a un événement qui fut retournement sans reniement : la rencontre du Christ ressuscité. À partir de là, Paul est devenu lui-même un « événement » dont l'œuvre est constitutive de l'identité chrétienne et de la pensée occidentale. Cet ouvrage n'est pas de trop pour y réfléchir. (Gérard Billon)
Niveau de difficulté : aisé


Chantal Reynier
Saint Paul sur les routes du monde romain. Infrastructures, logistiques, itinéraires.
Cerf-MédiasPaul, Paris, 2009, 294 p., 20 €

Chantal Reynier, professeur au Centre Sèvres, a publié un Pour lire saint Paul il y a moins d'un an (voir CE 145, p. 69). Elle a aussi écrit plusieurs livres sur la mer comme Paul de Tarse en Méditerranée, recherches autour de la navigation dans l'Antiquité (« Lectio divina » 206, Éd. du Cerf, 2006). L'ouvrage qui vient de paraître est divisé en deux grandes parties. On pourrait presque dire en trois parties, puisqu'à la fin, on trouve tout un ensemble de cartes précieuses pour suivre les voyages évoqués.

La première partie dresse, avant tout, la réalité des réseaux routiers et maritimes dans l'empire romain du 1er siècle. Le lecteur est resitué dans le contexte de l'époque et réalise toutes les difficultés que pouvait rencontrer un voyageur, ainsi que les choix auxquels il était confronté, selon la période de l'année où il voyageait. Cette partie, assez technique, informe le non-initié du développement déjà considérable des infrastructures routières et maritimes ainsi que des échanges interrégionaux.

La deuxième partie reconstitue les itinéraires des trois voyages missionnaires de Paul et du voyage « de captivité ». C.R. s'appuie essentiellement sur le récit des Actes des Apôtres puisque Paul lui-même décrit très peu ses itinéraires dans ses lettres. Des citations d'auteurs anciens complètent la connaissance que nous avons des voyages au Ier siècle de notre ère. Selon C.R. ces témoignages viennent confirmer le réalisme des itinéraires décrits dans les Actes (p. 221). Au-delà des voyages de Paul, ce constat risque fort de renvoyer le lecteur à la question du genre littéraire de l'écriture lucanienne (notes de voyage, roman antique, périple ?), ce qui est peu développé ici. Par ailleurs, comme dans la première partie, le lecteur est renvoyé aux choix que Paul a dû faire et aux moyens qu'il a pris : la route ou le bateau ? La réponse est parfois difficile à donner, d'autant plus qu'à plusieurs reprises, C.R. fait ressortir que la version « occidentale » et la version « alexandrine » des Actes ne concordent pas (c'est le cas pour la traversée de l'île de Chypre, cf. p. 105). La fin de cette partie évoque les éventuels voyages de Paul en Espagne et en Asie Mineure.

À travers la reconstitution de ces itinéraires, le lecteur découvre aussi des lieux, des villes, avec toute la vitalité qu'elles tiraient de leurs ports, leur situation géographique, leurs ressources. De quoi donner envie de voyager ! Cet ouvrage pourra accompagner désormais ceux qui se mettent en marche sur les pas de St Paul. (Sylvie Mériaux)
Niveau de difficulté : moyen


Michel
Quesnel
Les chrétiens et la loi juive. Une lecture de l'épître aux Romains
Édition revue et corrigée. « Lire la  Bible » 156, Le Cerf, Paris, 2009, 112 p., 13 €

En cours d'année paulinienne, M. Quesnel (M.Q.) a repris sa lecture brève et claire de la plus difficile des épîtres sous l'angle particulier indiqué par le titre : la façon dont le chrétien est situé par rapport à la Loi (voir C.E. n°105, p. 64). M.Q. se réfère aux règles de la rhétorique gréco-romaine : pour emporter l'adhésion du lecteur, Paul aligne des propositions étayées par des probations (démonstrations), des narrations (rappels d'événements) ou des réfutations d'objections. Cela donne le plan suivant :
- Une première partie est commandée par la proposition de 1,1-17 : « Je n'ai pas honte de l'Évangile, car il est puissance de Dieu en vue du salut... » Elle s'articule sur deux sous-propositions. 1,18-19 : L'universalité de l'injustice, aussi bien côté des incirconcis que des circoncis. 3,21-22a : Le régime nouveau apporté par Jésus Christ.
- La seconde partie, à partir de la proposition de 5,1ss : « Donc, ayant été justifiés de par la foi... », se tourne vers celui qui croit en Jésus. Plusieurs objections majeures y sont réfutées : la liberté chrétienne est elle un encouragement à pécher ? La loi est elle mauvaise ? etc. Puis est décrite la situation du croyant aujourd'hui et dans l'avenir.
- Dans la troisième partie, plus personnelle, Paul partage son souci et son espérance au sujet d'Israël, son peuple. La parole de Dieu n'a pas échoué affirme la proposition principale (9,6a). La première sous-proposition (9,6b) pose la question : qui est le véritable Israël ? La seconde (9,30-31) figure Israël et les nations selon la belle parabole des deux oliviers. La troisième (11,25-27) aboutit au mystère du salut d'Israël.
- La dernière partie, parénétique, débute par la proposition : « Je vous exhorte donc, frères... à offrir vos corps... » (12,1-2).

