![]() |
||||||||||
|
||||||||||
Accueil | Plan | Nous contacter | Recherche | Textes bibliques Nouveau Testament 2008 Voici 8 ouvrages qui ont été recensés dans les Cahiers Évangile en 2008. Il portent tous sur le Nouveau Testament ou les débuts du christianisme.
Issu de conférences données à Louvain, l'ouvrage réjouira étudiants et animateurs bibliques à la recherche de synthèses enlevées. Les auteurs s'en sont tenus strictement aux évangiles, en débordant toutefois le cadre canonique. En effet, J.-M. Sevrin s'attache au « Jésus secret » de l'apocryphe Évangile selon Thomas. Après un exposé sur la nébuleuse gnostique, il tire les conséquences de l'absence de narrativité caractéristique de ce type de recueil : « Jésus n'agit pas, n'a pas d'histoire » (p. 139) et le lecteur est invité lui-même à sortir de l'Histoire concrète pour suivre « le Vivant » qui « se dérobe à qui n'a pas la connaissance » (p. 142). Ce désengagement - a-t-il disparu aujourd'hui ? - interroge la foi chrétienne, d'autant que l'évangile selon Thomas est parfois proche de certains textes canoniques. Les autres contributions le soulignent : s'il y a une vérité « évangélique », elle passe par la prise en compte de la narrativité du destin de l'homme de Nazareth. Et y a-t-il prise en compte plus adéquate qu'un récit ? Jésus ne s'enferme pas dans le portrait ainsi configuré. Le récit est donc pluriel. Mais que l'on ne s'attende pas ici à l'expansion universitaire de formules ramassées telles que « Jésus, Maître d'Israël » pour Matthieu, « paradoxal et énigmatique » pour Marc, « offrant le salut de Dieu » pour Luc, « Fils unique racontant le Père » selon Jean. Autant que le sujet peint (Jésus), les quatre études analysent avec soin, parfois avec jubilation, la main des quatre peintres. Elles orientent également notre regard vers le lecteur idéal attendu par de telles œuvres. On a là, sans jargon, le meilleur du croisement entre méthode historique et approche narrative. Pour en tirer profit, il faut cependant sans cesse regarder le texte biblique, tant sont nombreuses les références. C'est toujours le macro-récit qui est envisagé bien que D. Marguerat « zoome » sur la parabole des invités au festin (Mt 22,2-14) et C. Focant sur la syrophénicienne, Bartimée et l'onction à Béthanie (Mc 7,24-31 ; 10,46-52 ; 14,3-9). D. Gerber n'hésite pas (en 20 pages seulement !) à couvrir l'ensemble des deux tomes de Luc. Après avoir repéré en Lc 1-2 les traits salvifiques de Jésus (dans la polyphonie des « voix » du narrateur et des personnages), il montre comment ils se vérifient dans la suite du récit. Y.-M. Blanchard s'attache, en Jean, à l'intrication des titres, ceux que donne le récit à Jésus : Messie, roi d'Israël, et celui qu'il se donne : Fils - titre qu'il confiera à ses disciples. Au passage, on notera l'importance des débuts de chaque évangile où sont livrées les clés de lecture. À lire sans tarder. (Gérard Billon)
Daniel Gerber (D.G.), professeur à la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg et auteur de nombreux travaux sur l'œuvre de Luc, nous livre ici un ouvrage important par son caractère synthétique et par la méthode employée. Comme l'indique son sous-titre, il s'intéresse à la manière dont l'auteur de Luc-Actes propose à son lecteur une présentation organisée et cohérente de la venue de Jésus de Nazareth comme événement de salut, prenant sens dans le cadre d'un projet divin concernant Israël et l'humanité entière. Dans son introduction, D.G. mentionne le débat, parfois très vif, qui s'est engagé entre exégètes sur la place à accorder à la croix dans la présentation du salut dans l'œuvre de Luc. On a souvent traité le problème sous forme d'alternative entre « théologie de la croix » et « théologie de la gloire ». L'hypothèse exposée et argumentée tout au long de cet ouvrage est que la thématique du salut dans Luc-Actes ne se concentre pas uniquement sur la mort et la