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Actualités bibliques Ouvrages bibliques recensés en 2009

Généralités 2009

 Quelques ouvrages pour aborder questions ou moyens d'analyse de la Bible entière.

Jean-Daniel Causse, Élian Cuvillier
Mythes grecs, mythes bibliques. L'humain face à ses dieux
« Lire la Bible » 150, Éd. du Cerf, Paris, 2007, 186 p., 17 €.

À l'origine des huit contributions de cet ouvrage, un cours public à la faculté de théologie protestante de Montpellier, pour aborder le problème du mythe. Cinq des auteurs enseignent à la faculté de théologie ou à l'université de Montpellier III. Ils se donnent comme point de départ que le mythe répond à la question de l'origine au moyen d'un récit indiquant que cette dernière est impossible à dire et à écrire.

En introduction, J.-D. Causse (J.-D.C.), professeur d'éthique, pose la question : « Quelle fonction attribuer aux mythes ? » Viennent alors trois contributions sur les mythes grecs. Catherine Salles et Pierre Sauzeau se posent la question de la croyance des anciens à leurs mythes, en soulignant notamment que ceux-ci ont été critiqués dès avant l'ère chrétienne au nom de la morale et de la raison ; le psychanalyste Pierre Guyomard s'attache pour sa part au mythe d'Antigone.

Les trois contributions suivantes se penchent sur les mythes bibliques. Dans « Le langage mythique de l'A.T. : un langage théologique incontournable », Dany Noquet refuse d'opposer mythe (Gn 1-11) et histoire (la suite de Gn, Exode...) ; il distingue entre un « langage mythique emprunté » aux représentations proche-orientales « pour dire la naissance du monde » (Gn 1-2) et « la fabrication d'un langage mythique pour parler de la fondation d'Israël et de la Torah ». Si le premier volet présente un dossier bien connu (cf. le Supplément aux C.E. n° 64 sur la création et le déluge...), le second est plus nouveau pour nombre de lecteurs ; il est étayé d'abord par une étude d'Ex 14 (la sortie d'Égypte), puis par une présentation de Moïse, qui « devient un personnage supra-humain de sa naissance à sa mort », « inaccessible historiquement, divinisé littérairement » dans le but de «  légitimer l'origine divine de la Torah et son autorité incontestable auprès de la communauté postexilique. » Cette relecture mythique permet aux rédacteurs bibliques de dire la présence de l'altérité, c'est-à-dire de Dieu dans l'histoire du peuple, de « partager une vérité plus vraie que la réalité. »

Élian Cuvillier (E.C.), professeur de N.T., donne une première contribution : « La résurrection de Jésus : un mythe ? » Il y défend l'hypothèse selon laquelle, dans le N.T., « les récits d'apparition du Ressuscité sont de nature mythique » et que les interpréter de la sorte constitue un « approfondissement » de la foi chrétienne. Pour étayer cela, E.C. revient d'abord (p. 116-120) sur le langage mythique qui est « une tentative de raconter quelque chose qui ne relève pas du savoir, mais de l'indicible et de l'irreprésentable, à savoir le rapport de l'homme à sa destinée et à l'altérité » ; il « appartient au registre de ce qui fonde la "vérité" d'une existence humaine. » « Le N.T. lui-même, dans son architecture globale, est un texte mythique. » Après avoir examiné la croyance en la résurrection et la signification que les premiers chrétiens lui accordaient, E.C. étudie alors les textes néotestamentaires (p. 122-141 : 1 Co 15,1-9 ; la source des logia ; Mc ; Mt ; Lc ; Jn ; Évangile de Pierre). Il tire trois conclusions. Seule la foi pascale des disciples est repérable historiquement. Deuxièmement, la résurrection de Jésus relève de la foi, et donc « l'énoncé "Christ est ressuscité" signifie "Je suis crucifié et ressuscité avec le Christ". Dit autrement : "Il n'y a d'événement pascal qu'au moment où Christ devient le nom de l'événement qui arrive, qui survient, c'est-à-dire qui rencontre un être humain et le modifie radicalement" » (E.C. cite J.-D.C.). La foi chrétienne naît « de l'expérience singulière et subjective de la rencontre avec le Ressuscité. »

Intitulée « Le langage mythique dans le N.T. Approche psycho-anthropologique de trois récits bibliques », la seconde contribution d'E.C. analyse d'abord Mc 5,1-20 (« un récit de création »), puis les récits synoptiques de la marche sur les eaux (« un mythe de résurrection et ses relectures »), et enfin le récit de Pentecôte (« le mythe de la naissance de l'Église »). Dans sa conclusion, « Le mythe comme langage des origines », J.-D.C. souligne les deux aspects du mythe. Celui-ci est « récit d'un "commencement qui n'a pas de commencement" parce qu'il est vécu par l'être humain comme toujours déjà là » ; il est aussi « le langage de l'origine comme "nouvelle origine", c'est-à-dire comme événement qui peut survenir en plein cœur d'une histoire ou d'une existence et qui opère une refondation. »