M.Q. conclut en faisant le point sur le sens, ou plutôt les multiples sens, que le mot « loi » revêt en Rm : ce peut être la Tora en tant qu'Écriture (le Pentateuque), ou un ensemble de préceptes (les 613 commandements). Ce peut être la « loi des œuvres » opposée à la « loi de la foi » ou encore  la « loi de Dieu », opposée à la « loi du péché ». On a le sentiment que l'écheveau se démêle... Signalons deux annexes intéressantes : une note sur la composition de Rm et une bibliographie commentée. (Paul Agneray)
Niveau de difficulté : moyen


Jean-Pierre Lémonon
L'épître aux Galates
« CbNT »9, Éd. du Cerf, Paris, 2008, 240 p., 30 €.

Depuis une dizaine d'années, plusieurs publications de Jean-Pierre Lémonon (J.-P.L.) sur la lettre aux Galates faisaient attendre un commentaire complet ! C'est chose faite, dans une collection dont le choix éditorial est de grand intérêt : la visée de ces commentaires scientifiques est de faire apparaître la dynamique du texte pris comme un ensemble. Rien n'est plus propre à favoriser la compréhension d'un texte aux enjeux aussi discuté que la lettre aux Galates. De fait, J.-P.L. nous offre une lecture originale et complète de la lettre ; les titres et sous titres des parties (en gras au début des paragraphes) en énoncent le contenu ; repris dans la table des matières, ils forment le fil rouge de l'interprétation et permettent au lecteur de saisir l'ensemble du propos avec ses articulation. La propositio dont tout le texte est le déploiement se trouve énoncée dès Ga 1,10-12 ; il s'agit de la vérité de l'Évangile que Paul a reçu de Dieu comme révélation de Jésus-Christ. Vérité vers laquelle l'apôtre veut ramener les Galates, qui l'ont reçue d'abord, puis ont oublié que tout leur était donné en Jésus-Christ.

Les choix d'interprétation de J.-P.L. sont fermes : s'il refuse le « tout réthorique », il en utilise quelques catégories incontournables, et propose une structure convaincante, qui articule annonce de l'Évangile et confirmation scripturaire (p. 45). La troisième partie de la lettre (5,1 - 6,10), généralement peu honorée par les commentaires, retrouve ici toute sa place avec une organisation interne qui balise les risques opposés menaçant la liberté chrétienne.

Pour J.-P.L., Paul s'adresse aux Galates du Sud, qui avaient déjà une connaissance de la religion juive et étaient attirés par certaines pratiques de la Loi. L'accent est mis sur le conflit interne à la communauté chrétienne : il s'agit pour Paul de regagner les bénéfices de la première évangélisation. Le récit de sa propre vocation est une illustration de ce que produit l'Évangile ; Paul ne désigne pas de rupture avec sa foi juive, mais il la ré-interprète à la lumière de l'événement Jésus-Christ. Cette centralité de l'événement Jésus-Christ domine la lecture des ch. 3,1 à 4,7 à l'argumentation scripturaire serrée. Attentif à l'emploi des pronoms, à la transformation du nous, et aux jeux sur le vocabulaire, J.-P.L. en offre une analyse extrêmement intéressante. L'étude de la péricope des deux femmes ou des deux alliances (3,6-14) illustre bien un choix de lecture qui s'oppose diamétralement au dernier commentaire scientifique en français de la lettre aux Galates, celui de Simon Légasse. Au lieu d'une condamnation rude et d'un ordre d'expulsion qui viserait le judaïsme, J.-P.L. montre de façon convaincante que la Jérusalem actuelle est l'ensemble de ceux qui, se réclamant du Christ, s'attachent à la Loi comme source de salut.

À chaque étape, après une interprétation qui fournit le commentaire continu, argumenté pas à pas par l'étude fouillée du texte et en discussion avec d'autres interprétations, les Notes permettent des remarques plus techniques sur le texte grec et ses possibilités de sens, comme  sur les discussions qu'ont soulevé certains passages, avec des précisions sur l'état de la recherche. Enfin des Excursus font le point sur les grands débats suscités par la lecture de Galates dans l'exégèse moderne, comme dans les lectures du passé.

Nous sommes reconnaissants à J.-P.L. pour ce commentaire riche et dense qui reste agréable à lire par la clarté de son style. Les familiers de Paul y trouveront une proposition équilibrée, sereinement étayée. Le livre fournit aussi aux étudiants et aux animateurs de groupe biblique une présentation ferme et une grande richesse de documentation ; il permet enfin aux exégètes de se situer rapidement dans les débats contemporains, de réagir et éventuellement de contester  pour avancer dans le conflit des interprétations. (Roselyne Dupont-Roc)
Niveau de difficulté : moyen


Jerome Murphy-O'Connor
Éphèse au temps de saint Paul. Textes et archéologie.
« Initiations Bibliques », Éd. du Cerf, Paris, 352 p., 44 €.

Voilà un livre d'une grande richesse : pour une part, un gros dossier, une sorte de compilation de tout ce qui a été écrit dans l'antiquité sur Éphèse ; pour le reste, un récit du ministère de Paul dans cette ville, récit exégétiquement fondé et un tantinet romancé.