résurrection de Jésus. Elle se déploie de manière très large à travers l'ensemble de sa vie, notamment par des traits liés à ce qu'on peut désigner comme sa « venue » : naissance, entrée en scène et activité publique. En conformité avec le fait que l'œuvre à Théophile se présente comme un « récit ordonné », D.G. privilégie dans son étude les outils offerts par l'analyse narrative, sans exclure des considérations sur l'insertion du texte dans l'histoire. La démarche de l'ouvrage suit une progression logique qui prend en compte la lecture suivie du récit de Luc. Elle se décline en quatre étapes. La première partie, consacrée à Lc 1-2, est intitulée : « l'événement initial ». L'attention se porte sur le « faire de Dieu » et souligne les dimensions christologiques de ces deux chapitres. Dans la section suivante, qui traite de Lc 3-24 (« l'événement en action »), l'auteur passe en revue un certain nombre de péricopes qui font appel à différents vocables liés au thème de la venue de Jésus. Sont examinés successivement les témoignages fournis par Jean-Baptiste, par Jésus lui-même, puis par d'autres acteurs. La troisième partie consiste en une lecture des Actes : « l'événement proclamé ». L'essentiel de cette section porte sur les discours d'annonce d'Ac 2-13. Au terme du parcours, la dernière partie recueille les observations effectuées et les regroupe dans une reprise synthétique : « L'importance de la venue de Jésus dans le dessein sotériologique de Dieu ». Une brève conclusion met en valeur l'aspect cohérent et délibéré de l'accentuation sotériologique du récit de Luc. D.G. signale lui-même deux prolongements possibles de son enquête : l'étude du lien entre la venue de Jésus et la suite de sa destinée jusqu'à la parousie ; le repérage de cette même thématique dans l'ensemble du N.T. Nous disposons là d'un ouvrage de grande qualité, à conseiller à toutes les personnes qui veulent lire de manière précise et rigoureuse l'œuvre de Luc. La présentation et la rédaction sont soignées, bénéficiant de l'expérience pédagogique de l'auteur. Précisons qu'il recourt régulièrement à des citations en grec, en prenant la peine de fournir les références, ce qui permet au lecteur non familier avec cette langue de trouver des points de repère. La préface, très laudative, de D. Marguerat aide à situer ce travail dans l'histoire récente de l'exégèse de Luc. Parmi les heureuses formules de ces pages de présentation, je citerais volontiers la phrase suivante (p. 10) qui a l'avantage de faire saisir en quelques mots l'originalité de la perspective de Luc : « Si Marc écrit un évangile où la vie de Jésus est une longue annonce du sens de sa mort, Luc écrit une œuvre où la mort de Jésus est l'aboutissement d'une vie qui produit le salut. » (Michel Berder)
Voilà la première partie du grand œuvre du professeur de N.T. à la Faculté de Théologie de Zürich qui, depuis bientôt vingt ans, consacre la majeure partie de sa recherche à la littérature johannique. Il s'agit du commentaire de la... seconde partie de l'Évangile selon Jean, le travail sur les ch. 1-12 n'étant pas encore achevé. Jean Zumstein (J.Z.) s'en explique : cette inversion dans l'ordre de publication « n'est pas privée de sens dans la mesure où une lecture attentive du quatrième évangile montre que la clef herméneutique de l'évangile est donnée dans les discours d'adieu. » Cela explique pourquoi le volume ne comporte pas d'introduction. Pour voir la façon dont le travail est conduit, prenons la première péricope : Jn 13,1-20. Après la traduction du texte (avec en notes les problèmes textuels) et la bibliographie, c'est d'abord « l'analyse » ; celle-ci commence par donner « la structure et la description du texte », puis elle s'intéresse au « texte dans son devenir » pour déboucher sur « l'hypothèse littéraire » de l'auteur. Il est donc fait droit aux théologies des différentes couches interprétatives présentes dans le