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Actualités bibliques Ouvrages bibliques recensés en 2009

Premier Testament 2009

Voici quelques ouvrages recensés dans les Cahiers Evangile de l'année 2009. Nous les avons aimés ou discutés. Ceux-ci concernent la Bible juive et l' AncienTestament des chrétiens.

Richard Simon
Histoire critique du Vieux Testament - Suivi de Lettre sur l'inspiration
Nouvelle édition annotée et introduite par Pierre Gibert.
Bayard, Paris, 2008, 960 p., 75 €

Rééditer aujourd'hui un ouvrage de 1678 ? Bibliste et historien, Pierre Gibert (P.G.) est convaincu de l'utilité de l'entreprise et s'en explique dans une copieuse introduction. Nous avons en effet ici une œuvre fondatrice de l'exégèse moderne. À l'époque, le tout puissant Bossuet la fit interdire au prétexte qu'elle représentait un danger pour la religion, car elle tendait « à affaiblir l'authenticité des saints livres ». L'accusation indique le lieu d'un malentendu qui n'est peut-être pas terminé. Les enjeux théologiques sont d'ailleurs développés dans la Lettre sur l'inspiration, dans laquelle R. Simon répond aux objections de l'abbé Pirot pour qui les résultats de la critique historique détruisent l'inspiration. Cette position a été, en gros, celle de l'Église catholique jusqu'à l'encyclique Divino afflante Spiritu de Pie XII en 1943.

La première partie de l'ouvrage traite « du texte hébreu de la Bible depuis Moïse jusqu'à notre temps » et explique, par son histoire, les nombreuses contradictions et obscurités dont le texte courant est affecté ; il faut, explique Simon, accepter de remettre en cause l'attribution du Pentateuque à Moïse et supposer une pluralité d'auteurs qui ont peu à peu construit le texte par ajouts et suppressions. C'est cette idée surtout qui a paru insupportable aux adversaires de Simon, d'autant plus que l'examen est mené avec érudition : reconstruire l'histoire du texte exige en effet de faire celle de ses supports, c'est-à-dire pratiquer la critique textuelle, mais aussi de pouvoir comparer toutes les versions anciennes, connaître les langues concernées etc. À cet égard, la méthode suivie par Simon reste valable, et la recherche n'a progressé que grâce au plus grand nombre de documents dont nous disposons aujourd'hui.

La deuxième grande partie du livre traite plus à fond les différentes versions du texte, tant anciennes que modernes, tandis que la troisième s'attache à définir une bonne méthode de traduction et passe en revue les différents types de commentaires de l'Écriture. Logiquement, Simon regrette que le sens littéral et historique ait été, depuis les Pères, le plus souvent méprisé ; le long succès du commentaire allégorique s'explique d'ailleurs autant par un souci apologétique ou pastoral que par la différence culturelle qui sépare le milieu d'origine de la Bible de celui où elle s'est finalement diffusée. Les multiples développements du sens, pour le pire ou le meilleur, doivent beaucoup à ce déplacement culturel fondateur.

La perspective dans laquelle se situe l'œuvre de R. Simon a finalement rendu la théologie plus lucide et plus mûre, à l'égard tant de son contenu que de sa méthode. Pour le contenu, la critique historique a eu pour effet de permettre une compréhension plus profonde de l'implication de Dieu dans l'histoire et donc de l'Incarnation. Mais la méthode y a elle aussi gagné ; paradoxalement, la lecture critique renforce la « sacralité » du texte en révélant son irréductible être historique. Quiconque s'en réclame ne peut le faire qu'à visage découvert, sans se l'annexer et en assumant ainsi pleinement sa responsabilité. Ceci vaut entre autres pour le Magistère qui a fini par reconnaître la légitimité de la démarche historique. C'est d'ailleurs parce que celle-ci demeure un rempart contre le fondamentalisme et l'intégrisme que la réédition de l'Histoire critique a paru à P.G. aussi utile qu'urgente. Elle est un passage obligé de toute réflexion sur l'exégèse. Les étudiants et les animateurs bibliques, effrayés par sa dimension et son prix, pourront toujours se référer aux extraits que P.G. lui-même a donnés dans le Supplément au C.E. n°125 (2003) : « L'invention de l'exégèse moderne. Les ‘livres de Moïse' de 1650 à 1750 ». (Stéphane Beauboeuf)
Niveau de difficulté : exigeant


Mario Liverani
La Bible
et l'invention de l'histoire
Éd. Bayard, Montrouge, 2008, 616 p., 28 €

Oltre la Bibbia. Storia antica di Israele : « Au-delà de la Bible, Histoire ancienne d'Israël » : le titre italien de l'ouvrage de M. Liverani, professeur d'histoire de l'Orient Ancien à l'université Sapienza de Rome est sans doute plus représentatif de son projet que le titre français.