Le dossier d'abord : Depuis Hérodote d'Halicarnasse (Ve siècle av. J.-C.) jusqu'à Callimaque de Cyrène (III e siècle apr. J.-C.), vingt six écrivains sont longuement cités - dans certains cas traduits en français pour la première fois - et commentés. Ainsi apparaissent aux yeux du lecteur, le corps et l'âme, si l'on peut dire, de la ville d'Éphèse, et cela de manière étonnamment concrète. Tout d'abord on réalise le rôle économique et stratégique majeur du port qui fut pour Rome la « porte de l'Asie ». Ensuite et surtout, chaque fois qu'il est question d'Éphèse, on constate l'omniprésence du fameux Artemision, le temple d'Artémis, une des sept merveilles du monde (avec, soit dit en passant, une intéressante réflexion sur les intentions sous-jacentes à cette appellation, qui, parait-il, avait le don de « taper sur les nerfs » des romains). Autre exemple significatif, ce qui est dit de la fiscalité romaine sur les provinces : lors de leur passage à Éphèse et sur ordre du sénat, Brutus et Cassius, les assassins de César, prélevèrent l'équivalent d'au moins 2.600 $ par habitant, femmes et enfants compris, et cela par le truchement des publicains bien connus des Évangiles ! Même si ceux de la Judée étaient moins voraces que leurs collègues d'Éphèse, on comprend le peu de sympathie que leur action suscitait.

Quant à la reconstitution du ministère de Paul, elle étonne d'abord le lecteur non prévenu, qui se retrouve tout soudain visitant Jérusalem aux côtés d'un Paul de vingt ans lors de sa première venue dans cette ville... Pour comprendre, il faut se référer aux précédents ouvrages de J. Murphy-O'Connor (J.M-C.). P. Debergé, dans sa recension de l'Histoire de Paul de Tarse et de Corinthe au temps de saint Paul (Cahier Évangile n°128), notait déjà que le lecteur avait intérêt à consulter le livre de J.M.-C. : Paul, a critical life, où il justifiait des prises de position considérées par la suite comme acquises. Il faut savoir aussi qu'il mêle délibérément une certaine part de fiction à ses hypothèses, de manière à donner de Paul et de ce qu'il a vécu une image vivante, incarnée. Le résultat est frappant de réalisme. Le regard porté sur Paul est lucide, un peu sévère sans doute. On a un peu l'impression qu'en réaction contre une vision idéalisée de l'Apôtre, l'auteur décide de le regarder par le petit bout de la lorgnette. Certes, Paul était bourré de défauts... mais on a envie de rappeler - ce que J.M.-C. sait bien, évidemment - que les lettres écrites à Éphèse sont des monuments littéraires et théologiques auprès desquelles le défunt Artemision fait pâle figure ! Signalons enfin que la liste des références des textes de l'antiquité et le tableau résumant l'activité de Paul à Éphèse sont bien utiles au lecteur. (Paul Agneray)
Niveau de difficulté : moyen


Arthur Buekens, Françis Dumortier
Catastrophes ou Révélations ? - L'univers des Apocalypses
« sens & foi »,
Lumen Vitae, Bruxelles, 2008, 183 p., 18 €

Issu d'un cycle de formation en milieu populaire, l'ouvrage de A. Buekens et F. Dumortier - on doit à ce dernier le C.E. 61 sur « La lettre de Jacques » - prend place parmi les bonnes introductions générales. Le chapitre initial justifie l'insistance mise sur le contexte sociopolitique. Après une présentation de textes de l'A.T. (Za 3, Dn 7), de la littérature intertestamentaire (4e Esdras) et du N.T. (Mc 13 et Mt 24-25), vient la relecture de l'Apocalypse elle-même (surtout Ap 2-3, 4-5, 12-13 et 17-22). En accord avec les recherches actuelles, les auteurs expliquent le choix par Jean du genre littéraire apocalyptique non pas comme une réponse à des persécutions mais pour mobiliser des communautés touchées par la tiédeur et le compromis avec la culture romaine. En conclusion, ils invitent à considérer que « les textes apocalyptiques, comme tous les textes bibliques, tissent à jamais le message chrétien dans un univers culturel qui n'est pas le nôtre. Le travail de lecture fait percevoir les distorsions qu'il y introduit. Il nous incite alors à vérifier comment des distorsions analogues se trouvent dans les discours croyants que nous balbutions » (p. 139). Les points de repère avancés ont valeur pour tout texte biblique et pourraient faire l'objet d'un fructueux débat. Au fil des pages, on appréciera la clarté pédagogique, les encadrés et les annexes. (Gérard Billon)
Niveau de difficulté : aisé


Yves Simoens
Apocalypse de Jean. I - Une traduction. II - Une interprétation.
Éd. Facultés Jésuites de Paris, Paris, 2008, 59 et 299 p., 25 € les 2 vol
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L'ouvrage de Y. Simoens (Y.S.), du Centre Sèvres (Paris), laisse de côté le contexte sociopolitique et retient un axe théologique principal, celui du jugement de Dieu, « jugement de condamnation dans un jugement de salut » (p. XIII), dans la lignée des prophètes d'Israël (néanmoins, la thématique de l'alliance, annoncée en avant-propos et très présente dans Selon Jean, IET, Bruxelles, 1997, apparaît peu). L'analyse des textes déborde très vite cet axe et fourmille d'observations qui reposent sur une traduction volontairement littérale, souvent détaillée dans le corps de l'ouvrage. Les remarques littéraires (chiasme, hyperbole, oxymore, septénaire, etc.) sont d'un grand intérêt. On pourrait discuter le septénaire des « visions » (19,9 - 20,15) et avancer que le septénaire des lettres aux Églises ne fait pas nombre avec ceux des sceaux, des trompettes et des coupes, mais la structure de l'Apocalypse est loin d'être évidente, on le sait. De l'érudition de Y.S., ses digressions, ses ralentis, ses raccourcis, ses nombreux renvois aux notes de la T.O.B. et de la B.J., on retiendra en particulier l'examen des citations et allusions scripturaires ainsi que l'importance accordée à la Sagesse, ailleurs trop souvent négligée. Dans son chapitre conclusif, Y.S. noue quelques fils introduits au cours de son exposé tels que la célébration du Christ, de la femme-Église, de la noce, du livre, de la symbolique du corps, de la liturgie. L'interprétation se continue... (Gérard Billon)
Niveau de difficulté : moyen