récit. Vient alors le temps de « l'explication », le plus long ; on n'oubliera pas en effet que « le texte saisi dans son état final constitue de facto une nouvelle unité de sens parfaitement cohérente » (p. 22). L'explication se fait au fil de la structure : le prologue (v. 1-3), la scène du lavement des pieds (v. 4-5) qui appelle des remarques (les parallèles historico-religieux ; qu'entendre par ce geste symbolique ? un récit surdéterminé par la thématique de la Passion), la première interprétation (v. 6-11), la seconde (v. 12-17), l'annonce renouvelée de la trahison de Judas et l'appel à la foi (v. 18-20). Le tout s'achève par une conclusion d'une bonne page, elle-même bien structurée. Sept excursus font le point sur des données littéraires (structure de la comparution de Jésus devant Pilate) ou thématiques (le Paraclet). Celui consacré à la fonction du code symbolique en Jn 19,16b-22 est particulièrement révélateur de ce qui fait la qualité et la rigueur de l'exégèse de J.Z. Il ne parle pas d'interprétation symbolique de façon arbitraire, comme c'est souvent le cas chez les lecteurs de Jn ; empruntant sa définition à P. Ricœur, il voit dans les symboles des expressions à double sens où « le sens second ne se laisse découvrir qu'en passant par le sens premier » (p. 240). Il n'est pas question de partir dans tous les sens ! Au bout du compte, nous avons là un commentaire fort lisible par un large public. Il est complet, car tout en faisant droit aux recherches sur la préhistoire du texte johannique, et notamment aux relectures de l'interprétation de l'évangéliste par la rédaction finale, il privilégie l'étude du texte dans sa teneur actuelle. C'est un très beau et très utile travail. (Hugues Cousin)
Pour le jubilé de la naissance de l'Apôtres des nations, nous disposons d'excellents ouvrages dont certains viennent d'être réédités comme M.-F. Baslez, Saint Paul, artisan d'un monde chrétien (Fayard 2008) ou M. Quesnel, Saint Paul et les commencements du christianisme, (DDB 2008). Celui de C. Reynier (C.R.) a la particularité de mettre l'accent sur la pédagogie, avec des pistes pour travailler soi-même les textes bibliques, dans la ligne de la collection « Pour lire... » où il s'insère. C.R. enseigne l'exégèse biblique au Centre Sèvres à Paris et n'en n'est pas à son premier livre sur St Paul. Elle a déjà publié, entre autres, L'évangile du Ressuscité (Éd. du Cerf 1995) et un commentaire : L'épître aux Éphésiens (Éd. du Cerf 2004 ; voir C.E. 131, 2005, p. 63). Il lui revenait de rendre accessible à un public plus large la théologie de Paul dans ses lettres. Pour lire saint Paul se présente autant comme une introduction à la vie de Paul et à ses écrits que comme un outil de travail pour aborder le texte biblique. Il peut donc se parcourir aussi bien à travers une lecture continue que par mode de recherche à partir d'un thème ou d'une référence biblique. Idéal pour des animateurs bibliques ou les simples curieux (qui apprécieront la soixantaine d'encadrés) ! Le lecteur devra pour cela se familiariser avec quelques sigles symbolisant soit un approfondissement du thème, soit le commentaire de citations, ou renvoyant à des pistes de travail personnel. Dans chaque partie, des sigles renvoient régulièrement à des données complémentaires situées dans les autres parties du livre. Voilà de quoi découvrir à la fois la figure de Paul (première partie) son itinéraire missionnaire (deuxième partie ; à vous de retracer ses voyages successifs sur la carte des pages 36-37) et son œuvre (troisième partie où chaque lettre est présentée). Des cartes, une chronologie, des encadrés permettent de situer les données du point de vue géographique et historique. De nombreux passages des lettres sont commentés et on peut y accéder à partir d'un index en fin d'ouvrage. La quatrième partie, plus thématique, intitulée « Les lignes directrices du message paulinien », dégage des éléments clés, parfois polémiques, de la théologie paulinienne : la justification, le jour du Seigneur, Paul et les femmes, etc. Un glossaire favorise l'accès aux termes récurrents du langage paulinien. L'ouvrage vient à point nommé. Petit regret : les pistes de travail restent souvent très générales et invitent plus à lire des chapitres dans les épîtres ou à comparer des textes qu'à approfondir un texte en lui même. (Sylvie Mériaux)