Dans la première partie du livre (p. 63-270), le texte biblique est sollicité au même titre que d'autres sources documentaires et archéologiques pour restituer les grands « tournants » historiques de la période s'étendant du XIVe siècle avant notre ère à la conquête babylonienne : l'effondrement de la civilisation urbaine qui s'était constituée sur le territoire « cananéen » survient au moment où émergent de nouveaux groupes, d'origine tribale, dont la sédentarisation sur les hautes terres va conduire progressivement à la constitution de nouvelles entités politiques, de taille modeste : Israël d'abord (930-740), puis Juda, et, en Transjordanie, Ammon et Moab. Ces états, hormis Juda, ne survivent pas à l'expansion assyrienne, et à son corollaire, la déportation (p. 199-209). Si l'intermède entre l'expansion assyrienne et l'expansion babylonienne permet en Juda la réforme religieuse de Josias, le choc provoqué par l'expansion babylonienne conduit à la fin du système monarchique.

La deuxième partie de l'ouvrage (intermezzo, p. 275-335) montre comment l'événement de l'exil porte en germe les débats théologiques et les conflits d'identité de la période post-exilique. Car, pour M.L. l'historiographie biblique reflète essentiellement les préoccupations de l'époque perse (troisième partie : p. 339-507) et la réflexion des différents groupes qui, par la médiation de récits historiques, cherchent à exprimer et à définir leur identité théologique dans ce contexte nouveau. Le propos ne doit pas déconcerter, car il reflète les intuitions et les données de la recherche exégétique contemporaine : des traditions narratives anciennes sont relues, réinterprétées, complétées et réécrites au sein de compositions littéraires post-exiliques. Plus que d'une « invention » de l'histoire, il s'agit d'une « mise en récit » d'une réflexion théologique reflétant des prises de position diversifiées et cherchant à répondre aux défis de l'époque : la question de l'identité et des frontières de la communauté, celle de son organisation politique et religieuse, la question des relations entre les exilés et les autres groupes, etc... Ici, des références plus systématiques aux hypothèses concernant l'histoire de la composition littéraire du Pentateuque et de l'Ennéateuque, à la période post-exilique, auraient sans doute aidé le lecteur à mieux appréhender le lien entre critique historique et critique littéraire.

Le lecteur trouvera cependant dans l'ouvrage de M.L. une information riche,  présentée avec rigueur, résultant d'un travail critique et faisant droit à l'apport des travaux épigraphiques et archéologiques les plus récents. Une bibliographie détaillée offre de nombreuses pistes de recherche pour ceux qui souhaitent continuer l'étude après la lecture d'un livre qui n'est pas réservé aux spécialistes, et qui sera sans doute utilisé comme manuel de référence dans son domaine. Notons enfin que l'absence de documentation cartographique rend parfois nécessaire l'usage d'un atlas. (Olivier Artus)
Niveau de difficulté : moyen


André Wénin
La Bible
ou la violence surmontée
DDB, Paris, 2008, 253 p.,  20 €

Pourquoi la violence ? Pourquoi la violence dans la Bible, et particulièrement la violence de Dieu ? Face à ces questions, le croyant est décontenancé. Il peut réagir de deux manières : soit en laissant de côté ces nombreux passages où il est question de violence pour ne conserver que ceux qui conviennent à son approche de la Bible ; soit les prendre à bras-le-corps, en se demandant pourquoi ils sont dans la Bible.

André Wénin, bibliste enseignant à l'Université de Louvain (Belgique), travaille cette question depuis longtemps. Son livre, qui reprend plusieurs conférences, invite le lecteur croyant à s'impliquer dans la recherche du sens « de ce qui n'a pas de sens ». Il propose trois étapes : d'abord « quitter les chemins de malheur » (1e partie), pour nous retrouver sur « des chemins de bonheur » (2e  partie), et conclure par une réflexion sur la sagesse : « Mourir et naître : un art de vivre... l'espérance ». Citons un passage qui donne le ton de l'ensemble : « Une vision réaliste de la Bible lue dans son ensemble contribue à déconstruire les images que nous en avons et les images de Dieu que nous en tirons. Elle permet aussi à d'autres images d'émerger : elle n'est pas un livre de vérités religieuses, mais un livre qui reflète la vie des humains et leur histoire ; son Dieu n'est pas un "pur esprit" mais un Dieu qui s'implique corps et âme dans l'histoire, sans peur de "se mouiller", de se compromettre, même avec ce qui sème le malheur. » (p. 17). C'est dans cette vision réaliste de la Bible que A.W. nous fait entrer, par une écriture alerte qui n'abandonne rien des exigences de l'analyse narrative.