Joël Rochette
« Il nous a déliés de nos péchés ». Lecture revigorante de l'Apocalypse de saint Jean
« Connaître la Bible » n°44, Lumen Vitae, Bruxelles, 2007, 74 p., 10 €

Le petit cahier de J. Rochette (J.R.), recteur du Séminaire de Namur, revient sur l'axe du jugement et se tient avec rigueur au rapport péché/salut. Issu d'une thèse soutenue à Rome, La rémission des péchés dans l'Apocalypse. Ébauche d'une sotériologie originale (Tesi Gregoriana, Teologia 167, PUG, Roma, 2008), il offre 70 pages vraiment « revigorantes ». J.R. part de la situation historique des Églises (l'hostilité de la société romaine plus que la persécution) et montre que Jean se bat sur deux fronts, celui des adversaires et celui des croyants. Dès Ap 2-3, le péché est dénoncé dans la multiplicité de ses formes par le Christ vainqueur. Idolâtrie, blasphème et prostitution sont refus explicites de Dieu. Quant au motif récurrent du meurtre des croyants, il ouvre à une théologie du martyre articulée sur la croix. Une fine analyse de Ap 1,5-6 et 5,9-10 engage une réflexion sur le salut effectué par le sang de l'Agneau et sur ses conséquences pour la vie des croyants. (Gérard Billon)
Niveau de difficulté : aisé


Pierre Mourlon Beernaert
Agneau et Berger, le Christ de l'Apocalypse
« Connaître la Bible » n°54, Lumen Vitae, Bruxelles, 2009, 80 p., 10 €

P. Mourlon Beernaert (P.M.B.) est professeur au Centre Lumen Vitae (Bruxelles) ; on lui doit le C.E. 46 « Cœur, langue, mains dans la Bible ». Dans son cahier, il s'attache à la christologie de l'Apocalypse, résumée pour lui dans l'oxymore de Ap 7,17 : l'agneau qui mène paître... Le propos est autant spirituel qu'exégétique. Là encore, même si on peut trouver forcée la structure littéraire mise en avant (5 septénaires de composition concentrique), on suit avec intérêt les six étapes de l'analyse des titres christologiques. P.M.B. distingue entre les expressions réservées à Dieu seul puis au Christ seul et enfin celles qui s'appliquent à l'un et à l'autre  comme « le Vivant » ou « l'Alpha et l'Omega ». Il rassemble ainsi, avec clarté, les éléments d'une révélation de l'identité de Jésus indissociable du mystère trinitaire. Prenant lui aussi acte de l'écart culturel entre le 1er et le 21e siècle, il répond de façon involontaire aux interrogations de A. Buekens et F. Dumortier en suggérant d'entrer avec patience dans l'élan du livre de Jean pour vivre la béatitude : « Heureux celui qui lit et ceux qui écoutent... » (Jn 1,3). (Gérard Billon)
Niveau de difficulté : aisé


John P. Meier
Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire. IV. La Loi et l'amour
traduit de l'anglais par D. Barrios, C. Ehlinger et N. Lucas, « Lectio Divina », Le Cerf, Paris, 2009, 744 pages, 60 euros

Avec le présent ouvrage, le savant américain John P. Meier poursuit son grand projet d'étude : repenser le Jésus historique. Par la mise en œuvre des méthodes et critères de la science historique, l'auteur s'efforce de dresser un portrait raisonnablement fiable du Jésus de l'histoire. L'enquête est passionnante, menée avec une érudition hors du commun.

Trois tomes sont déjà parus. J.P.M. avait commencé par considérer Jésus seul dans son cadre et ses premières années (t. 1), puis il s'était arrêté à la prédication du Règne de Dieu et aux miracles (t. 2) ; enfin, il avait décrit l'environnement humain de Jésus, ses relations aux individus et aux groupes qui étaient en interaction avec lui (t. 3). Dans ce quatrième volume : La Loi et l'amour, J.P.M. traite des rapports de Jésus avec la Loi juive : comment Jésus a-t-il compris le judaïsme, comment a-t-il interprété la Torah ?

D'emblée, J.P.M. prévient : la question est difficile et a donné lieu à des positions extrêmes : pour les uns, Jésus était anti-Loi, alors que pour d'autres il ne s'opposait en presque rien à la Loi. Il se distancie de ces opinions et affirme que Jésus était enraciné dans la vie juive et qu'il a pris part aux débats sur la Loi : « Le Jésus historique est le Jésus halakhique, c'est-à-dire le Jésus qui s'intéresse à la loi mosaïque et se préoccupe des questions de pratique qui en découlent » (p. 20). Telle est la thèse que J.P.M. vérifiera tout au long de l'ouvrage.

Dans un premier chapitre, il s'interroge sur ce qu'est la Loi. Puis, s'appuyant sur une étude fouillée des textes de la tradition juive et de ceux du N.T., il examine les cas où Jésus semble révoquer un commandement. Alors que presque tous les textes juifs antérieurs à 70 permettent à un homme de répudier sa femme pour n'importe quel motif, Jésus dénonce le divorce et le remariage comme adultère - ce qui constitue une violation d'un commandement du Décalogue. Avec la même radicalité, et sans prêter attention aux conséquences pratiques, Jésus interdit totalement les serments autorisés par la Loi de Moïse.