L'ouvrage donne parfois l'impression de tailler un habit un peu large à la notion de mythe (qu'entendre par « Le N.T. lui-même, dans son architecture globale, est un texte mythique » p. 119 ?) ; il peut lui arriver aussi d'opérer un saut dans une conclusion qui ne me paraît pas tirée des analyses qui précèdent (« Il n'y a d'événement pascal qu'au moment où Christ devient le nom de l'événement qui arrive, qui survient, c'est-à-dire qui rencontre un être humain et le modifie radicalement » p. 142). Mais ces réserves sont aussi une invitation à lire ces contributions qui ont un tout premier mérite : elles apprennent ou réapprennent à penser le langage mythique de façon positive. (Hugues Cousin)
Niveau de difficulté : moyen


Daniel
Marguerat, Yvan Bourquin
Pour lire les récits bibliques
4e éd. revue et augmentée, Le Cerf-Labor et Fides, Paris-Genève, 2009, 256 p., 29 €

Les éditions successives de ce manuel connu de tous les étudiants suivent les débats narratologiques. Ainsi les colloques du RRENAB de 2006 (sur le point de vue, voir C.E. n° 144, p. 61) ou de 2008 (sur l'intrigue, voir C.E. 149, p. 64) ont-ils amené les auteurs à préciser deux notions importantes : la tension narrative et le point de vue. Cela nous vaut une dizaine de pages supplémentaires avec exercices nouveaux et glossaire modifié. Dans les deux cas, l'exégèse biblique dialogue avec la recherche en littérature. La notion de « tension narrative » (où l'on trouve les phénomènes de suspense, de curiosité et de surprise) permet d'intégrer les émotions du lecteur dans l'examen de l'intrigue, souvent réduite au seul schéma quinaire, très pratique mais finalement assez formel (p. 69-75). Il y a là un enrichissement réel de l'analyse. Quant à l'exposé du « jeu des points de vue » (« qui perçoit l'événement ? »), il corrige ce que le vocabulaire de la « focalisation » pouvait encore avoir d'ambigu. Il prend place dans le chapitre consacré aux personnages (p. 101-107) mais il le dépasse car, à côté des points de vue des personnages, il insiste sur les points de vue évaluatifs du narrateur qui, parfois, portent plus sur l'action ou le cadre que sur les personnages. Sur ces deux notions, on saura gré aux auteurs d'avoir su éviter des présentations trop techniques. L'exposé est commenté, comme toujours, par des exemples : Mc 5,1-20 (exorcisme en pays gérasénien) pour la tension narrative, Ac 12,4s (l'arrestation de Pierre) pour le point de vue. On le voit, ce sont les engagements du narrateur et du lecteur qui sont ainsi précisés. Le reste de l'ouvrage a été peu remanié et sa qualité pédagogique et ludique (les dessins de F. Clerc) est intacte. La bibliographie a bien évidemment été mise à jour. (Gérard Billon)
Niveau de difficulté : moyen

 
Marc Alain Ouaknin
Les mystères de la Bible

Éd. Assouline, Paris, 2008, 448 p., 26 euros

Marc Alain Ouaknin est rabbin et docteur en philosophie, professeur associé à l'université de Bar-Ilan (Tel-Aviv). Les premières lignes de son ouvrage racontent comment la famille de sa mère fut cachée pendant la seconde guerre mondiale, par le chanoine Vancourt, professeur à la Catho de Lille, puis par des chrétiens du Pas de Calais. Cette dédicace émouvante donne le ton d'un livre chaleureux, ouvert, original. Il s'intéresse à la Bible des juifs aussi bien qu'à celle des chrétiens pour faire, dit-il, « une petite visite dans la bibliothèque de Dieu ; le personnage central du présent ouvrage est le livre lui-même, la Bible en tant qu'objet, écrit, publié, traduit, transmis, lu et commenté. Cette histoire du texte biblique chante sur douze notes de la gamme suivante : nommer, structurer, rédiger, transmettre, officialiser, traduire, comparer, éditer, lire, critiquer, commenter, archiver. »

Tels sont les titres des chapitres. Nonobstant ce fil conducteur, il faut bien reconnaître que les sujets traités apparaissent dans un certain désordre. En fait le lecteur est invité à fureter dans une sorte de bric-à-brac de questions très diverses. Sans doute quelque bibliste (chrétien) sourcilleux bondira-t-il au vu de telle ou telle lacune, de telle ou telle prise de position, de telle ou telle imperfection au niveau  éditorial ;  mais je n'en ferai pas ici l'inventaire, car l'essentiel n'est pas là. L'essentiel tient à ceci :

- d'abord une grande qualité pédagogique, orientée vers un public très large. Il pose une foule de questions que tout le monde se pose - sauf peut-être les lecteurs des Cahiers Évangile ? - et dans les termes où les gens se les posent. Par exemple, au chapitre « rédiger », tout simplement : « À quelle date fut rédigé l'Ancien Testament ? Qui a écrit l'Ancien Testament ? Qui a écrit le Nouveau Testament ? »

- ensuite une grande quantité d'informations : de nombreuses pages font le  point de manière tout à fait passionnante sur des thèmes comme les manuscrits et les éditions de la Bible, la Bible hébraïque et sa lecture à la Synagogue, la littérature talmudique, et ainsi de suite.