Son approche des récits bibliques fait parfois songer au travail des iconographes qui, par touches successives, vont du plus sombre au plus lumineux. Exemple : l'histoire de Joseph et de ses frères (Gn 39-50). A.W. commence, dans un chapitre intitulé « Au-delà de la violence, quelle justice ? » (p. 29ss), par nous livrer le fait divers mettant en scène ce jeune Joseph vendu comme esclave par ses frères. Quarante pages plus loin, on retrouve Joseph comme modèle de la lutte contre la convoitise humaine. Puis, plus loin encore, en une troisième évocation, il situe Joseph comme point central du devenir difficile de la fraternité. Pour y parvenir, écrit-il, « il doit trouver la voie d'une parole juste entre eux et lui » (p. 89). C'est, me semble-t-il, le souci permanent d'A.W. dans la méthode qu'il suit pour « traverser » la violence contenue dans la Bible. Pour lui, Dieu « ... ouvre aux humains une sorte de laboratoire où il est possible d'expérimenter la violence pour pouvoir en observer les ressorts et les mécanismes, pour apprendre à en mesurer les conséquences, et prendre conscience de ses probables dérives. » Un des plus beaux exemples de cette stratégie divine est sans doute le « chant du serviteur souffrant » (Is 52,13 - 53,12), poème du prophète Isaïe qui « dévoile avec force, au-delà d'une justice humaine tantôt défaillante, tantôt violente, une justice propre à Dieu, qui touche au cœur du violent pour le transformer et le détourner de ce qui le rend violent. » Voilà un parcours biblique original destiné à tous. (Maurice Autané)
Niveau de difficulté : aisé


André Wénin
D'Adam à Abraham ou les errances de l'humain. Lecture de Genèse 1,1 - 12 ,4
« Lire la Bible » 148, Éd. du Cerf, Paris, 2007, 254 p., 19 €.

Les onze premiers chapitres du livre de la Genèse sont parmi les plus lus et commentés de la Bible : Adam et Ève, le déluge, la tour de Babel... Peut-on encore écrire quelque chose de neuf sur ces pages, se demande peut-être le lecteur en voyant ce titre ? Qu'il lise ce livre d'André Wénin (A.W.), professeur d'Ancien Testament à l'Université Catholique de Louvain, qui, après avoir déjà publié une série d'articles sur des chapitres de la Genèse, propose une lecture unifiée et globale du cycle des origines.

L'introduction donne en quelques pages les clés de lecture essentielles, une sorte de « discours de la méthode » de l'auteur. Gn 1-11 sont des chapitres qui parlent moins des origines que de l'essentiel : vie et mort, amour et sexualité, vérité et mensonge, mal, souffrance et violence ; travail, vêtement et nourriture ; vie ensemble, lois et coutumes, bref tout ce qui fait la vie des humains hier comme aujourd'hui. L'approche mise en œuvre est celle de l'analyse narrative « mâtinée d'un peu de rhétorique sémitique », avec comme perspective de « laisser l'altérité du texte résister, de l'approcher avec un grand respect et une attention précieuse à sa matérialité. » Cela nous vaut de belles analyses littéraires de grande finesse et précision, avec aussi la présentation de structures de textes et des schémas qui mettent en évidence les parallélismes, des jeux de mots et de nombreuses explicitations de vocabulaire. Ces aspects littéraires sont au service d'un grand projet : l'unité de cet ensemble dit le projet d'alliance de Dieu avec l'humanité dans un monde où l'harmonie permet l'épanouissement de toute vie. Dieu indique ce chemin de vie en posant une limite à l'être humain qui le met en garde contre la convoitise  (symbolisée en premier lieu par le serpent) et conduit à la reconnaissance de l'altérité. Les chapitres du livre de A.W. suivent le texte biblique. La progression littéraire met en valeur les enjeux anthropologiques et théologiques de l'Ecriture. L'itinéraire montre comment, par ses « errances », l'humain a sans cesse contrarié les projets de Dieu qui, fidèle dans son alliance, les a réorientés jusqu'à la vie et la bénédiction qui atteignent Abram à travers l'ordre divin de Gn 12.