L'étude de l'enseignement de Jésus sur le sabbat donne lieu à des conclusions différentes. J.P.M. commence par une enquête sur l'origine et la nature du sabbat. En des pages très intéressantes, il passe en revue les textes juifs, depuis les Écritures jusqu'à la Mishna en passant par Aristobule, Philon et Josèphe, et montre que ce n'est qu'après 70 que certains juifs estimeront qu'on viole le sabbat en guérissant ce jour-là. Par suite, les récits du N.T. où Jésus discute à propos du sabbat reflèteraient les polémiques chrétiennes. En revanche, les déclarations sur le sabbat (Mt 12,11 ; Lc 13,15) remontent à Jésus ; au milieu des conceptions concurrentes de son temps, Jésus propose son approche plus humaine et modérée du sabbat qu'il ne remet pas en cause, mais qu'il veut rendre viable pour les juifs pieux ordinaires. Là encore, « le Jésus historique est le Jésus halakhique » ! Pour ce qui est de la pureté rituelle, enfin, la plupart des passages qui l'évoquent ne remontent pas à Jésus. « Apparemment, pour Jésus, la pureté rituelle est non seulement une question non brûlante ; ce n'est pas une question du tout. » (p. 275)

L'attitude du Jésus historique par rapport à la Loi n'est donc pas « unidirectionnelle », et il n'y a pas chez lui de principe d'organisation de la Torah qui fasse sens pour l'ensemble. Quant au commandement d'amour, que J.P.M. étudie en finale, il a importé à Jésus, certes, mais sans jamais devenir le principe d'interprétation de la Torah - c'est Matthieu qui a fait de l'amour le critère d'organisation de la Loi ! Et si Jésus a pu affirmer la Loi comme volonté divine pour Israël et, en même temps, enseigner de sa seule autorité ce qui est contraire à la Loi, c'est certainement parce qu'en tant que prophète charismatique il détenait son autorité de Dieu, et que cela suffisait à justifier ses déclarations et commentaires.

L'ouvrage est, certes, d'une lecture exigeante, mais l'enquête et en particulier les études des sources juives et chrétiennes sont passionnantes. En outre, la forme du livre (texte assez simple et notes plus spécialisées regroupées en fin de livre ; index thématique...) le rend intéressant et accessible pour un public assez large. Déjà, on attend avec impatience le dernier volume sur les discours en paraboles, les « auto-désignations » et l'énigme de la mort de Jésus. (C. Runacher)
Niveau de lecture : moyen


Jean Delorme
L'heureuse annonce selon Marc. Lecture intégrale du 2e évangile, tome 1 & 2
Rédaction finale par Jean-Yves Thériault
Paris-Montréal, Cerf-Mediaspaul, 2007-2008, 574 p. + 613 p., 39 € + 40 €

Professeur de N.T. à la faculté de théologie de Lyon et formé à l'exégèse historico-critique, Jean Delorme (J.D.) se tourna dès la fin des années 1960 vers la lecture sémiotique du texte biblique inspirée par A.J. Greimas. Il fut ainsi le co-fondateur du CADIR (Centre pour l'analyse du discours religieux) et de la revue Sémiotique et Bible, et il centra sa réflexion autour de l'acte de lecture. L'évangile de Marc fut le texte qu'il ne cessa de lire et de relire, en cours ou en session. À sa mort, survenue le 30 août 2005, J.D. laissait un manuscrit de son commentaire, pratiquement achevé jusqu'à Mc 8. Exégète et universitaire sémioticien québécois, J.Y. Thériault l'avait aidé dans cette tâche. Le travail de ce dernier est plus considérable dans le second volume, puisqu'il en a assuré la mise en forme à partir de cours, de séminaires et de sessions donnés par J.D. de la Lituanie à Madagascar, de la Corée au Québec ; le style en est plus oral et la lecture, peut-être plus aisée. Mais l'ensemble est homogène.

« Lecture ou commentaire ? » Le sous-titre répond à la question. J.D. tente « une démarche de lecteur qui cherche à se situer à l'intersection des possibilités ouvertes par le texte et des propositions de sens qui peuvent lui être faites ». Il ne veut pas « compromettre le mouvement du récit et sa tension dramatique par l'abondance des explications de détail et le dialogue avec d'autres types d'approches ». L'ouvrage paru en 2006, Parole et récit évangéliques. Études sur l'évangile de Marc, qui rassemble dix articles sur des péricopes marciennes et une longue lecture de Mc 1,1-15, a été conçu précisément en vue d'alléger la présente « lecture » qui fait déjà près de 1200 pages ! Cet ouvrage est précieux aussi parce qu'il manifeste combien J.D. se tenait informé des travaux des autres biblistes.