Cet ouvrage se présente comme un recueil de dix-huit articles publiés par Daniel Marguerat (D.M.) entre 1988 et 2006. Il comporte quatre parties, suivies par un très abondant index scripturaire. Dans la première partie, après avoir situé l'originalité du Jésus historique, qui « hérite à la fois du discours de sagesse et de l'impétuosité prophétique », le professeur de Lausanne s'interroge : les recherches sur le Jésus de l'histoire sont-elles utiles ou nuisibles à la foi ? La réponse est claire et nette : « Je refuse résolument le divorce de l'histoire et de la théologie : la quête du Jésus historique est nécessaire à la théologie, car elle obéit à une logique d'incarnation ». C'est l'objet des chapitres 3 et 4. La deuxième partie est consacrée au « géant » du christianisme que fut Paul de Tarse. Au fil des chapitres, se dessine une conviction : Paul « fut grand par l'emprise de son œuvre missionnaire. Il fut grand surtout par la force pénétrante de sa réflexion théologique, qui même si elle fut contestée déjà de son vivant, constitue l'un des pôles auxquels se fixa l'identité chrétienne ». Si les chapitres consacrés au « retournement » qu'a représenté la conversion de Paul sur le chemin de Damas sont particulièrement suggestifs, ceux qui évoquent la dimension mystique de Paul, ou sa tendresse à l'égard des communautés le sont tout autant. Dans un registre très différent, parce que relevant essentiellement de l'approche narrative et non plus historique, D.M. s'intéresse, dans la troisième partie, aux évangélistes Marc et Matthieu. Avec deux questions préalables : Comment le texte agit-il sur le lecteur ? Plus exactement : Quel type de lecteur cherche à construire la stratégie narrative déployée dans le texte ? Dans la quatrième partie de l'ouvrage, qui aborde l'œuvre de Luc, D.M. plaide pour l'attribution à Luc du titre de « premier historien du christianisme ». Particulièrement éclairant est ici le chapitre consacré à l'image de Paul dans les Actes des Apôtres. On y découvre comment Luc « confère à la figure de Paul une dimension emblématique de l'identité chrétienne (...), Paul incarnant à la fois la continuité avec Israël et la nouvelle initiative de Dieu pour le salut du monde ». L'image lucanienne d'un christianisme intégrateur, en qui peuvent se fondre l'histoire particulière d'Israël et l'universalité romaine, trouve ainsi dans la figure de Paul sa concrétisation et son anticipation. À la lecture de cette trop rapide présentation, on aura compris l'importance et la richesse de cet ouvrage, remarquablement documenté, qui nous fait pénétrer dans ce premier siècle « où le christianisme se prépare à devenir un mouvement religieux autonome, mais ne l'est pas encore ». C'est l'aube du christianisme. Le dialogue entre l'Église et la Synagogue est toujours ouvert, même s'il est irrémédiablement conflictuel. Le christianisme cherche son identité entre Rome et Jérusalem, et des théologiens de très haut niveau - Paul, Marc, Matthieu et Luc - produisent des écrits où se fixe la mémoire chrétienne. (Pierre Debergé) Ce livre offre une double particularité. D'une part, il se présente sous une forme originale : c'est une œuvre de fiction rédigée par un universitaire juif d'aujourd'hui, connu par de multiples travaux sur le judaïsme ancien. Jacob Neusner (J.N.), né en 1932 aux États-Unis, se déclarant croyant et pratiquant, appartient au judaïsme réformé. Il offre au lecteur un récit dans lequel il s'imagine comme auditeur de