On l'aura compris : la lecture proposée par A.W. est riche. L'auteur lit les textes de très près par lui-même, dans la ligne de Paul Beauchamp qu'il cite à plusieurs reprises, marqué aussi par des approches psychanalytiques et juives. Le parti pris est celui de l'unité narrative (c'est ainsi que Gn 1-3 est d'abord présenté comme un ensemble plus que comme deux récits de création) et de la pertinence anthropologique. Ce sera pour le lecteur l'occasion de (re)découvrir des textes qu'il croit connus et d'interpréter, en les lisant, le monde qui est le nôtre aujourd'hui, avec sa vie, son autonomie et sa violence. (Joëlle Ferry)
Niveau de difficulté : moyen


La Bibliothèque
de Qumrân. T. 1 : Torah. Genèse.

Édition bilingue des manuscrits, à l'initiative d'André Paul, dirigée par Katell Berthelot, Thierry Legrand et André Paul. Texte, traduction, introductions et notes par une équipe internationale de chercheurs francophones. Le Cerf, Paris, 2008, 590 p., 89 €

Les éditions du Cerf ajoutent un beau fleuron à leurs éditions de textes anciens (Bibles, « Sources chrétiennes », « Bible d'Alexandrie », « Œuvres de Philon d'Alexandrie »). Le présent volume ouvre la publication intégrale des fameux manuscrits de la mer Morte, en hébreu ou araméen (voire grec) sur la page de gauche, avec la traduction française largement annotée en page de droite. Cette ambitieuse Bibliothèque de Qumrân devrait se composer au final de neuf volumes qui vont suivre l'ordonnance de la Bible hébraïque : trois volumes comportant les textes en lien avec la Torah, deux donnant ceux liés aux Livres prophétiques, trois sur les autres Écrits, et un dernier intitulé « Synthèse. Index et compléments ». Pour mener à bien cette longue tâche, André Paul - bien connu des lecteurs des Cahiers Évangile pour ses publications sur les écrits intertestamentaires et les manuscrits de la mer Morte - s'est entouré d'une équipe qui a tous les titres nécessaires pour réussir ; la jeunesse de la plupart d'entre eux (entre 30 et 45 ans) est aussi l'assurance que l'œuvre ne s'achèvera pas faute de combattants. Les études qumrâniennes ont de longs jours devant elles !

L'énoncé du plan de la Bibliothèque indique la nouveauté du projet qui, à côté des textes non bibliques souvent traduits, doit intégrer en effet les textes bibliques quand ils diffèrent du texte hébreu reçu (TM). En outre - et c'est surtout ce qui frappera le lecteur - les différents manuscrits ne sont pas classés selon leur genre littéraire ou la grotte où ils furent découverts, mais en fonction de leur lien thématique ou formel avec l'ordonnance de la Bible hébraïque. Les fragments du livre des Jubilés seront ainsi publiés dans le volume sur l'Exode. Quant aux œuvres comportant des prescriptions juridico-religieuses (halakha), elles seront regroupées à la fin du volume 3 qui clôturera la Torah ; ainsi la Règle de la Communauté, l'Écrit de Damas, le Rouleau du Temple, la Lettre halakhique (4QMMT). Avec les « autres Écrits » enfin, se trouveront non seulement des textes sapientiels et liturgiques, mais aussi des textes, tels les horoscopes, qui n'ont aucun lien avec un livre biblique.

Le contenu du premier volume, qui est consacré à la Genèse, permet d'entrer plus avant dans cette Bibliothèque de Qumrân. En tête vient la mention des manuscrits (souvent très fragmentaires) de la Genèse qui ont été découverts à Qumrân (20) et à Massada (1) ; ils ne sont ni reproduits, ni traduits car ils ne diffèrent que de façon minime du TM ; les curieux regretteront que chapitres et versets représentés ne soient pas cités. Puis sont publiés les manuscrits classés selon l'ordre de Gn. Chacun fait l'objet d'une courte introduction. La traduction est accompagnée de notes pour l'essentiel techniques.