Il s'agit donc d'une «lecture liée et constructive » de Mc. Elle se veut « attentive à tout ce qui relie les divers éléments et niveaux de l'écriture pour en faire un tout signifiant ». « Elle ne se contente pas de recevoir un sens qui serait déjà là », mais essaye de « construire le tissu textuel en un ensemble signifiant ». Elle ne cède pas à « la maladie de tout expliquer, de tout raconter. »

L'introduction ne fournit pas un « plan d'avance » de Mc, et ce, afin de laisser le texte s'organiser au fil de la lecture. Aussi ai-je eu conscience de trahir quelque peu J.D. en recourant, dès le début de ma lecture, aux tables des matières où sont détaillés les contenus des vingt-deux chapitres de l'ouvrage, ce qui permet de retrouver une séquence. J.D. s'interroge  régulièrement sur le chemin parcouru, d'où des « bilans » qui dégagent les lignes de fond de l'ensemble d'une séquence. C'est ainsi qu'à la fin du ch. 15 (sur Mc 10,32-52), neuf pages font le bilan de la grande séquence de Mc 8,22 - 10,52, Bethsaïde (v. 22) marquant « le lieu d'arrivée d'une grande section enclenchée par le questionnement autour de la personne de Jésus (6,14-29), interrogation soutenue par l'énigme du pain inépuisable... (6,30 - 8,21) ». Ces « bilans » ainsi que le « retour sur le parcours effectué » qui clôture le ch. 22 ne sont ni des résumés, ni des conclusions ; ils délivrent un approfondissement que je qualifierais de théologique, au sens le plus riche du terme. Ainsi, par exemple, les ultimes pages sur le « changement d'esprit » qui « se fait souvent par soustraction, en faisant le vide des illusions qui correspondent aux attentes imprégnées d'images rassurantes, pour un approfondissement du côté du mystère donné en paraboles et en signes qui ouvrent le questionnement  et qui transforment la vie des sujets qui s'en remettent à la parole de l'autre puisque c'est le seul espoir qui leur reste » (t. 2, p. 601).

Grâce à cet ouvrage, la méthode sémiotique me paraît consacrée, parmi les disciplines bibliques, comme « un moment obligé de l'interprétation des textes » (F. Genuyt). (H. Cousin)
Niveau de lecture : moyen


Nicole de Monts, Dominique Clénet, Éric Morin
Évangile selon saint Jean, texte intégral commenté et illustré
Le Sénevé/CERP, Paris, 2008, 176 p., 19 euros

Pour tous ceux qui souhaiteraient se lancer, seul ou en groupe, dans une lecture continue de l'évangile de Jean, voici un très bel ouvrage que nous propose les éditions du Sénevé/CERP.

Le souci de cette publication est avant tout pastoral. Il s'inscrit dans la ligne de l'orientation des évêques de France, mais aussi du rassemblement d'Ecclésia de 2007, qui cherchent à redonner toute sa place à la Parole de Dieu, dans une catéchèse qui s'inscrit à toutes les étapes de la vie. Comme le dit le Cardinal Vingt-Trois, dans la Préface : « Au lecteur, il faut laisser la joie de la découverte, la joie d'éprouver la puissance de la Parole de Dieu ». Ce livre s'adresse donc aussi bien à des adolescents qu'à des adultes.

Dans une première approche, la beauté de cet ouvrage tient à sa présentation, en particulier à la qualité du papier d'impression et aux photos qui sont présentes, à chaque page, à travers des vues des grands lieux bibliques d'Israël ou des œuvres d'art. Hélas, comme le signal le titre, les œuvres d'art ne sont placées ici que comme des illustrations. A aucun moment vous n'y trouverez des pistes de lecture d'images permettant, par exemple, de voir la théologie biblique qu'un artiste à chercher à mettre en valeur à partir des sources scripturaires.

Les auteurs, ont réparti l'évangile de Jean en 8 chapitres : Commencement (Jn 1) ; De Cana à Cana (Jn 2-4) ; Les œuvres du Père (Jn 5-6) ; Jésus et les fêtes juives (Jn 7-10) ; Vers Jérusalem (Jn 11-12) ; Les discours d'adieux (Jn 13-17) ; La passion (Jn 18-19) ; A l'aube de l'Église (Jn 20-21). Pour qui est familier de cet évangile il est surprenant de découvrir que le sommaire de cet ouvrage n'utilise, à aucun moment, dans le titre de ces chapitres, trois des mots clés de la théologie johannique : « signe », « gloire », « heure » ! Les termes de « signe » et « d'heure » n'apparaissent que dans le titre du sous chapitre qui correspond à Jn 12. Ces trois termes sont pourtant bien présents dans la table des mots clés, située en annexe, qui renvoie aux diverses pages où ces thématiques sont développées tout au long du livre.

Lorsque l'on commence à se plonger dans la lecture de ces chapitres johanniques, on découvre alors que l'intérêt de cet ouvrage est à la fois dans sa présentation et son contenu ; Il permet, à celui qui l'ouvre, de se lancer dans une lecture intégrale de l'évangile de Jean (situé à chaque fois au centre d'une double page) tout en étant continuellement accompagné de notes (réparties tout autour du texte biblique). Ces notes ne sont pas simplement des explications de termes, pour faciliter la compréhension du texte, elles renvoient aussi à d'autres textes bibliques, en particulier de l'Ancien Testament, favorisant une lecture plus canonique. On y trouve aussi de nombreuses références à la Tradition, par des extraits des Pères de l'Église, des liens avec les dimensions sacramentelles et liturgiques, des prières en écho au texte biblique.