Jésus, le Jésus de l'Évangile selon St Matthieu, en Galilée, écoutant son message et entrant en discussion avec lui. L'auteur déclare que son but est « d'aider les chrétiens à devenir de meilleurs chrétiens » et « d'aider les juifs à devenir de meilleurs juifs ». D'autre part, cet ouvrage a été lu et commenté par le pape Benoît XVI dans son ouvrage Jésus de Nazareth (voir C.E. 141, p. 129-134), en des termes qui traduisent la forte impression qu'il a ressentie en découvrant ces réflexions. Un tel écho ne pouvait manquer d'attirer l'attention sur ce texte. De nouvelles éditions et traductions voient le jour. La première publication de J.N. datait de 1993. La présente traduction en français est réalisée d'après une édition révisée parue à Montréal en 2001. L'ensemble comporte 10 chapitres, écrits d'une plume alerte. J. N. évite les débats techniques et les références aux travaux d'érudition, mais il prend la peine de citer intégralement de nombreux passages de la Bible et des principales sources anciennes de la tradition orale du judaïsme. Dans le premier chapitre (intitulé « Viens, discutons ensemble »), il évoque son propre cheminement et s'exprime sur son projet. Les premières lignes donnent le ton : « Dans ce livre j'explique de façon simple et directe, sans polémique, pourquoi si j'avais été en Terre d'Israël au 1er siècle, je n'aurais pas rejoint le cercle des disciples de Jésus. » Divers dossiers sont abordés successivement, prenant appui sur des paroles de Jésus extraites du Sermon sur la Montagne ou d'autres pages de Matthieu : la paix, les relations familiales, le sabbat, l'appel à la sainteté, la valeur des Dix Commandements, la dîme, la nourriture, etc... J.N. déclare partager de nombreuses convictions et orientations exprimées par Jésus, en signalant un certain nombre de parallèles dans la tradition vivante du judaïsme. Mais il attire l'attention sur ce qui constitue pour lui le problème principal : la posture qu'adopte Jésus. Pour J.N., Dieu a donné au Sinaï, par Moïse, une Torah différente de celle que Jésus enseigne. Le message de Jésus lui paraît s'adresser essentiellement de manière individuelle à des croyants, sans prendre suffisamment en compte l'aspect collectif du peuple d'Israël en tant que tel. Il estime aussi que, lorsque Jésus parle du Royaume de Dieu, il n'accorde pas assez de valeur aux décisions concrètes pour « ici et maintenant ». Le dernier chapitre du livre met en scène la séparation : Jésus prend la route de Jérusalem, tandis que son interlocuteur, après lui avoir « souhaité beaucoup de bonnes choses » rentre à la maison. Ce livre est « provocateur », si l'on donne à ce mot un sens positif. Avec ses limites assumées et ses audaces, il invite à opérer des déplacements dans le temps, dans l'espace, mais surtout dans la manière d'écouter la voix de l'autre, de l'Autre. Pour de nombreux lecteurs, il offrira l'occasion de découvertes, de surprises, de chocs peut-être. Chacun peut chercher comment en prolonger la lecture : se reporter aux sources pour en discerner les multiples interprétations, réfléchir à ses propres prises de position, et poursuivre en notre temps un dialogue respectueux entre juifs et chrétiens. (Michel Berder)
L'ouvrage offre la traduction intégrale des quarante-six écrits découverts à Nag Hammadi en décembre 1945 et de deux autres, en partie parallèles, appartenant au manuscrit copte de Berlin. On n'y trouvera pas donc pas l'Évangile de Judas, texte édité et traduit récemment, gnostique certes, mais appartenant au codex Tchacos (voir C.E. 137, p. 127). Certains des textes ici donnés ont déjà fait l'objet de traductions françaises dans des éditions savantes, voire grand public, tel l'Évangile selon Thomas ; cette célèbre collection de 114 «paroles cachées de Jésus le Vivant » était d'ailleurs déjà parue en 1977, avec une traduction et une annotation différente, dans les Écrits apocryphes chrétiens I de « La Pléiade ». Signalons aussi l'importante anthologie « Nag Hammadi. Évangile selon Thomas. Textes gnostiques aux origines du christianisme », Supplément au C. E. n°58 (1987) ; J.