Autre aspect intéressant : un manque total de complexe dans l'utilisation de sources multiples : depuis les ouvrages bibliques et philosophiques les plus classiques jusqu'aux sites Internet dans toute leur diversité. Sur certains thèmes l'auteur a rédigé lui-même, sur d'autres, il reproduit un article bien choisi de tel ou tel spécialiste. Ce à quoi s'ajoutent beaucoup d'illustrations et de petites notes diverses. Bref, un ouvrage « différent », attachant et qui fait réfléchir. (P. Agneray)
Niveau de lecture : aisé

 
Françoise Mies (éd.)
Bible et art, L'âme des sens

« Le livre et le rouleau » 34, Presses Universitaires de Namur, Lessius, Bruxelles, 2009, 171 p. + 24 illustrations en couleurs, 19 €. 

Ce volume est le dernier d'une collection offrant sous une forme développée la publication de cycles de conférences Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, consacrées à la confrontation entre la Bible et un certain nombre de disciplines concernant « le savoir, l'expression et l'action ». Chaque volume porte un titre en deux volets : « Bible et... ». Le premier de la série traitait de « Bible et littérature ». Ici, la perspective est plus large, faisant place aux arts visuels et à la musique.

François Bœsplfug se saisit de la question fondamentale : « La Bible encourage-t-elle l'activité artistique ? » Il examine d'abord successivement, à la manière des scolastiques médiévaux, les arguments qui feraient pencher pour une réponse positive et ceux qui appuieraient une réponse négative. Puis il étudie un cas particulier montrant comment la tradition chrétienne a utilisé la Bible comme réservoir de sujets : l'iconographie de la Pentecôte. En conclusion, il synthétise les éléments de réflexion auxquels le conduit sa démarche : si la Bible n'encourage pas l'activité artistique, « elle fait plus et mieux : elle inspire ».

Benoît Van den Boosche se penche sur les relations entre Bible et sculpture au Moyen Âge. Rappelant l'interdit biblique de l'image sculptée en Ex 20,4 et Dt 5,8 il propose une visite guidée du répertoire d'œuvres en trois dimensions qu'offre l'art chrétien occidental du IVe au XIVe siècle. À l'aide de multiples exemples, il montre comment l'iconographie se fait, suivant les cas, narrative, typologique, dogmatique. Faisant appel à des sources diverses, incluant la littérature apocryphe, elle crée parfois de véritables traditions d'interprétation.

La contribution d'Yvette Vanden Bemden reste dans l'horizon médiéval avec l'art du vitrail, dont elle présente deux facettes : image et lumière. Après quelques considérations sur l'histoire du vitrail du XIIe au XVe siècle, elle passe en revue un certain nombre de thèmes bibliques, notamment les arbres de Jessé et les présentations de personnages mettant en  relation A.T. et N.T.

Madeleine Zeller offre une présentation de Marc Chagall. Après avoir noté l'importance de la Bible et de la tradition juive dans l'itinéraire personnel et dans l'œuvre de l'artiste, elle commente douze toiles du Message Biblique de Nice dont les sujets sont empruntés à la Genèse et à l'Exode. En décrivant cet univers mystérieux et fascinant elle signale la place faite à la croix dans différents tableaux.

Le dernier chapitre est dédié à la musique, sous la signature de Philippe Charru : « De la lecture des Écritures à l'écoute de la Parole de Dieu dans la musique de Jean-Sébastien Bach ». Après nous avoir fait prendre conscience de l'organisation de l'espace dans l'Église saint Thomas de Leipzig, le musicologue nous invite à réfléchir au lien entre « croire » et « écouter » dans la tradition théologique luthérienne. Il décrit ensuite un trait de l'écriture musicale de Bach : le « figuralisme », comportant deux facettes, un jeu sur des discontinuités et une disposition en chiasme. Une illustration en est fournie par le motet « Jesu, meine Freude » dont le texte s'inspire à la fois de l'épître aux Romains et d'un cantique de Johann Franck.

Une belle réalisation d'ensemble qui invite à la découverte et à l'approfondissement. La lecture de ce volume, dont le vocabulaire n'est pas trop technique, apporte à la fois des éléments d'information fort utiles et un questionnement théologique stimulant. Les illustrations fournies en annexe permettent de prolonger la contemplation et la réflexion. (M. Berder)
Niveau de lecture : moyen

 




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