Pour tous ceux qui trouvent que l'évangile de Jean est un peu trop compliqué, voilà donc un ouvrage qui stimulera sa lecture. Mais, vu la richesse des notes et leurs diversités, à moins d'être déjà bien initié, ce livre gagnera à être lu avec d'autres, afin de resituer dans leurs contextes ces renvois aux sources vétérotestamentaires et à la Tradition. (Sylvie Mériaux)
Niveau de lecture : aisé


Claude Tassin
L'Apôtre Paul : un autoportrait
Paris, Desclée de Brouwer, 324 pages,  27 euros

Proclamée par le pape « année saint Paul », 2008 a vu fleurir les rééditions d'ouvrages sur l'Apôtre des païens. Le livre que nous offre Claude Tassin tranche par son originalité. Bien que plusieurs articles antérieurs soient repris, l'ensemble remodelé et finalisé propose une lecture nouvelle de Paul, sous le titre un peu provocateur d' « un autoportrait ». « Un » parmi d'autres, certainement. C. Tassin est conscient du défi herméneutique que soulève un tel projet et il en assume la difficulté et les limites. Ceux qui connaissent sa passion missionnaire ne s'étonneront pas de retrouver dans l'autoportrait de l'Apôtre bien des traits de cette passion. Mais la pluralité des approches proposées donne à la figure de Paul une profondeur singulière. D'un chapitre à l'autre une véritable progression est ménagée, permettant l'approfondissement de ce qui fait le mystère propre d'une vie,

La revendication du titre d'apôtre, qui lui fut largement contesté, permet de montrer combien Paul, enraciné dans sa culture et son patrimoine juifs, a été conduit par le dynamisme interne de sa « vocation » à une ouverture sans précédent au monde gréco-romain. Il y devient le ministre d'une alliance nouvelle, par laquelle Dieu se réconcilie le monde entier. Pour autant, Paul reste profondément ancré dans la lignée des grands prophètes d'Israël Jérémie et le prophète Serviteur (Jr 1,5 ; Is 49,1-10). Mais l'assimilation à ces figures ne se fait jamais directement. Si Paul peut s'inscrire dans leur suite, c'est qu'il est entièrement conformé à la figure même de celui qu'il appelle son Seigneur, Jésus-Christ qui a accompli et dépassé toutes les promesses d'Israël, jusqu'à la figure énigmatique du Serviteur souffrant que Dieu a relevé et glorifié. Parce qu'il peut dire : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi », Paul découvre que « la foi des communautés ne dépend pas seulement de la mort du Christ, elle dépend aussi de la mort de l'Apôtre ».

Toute la vie de Paul est entièrement renouvelée par l'annonce de l'Évangile, annonce d'une totale gratuité, à laquelle l'Apôtre par son comportement se rend transparent. L'Évangile qui lui a été confié est la puissance de Dieu qui inaugure une création nouvelle, dont le Christ est le premier né. On comprend mieux alors les métaphores paternelle et maternelle que Paul sans cesse s'applique. Aux communautés qu'il fonde l'apôtre donne sa vie pour les enfanter à une vie nouvelle. Au centre du livre un chapitre sur la parole de la Croix marque avec force le lieu de faiblesse et d'abandon d'où jaillit la force de la Résurrection qui porte la mission de l'apôtre. Comme le Crucifié dont la faiblesse est triomphe de Dieu, c'est dans la fragilité et le retrait que l'apôtre donne à voir la Croix. Dans une analyse audacieuse du type de « médias » choisi par Paul, C. Tassin montre à quel point l'auteur des lettres comme les lettres elles-mêmes sont « intégrées » au message et « font désormais partie de la signification de l'Évangile ». On conçoit que,  pour Paul, le seul véritable culte rendu à Dieu soit la vie même livrée et perdue du missionnaire qui « porte un trésor dans un vase d'argile ». Enfin, si les thèmes de l'argent, du combat contre les concurrents et de la prière terminent l'ouvrage, c'est bien que les aspects apparemment les plus discutés de la vie de l'apôtre participent de ce culte et que l'unification de sa vie se fait dans une prière où se joue l'assimilation  progressive au Christ serviteur.

Conduisant le lecteur au plus près du coeur de l'apôtre, le livre de C. Tassin nous offre de passionnantes analyses de textes pauliniens d'une densité extrême, notamment tirés de la deuxième lettre aux Corinthiens, dans laquelle les combats missionnaires de l'apôtre sont les plus prégnants. Il les éclaire et les enrichit d'abord par l'apport convergent d'autres passages, ensuite par la connaissance remarquable qu'il a des traditions du judaïsme contemporain. C'est peut-être la complexité du lien que Paul entretient avec ce judaïsme vivant qui pourrait former le chapitre manquant de cet ouvrage. Peu importe, Paul est toujours ailleurs. Mais le livre de C. Tassin marquera désormais la recherche à la fois dans les études pauliniennes et dans toute réflexion sur la mission (Roselyne Dupont-Roc)
Niveau de lecture : moyen


ACFEB
Les Hymnes du Nouveau Testament et leurs fonctions
Actes du XXIIe congrès, D. Gerber et P. Keith (dir.). Préface de H. Cousin
« Lectio divina » 225, Le Cerf, Paris, 2009, 496 p. 34,00 €