-D. Dubois et R. Kuntzmann, deux des éditeurs du présent volume, en étaient les auteurs. Ce Supplément garde toute son utilité. En une soixantaine de pages, plusieurs dossiers introduisent l'édition de « La Pléiade ». Le premier présente « gnose et gnostiques aux premiers siècles chrétiens » ; le second s'intitule « Écrits gnostiques et témoignages patristiques ». Le troisième présente « le séthianisme et les textes séthiens » (du nom de Seth, fils d'Adam et Ève, considéré par certains comme porteur du caractère divin, perdu à la suite de la chute originelle). Le quatrième, le mouvement valentinien ; le cinquième, les autres écrits gnostiques ; le sixième, l'hermétisme. Le dernier, « Recherches ascétiques et relectures gnostiques », explique notamment pourquoi le présent volume publie aussi les textes non gnostiques appartenant au corpus de Nag Hammadi, comme par exemple l'Extrait de la "République" de Platon ou les Sentences de Sextus. Cela permet de voir comment la gnose a fait son miel de textes de provenances diverses et d'étudier le corpus comme un tout ; c'est la raison pour laquelle notre volume présente les œuvres dans l'ordre qui est celui des codices. Chaque œuvre s'ouvre par une notice (de une à vingt-sept pages) qui dégage le genre littéraire, le plan, le milieu et la date, les intentions et la doctrine de l'écrit ; suivent une note brève sur le texte et une abondante bibliographie. Enfin la traduction de chaque œuvre s'accompagne de notes copieuses. Le corpus de Nag Hammadi date d'une époque où la gnose est sur le déclin (les manuscrits furent enfouis fin du IVe-début du Ve s.) ; il recueille des textes qui proviennent de courants gnostiques différents et appartiennent à des genres littéraires divers : évangiles et actes apocryphes, apocalypses, dialogues de révélation, homélies, rituels initiatiques, catéchèses ou exposés didactiques. Voici quelques exemples. Le Traité tripartite (NH I,5), le plus long de ces écrits, est une somme de théologie gnostique d'un maître valentinien. Le Livre des secrets de Jean, représenté par quatre témoins en deux recensions très différentes (NH II,1 ; III,1 ; IV,1 ; BG 2), est une « Bible gnostique » qui veut « brosser un panorama exhaustif de l'histoire, des origines "jusqu'à maintenant", mais, de plus, qui entend montrer que cette histoire ne fait que reproduire dans le monde sensible un modèle conçu dans l'intelligible » (B. Barc). L'Évangile de Philippe (NH II,3), lui, ouvre une fenêtre sur la sacramentaire gnostique. C'est dire si les notices et les annotations sont, pour le lecteur, indispensables à la compréhension ! Par exemple, la notice de l'Évangile selon Thomas invite le lecteur à ne pas lire ce recueil en logia (paroles) isolés, mais à le prendre dans son ensemble, en fonction de la clé herméneutique qu'est le logion n° 1. L'ouvrage se clôt par une bibliographie générale et, surtout, par des outils de travail absolument indispensables : 130 pages d'index des noms, des textes anciens, ainsi qu'un index thématique. Un ouvrage austère, certes, mais qui ouvre sur un monde dont nous sommes largement ignorants et qui a des prolongements actuels... (Hugues Cousin)