Ne pouvant donner ici le détail de tous les manuscrits, signalons ici seulement les blocs d'importance, qui font d'ailleurs l'objet d'une introduction plus développée. Le premier (p. 13 à 151) offre le Livre astronomique d'Hénoch et, surtout, avec une introduction plus longue, le Livre d'Hénoch, un ouvrage dont les 108 chapitres nous sont connus par une traduction éthiopienne qui est reçue comme canonique par l'Église de ce pays ; les fragments de onze manuscrits araméens trouvés dans la grotte 4 attestent la popularité de l'ouvrage, certains datant de la fin du IIIe s. av. J.-C. Seul le « Livre des paraboles », une des cinq parties du Livre d'Hénoch, n'est pas attesté à Qumrân. Un second bloc (p. 153 à 243) est constitué par les fragments du Livre des Géants, dont le point de départ est Gn 6,1-4, texte qui introduit le récit du déluge. Mais, pour le lecteur peu initié aux textes de Qumrân, l'ouvrage le plus accessible est l'Histoire des patriarches (ou Apocryphe de la Genèse). Ce long récit midrachique de vingt-trois colonnes (p. 319 à 385) est une libre réécriture en araméen de Gn 5,28 à 15,4, avec au centre les figures de Noé et d'Abraham. Ce patriarche raconte notamment ce qui arriva, en raison de la beauté de Sara, chez le Pharaon (cf. Gn 12 ; 20) et comment il guérit ce dernier en pratiquant un exorcisme par imposition des mains (il faut lire les lire les colonnes 19-20, aux p. 361-373). Enfin, un quatrième bloc est constitué des manuscrits de la Guénizah du Caire (découverts à la fin du XIXe s.) et des fragments de Qumrân concernant le Document araméen de Lévi (p. 421 à 467), qui pourrait dater du IIIe s. av. J.C. Deux index (sources anciennes ; manuscrits de Qumrân) ainsi qu'une présentation détaillée des dix traducteurs viennent clore le volume (p. 553 à 583).

On referme le T. 1 de la Bibliothèque de Qumrân avec la certitude de posséder un instrument de travail indispensable : une édition de référence tant des textes araméens ou hébreux de Qumrân que de leur traduction française. André Paul et ses collègues souhaitent que leur travail serve à l'appropriation de ces textes anciens « par bien des personnes soucieuses de mieux connaître les racines lointaines de leur culture. » Au lecteur de vérifier que ce but est atteint. (Hugues Cousin)
Niveau de difficulté : exigeant


Walter Vogels

Les Prophètes

« écritures » 13, Lumen Vitae-Novalis, Paris, 2008, 166 p., 20 euros

Walter Vogels, professeur émérite à l'Université Saint-Paul d'Ottawa, offre à un large public une introduction au prophétisme biblique dans son ensemble. Il réédite ici son ouvrage de 1990 dans une version amplifiée (et une bibliographie mise à jour). Revu et corrigé, ce livre présente l'originalité de ne pas suivre le plan de la chronologie historique et littéraire habituellement suivi : des prophètes du VIIIe siècle jusqu'à ceux de l'époque post-exilique. W.V. est intéressé en premier lieu par les relations entre le prophète, Dieu et la communauté des croyants. D'où un plan du livre en trois grandes parties.

Après un chapitre introductif sur le prophétisme comme phénomène humain universel, dans le Proche-Orient ancien et les divers types de prophétisme biblique, une première partie est centrée sur les relations entre le prophète et Dieu, essentiellement à partir d'une étude des récits de vocation. L'originalité de W.V. est ici d'opérer un classement à partir des divers types de paroles que Dieu adresse aux prophètes. Comment devient-on prophète ? A partir d'une expérience irrésistible, de parole et de vision, dont des récits pluriels ont en commun de dire que Dieu en a l'initiative. La deuxième partie regarde la mission du prophète, envoyé à une communauté. Le prophète intervient, dans un message à la fois de malheur et d'espérance, au sein d'un peuple, dans les domaines politique, religieux et social. Ses critiques du roi, de la loi, du culte contribuent à la construction de la communauté comme peuple de Dieu. La troisième partie regarde la réception de la parole prophétique par la communauté. Les prophètes sont à la fois désirés et rejetés.

Ce livre trace un portrait renouvelé des prophètes en soulignant leurs interrelations avec la communauté : ils  ne sont pas seulement médiateurs entre Dieu et peuple ; la communauté joue un rôle actif par rapport aux prophètes : elle les reconnaît ou les rejette, les « crée » en fonction de ses besoins ou les oublie. Situations d'harmonies et de conflits alternent au cours de l'histoire. On peut ajouter que les communautés croyantes au fil des siècles en écrivant, en éditant et transmettant les œuvres prophétiques feront du travail d'écriture biblique l'achèvement de ce discernement prophétique.

Ce petit ouvrage se lit facilement. Comme l'écrit W.V, « il n'est pas destiné à l'expert mais au croyant ». (Signalons une erreur dans la bibliographie p. 163, les références sont aux Cahiers Évangile et non aux Cahiers bibliques) (J. Ferry)
Niveau de lecture : aisé

 




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