L'Ancien Testament abonde en pièces poétiques grâce auxquelles la foi ne se trouve pas seulement exprimée dans sa dimension historique et narrative, informative, mais aussi sur le mode plus performatif de l'immédiateté et de l'émotion. Sur ce point, le Nouveau Testament est plutôt défavorisé. C'est pourquoi les quelques passages poétiques qu'on y trouve, qui sont les seuls et rares textes bibliques qui chantent le Christ de manière explicite et non en figure, méritent bien d'être appréhendés en tant que tels par la recherche : c'est ce que s'est proposé le 22e congrès de l'ACFEB, tenu à Strasbourg en 2007, en se donnant pour thème : « Les hymnes du Nouveau Testament et leurs fonctions ». Après une présentation de la fonction des hymnes dans les littératures antiques, effectuée par Yves Lehman, et une étude de Claude Coulot sur l'hymne qui conclut la Règle de la communauté de Qumran, il revient à Thomas Osborne de retracer l'histoire de la recherche sur les hymnes du Nouveau Testament, qui remonte à la fin du XIXe siècle. L'orientation de cette histoire correspond globalement à celle de la recherche biblique en général : l'intérêt, longtemps centré uniquement sur l'aspect diachronique des textes, finit par porter sur leur aspect synchronique. Jusqu'à une époque récente, on s'est en effet beaucoup préoccupé du contexte originel des hymnes et les études se sont livrées à de nombreuses hypothèses contradictoires et invérifiables, sans parvenir à un quelconque consensus. Elles ont bien sûr le grand mérite de jeter quelque lumière sur la liturgie des premiers chrétiens ; mais elles le font au détriment du contexte actuel d'insertion de ces hymnes dans leur trame narrative ou épistolaire. C'est d'ailleurs cette insertion même qui rend difficile la qualification du genre en question, ici désigné du nom d' « hymne » pour la commodité. Si donc les diverses contributions qui forment le volume prennent souvent leurs distances à l'égard de ce terme (qui en toute rigueur ne semble pouvoir s'appliquer qu'à un nombre de textes bien plus réduit que ceux qu'habituellement on désigne ainsi) et proposent chacune des qualifications variables, c'est parce qu'elles se concentrent avant tout, comme l'annonce le titre, sur la ou les fonction(s) que les passages concernés assurent dans leur contexte actuel.

C'est donc dans cette perspective que Daniel Gerber traite « les fonctions du cantique de Syméon en Luc-Actes » ; de même Camille Focant aborde 1 Corinthiens 13 comme un éloge lyrique de l'agapè jouant le rôle d'une digression rhétorique intégrée à l'argumentation ; Chantal Reynier analyse les passages de forme poétique présents dans l'épître aux Ephésiens comme des « extensions hymnologiques » ; Elian Cuvillier interroge le rôle argumentatif que l'hymne de l'épître aux Philippiens joue dans l'ensemble de la lettre ; Jacques Schlosser se propose de repérer dans la première partie de la première épître de Pierre non plus des fragments hymniques préexistants mais des « éléments hymniques » ou une « langue hymnique » dont l'auteur se sert habilement pour ennoblir son message théologique ; Michèle Morgen étudie quant à elle « la contextualisation et la fonction des passages hymniques » dans l'Apocalypse. C'est enfin Jean-Noël Aletti qui conclut l'ensemble des conférences, en revenant sur le problème du genre littéraire et en proposant une classification des passages du Nouveau Testament écrits dans une forme poétique ou en prose rythmée ; selon lui, l'idée d'une préexistence de ces passages doit être, sauf très rare exception, résolument abandonnée.

Cette opinion, qui témoigne d'une réorientation assurément salutaire de la recherche, peut néanmoins, si elle est poussée à l'extrême, causer une perte des acquis de l'histoire de la rédaction qui peut se révéler dommageable. En effet, tout comme c'est le cas pour les évangiles, on ne peut séparer diachronie et synchronie sans aplatir le sens, d'une manière ou d'une autre. Ce qui fait la richesse de ces textes où plusieurs strates sont repérables, c'est l'épaisseur historique que leur donnent les déplacements inévitables que provoque, dans un cas comme dans l'autre, l'intégration de matériaux traditionnels dans un nouvel ensemble littéraire ; c'est d'ailleurs bien à ce phénomène précis que la contribution de Michel Gourgues, qui concerne la deuxième épître à Timothée, veut avec raison nous rendre attentifs. Ces déplacements sont en outre témoins de la richesse concrète de la vie des chrétiens de l'époque, dans sa diversité et ses évolutions. Dans le cas des « hymnes » du Nouveau Testaments, un désintérêt excessif pour les contextes originels des passages concernés pourrait de ce point de vue conduire à oublier l'importance de leur éventuel terreau liturgique, ce qui est pourtant un aspect essentiel si l'on veut comprendre la forme poétique et la charge émotionnelle de ces textes. Michèle Morgen, qui veut montrer comment l'Apocalypse « fait » de l'hymne en tant qu'elle invite à entrer dans la louange de Dieu « et de l'agneau », et Elian Cuvillier, qui insiste sur la spécificité du langage « poético-mythique » employé dans l'hymne de l'épître aux Philippiens, évoquent, chacun à leur manière, les conditions anthropologiques qui font que la parole poétique, notamment en contexte liturgique, est celle qui convient le mieux à l'expression du divin.

Quoi qu'il en soit de cette dimension de la question, la concentration sur les fonctions des hymnes dans le contexte qui est aujourd'hui le leur a pour conséquence importante que ce recueil des contributions apportées au 22e congrès de l'ACFEB, qui comporte aussi nombre de séminaires sur le même sujet, tout aussi riches et fouillés que les grandes conférences, est bien loin de se réduire à un ensemble de micro-recherches ultra-sectorisées, mais traite au contraire les livres concernés dans toute leur intégrité, ce qui en fait un outil de grande valeur pour la recherche néotestamentaire en général. (S. Beauboeuf)
Niveau de lecture : exigeant


Et aussi

Roselyne DUPONT-ROC
"Saint Paul : une théologie de l'Église ?"
Cahier Evangile 147 (mars 2009), 96 p., 8 €

Jean-Marc PRIEUR
Les écrits apocryphes chrétiens
Cahier Evangile 148 (juin 2009), 72 p., 8 €



Rémi GOUNELLE et collaborateurs
"Lire dans le texte les apocryphes chrétiens"
Supplément au Cahier Evangile 144 (juin 2009), 180 p., 16 €









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