Martine Dulaey (M.D.), directeur à l'École Pratique des Hautes Études (section des sciences religieuses) et spécialiste de Saint Augustin, avait publié, en 2001, dans la même collection économique un inédit : « Des forêts de symboles ». L'initiation chrétienne et la Bible (Ier - VIe siècles). Le volume qui vient de paraître procède de la même démarche : introduire aux grands thèmes de la foi chrétienne à travers les interprétations symboliques écrites et imagées des premiers siècles, sachant leur fécondité intellectuelle et artistique. M.D. agit ainsi en historienne mais aussi en pédagogue, soucieuse de rappeler les racines religieuses de la culture occidentale. L'allégorie antique n'aurait pu se développer sans la puissance visuelle de certains récits bibliques. Dans son premier ouvrage, M.D. recueillait les images les plus connues : Jonas, le rocher de Moïse, le sacrifice d'Abraham, Daniel dans la fosse aux lions, Noé, Adam et Ève, Lot et sa femme, David et Goliath. Présentes en particulier dans l'art funéraire, elles sont pour nous un bon exemple de la lecture « typologique » des Anciens qui, dans les récits de l'A.T., discernaient le modèle en creux du salut divin accompli en Jésus le Christ. Le catalogue raisonné établi par M.D. était étayé par de courtes citations allant en gros de Clément de Rome (Ier siècle) à Isidore de Séville (VIIe siècle). Un seul chapitre intriguait, celui consacré au « bon pasteur », image issue des évangiles. Les chrétiens reprenaient là un symbole païen (Orphée) mais sans jouer de l'allégorie. Le symbole du bon pasteur n'aurait pas détonné dans le volume paru en 2007, plus original, axé sur Jésus médecin. C'est en effet la compassion pour des foules « sans berger » qui enclenche un long enseignement puis la multiplication des pains (Mt 14,14). Pains multipliés, vin de Cana, guérisons de paralytiques et d'aveugles, résurrections : pour les liens entre santé et salut et, d'une autre manière, entre lettre et esprit, physique et spirituel, il y a là une mine ! La figure de la Samaritaine s'y raccroche par la thématique du don de la vie. Par contre, il est moins facile, même sous le titre « Emmanuel, ‘Dieu-avec-nous' » de justifier dans ce cadre la présence de la Nativité et de l'Adoration des mages (chap. 1). À la fin d'un C.E. où il a été question de la résurrection de Lazare, lisons les p. 153 à 178. M.D. commence par présenter non le texte-source en son entier mais le passage qui, selon elle, a été le plus souvent commenté : Jn 11,32-44. Son étude comprend alors sept titres : Lazare, gage et image de la résurrection / La r. de Lazare, figure du baptême / R. de Lazare et réconciliation des pénitents / « Lazare, sors ! » / « Dégagez-le et laissez-le aller » / La r. de Lazare et la vie spirituelle / La r. de Lazare dans l'iconographie. Sous chacun des six premiers titres, sont classées quelques idées-forces témoignant de la puissance symbolique de l'épisode (là un résumé de l'opinion de tel Père, ici une brève citation de tel autre). Le dernier titre décrit plusieurs images (sarcophages, peintures, mosaïques mais l'illustration est réduite à trois vignettes) dont la symbolique est étayée par de nouvelles citations patristiques. Au final, on a une présentation analytique qui paraît exhaustive (mais que sont devenues Marthe et Marie ?). Certains préféreront des dossiers plus anthologiques (comme les Suppléments aux C.E. - non cités en bibliographie, malgré les numéros sur Les bergers et les mages, Cana, la Samaritaine). En effet, l'accumulation des citations brèves empêche de bien saisir le cheminement de la pensée des auteurs invoqués. Quoiqu'il en soit, nous avons là un excellent répertoire, bourré d'informations de première main. Il se consulte plus qu'il ne se lit et, vu son petit prix, il fera le bonheur des étudiants intéressés par la réception des textes bibliques ou l'histoire de l'art. (Gérard Billon)
Bernadette ESCAFFRE Page suivante : Ouvrages bibliques recensés en 2009 © 2010 S.B.E.V. et ISCAM-production Les textes, les cartes, dessins et images sont la propriété du Service Biblique catholique Evangile et Vie (S.B.E.V.), 8, rue Jean Bart - 75006 Paris, tél. 01 42 22 03 89. La reproduction est autorisée à des fins non commerciales et à la condition de citer l'auteur (le cas échéant), le propriétaire (Service Biblique catholique Evangile et Vie) et le site (bible-service.net). Nous contacter Site réalisé sur plate-forme ISCAM-ICOLEIS (ICOLEIS SARL Identifiez-vous |
|