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Nos revues Le B.I.B. (Bulletin d'Information Biblique) BIB 72 (Juin 2009)

La fraction du pain et le repas du Seigneur d’après la première lettre aux Corinthiens
(N.B. Le style des notes de conférence a été conservé)
Si Paul parle effectivement de « pain rompu » en 1 Co 10,17, il emploie l’expression plus large de « repas du Seigneur » en 1 Co 11,20 pour désigner le partage du pain et de la coupe.
Comme cela a été rappelé en introduction, les deux traditions reprises en 1 Co 10,16 et 1 Co 11,23b-25 apparaissent en des contextes différents : la première figure dans l’ample développement consacré aux nourritures sacrifiées aux idoles (1 Co 8,1 – 11,1) ; il est fait usage de la seconde dans le cadre de la dénonciation – du point de vue de Paul – d’un grave disfonctionnement (1 Co 11,17-34). D’emblée, on relèvera que le désaccord entre Paul et les Corinthiens ne porte pas sur le sens théologique du repas du Seigneur, mais sur ses implications directes au niveau de la vie civile ou de la vie communautaire.
Lecture de 1 Co 10,14-22
Ce passage tire la leçon de ce qui a été évoqué juste avant, à savoir le contre-exemple d’Israël au désert où le peuple a communié avec le veau d’or. Lue sur cet arrière-plan, l’exhortation pressante de Paul à fuir l’idolâtrie au v. 14 n’est que plus solennelle encore. On notera surtout l’emploi, au v. 16, du terme koinônia, « communion, avoir part », dans les deux questions au sujet de la coupe et du pain, un mot sur lequel l’apôtre s’appuie pour enjoindre aux v.20b.21 : « Je ne veux pas que vous entriez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire à la fois à la coupe du Seigneur et à la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la fois à la table du Seigneur et à celle des démons ».
La participation au repas du Seigneur constitue donc pour Paul un marqueur d’identité exclusif, qui pose une limite claire et ferme : on ne peut désirer être en communion avec le Seigneur et vouloir participer aux rituels dédiés aux divinités païennes. Et tant pis pour les mets alléchants servis à l’occasion de telles cérémonies !
A-t-on accordé suffisamment d’attention au bref commentaire de Paul apporté au v. 17 ? L’interprétation de cette phrase est, à mon sens, lourde de signification dans le débat sur l’intercommunion entre chrétiens de traditions différentes. Permettez-moi de traduire littéralement ce verset, pour mieux faire ressortir ce sur quoi Paul insiste : « Parce qu’un pain, un corps les nombreux forment, car tous à un unique pain nous avons part ».
Employé sans caractérisation explicite, le mot « corps » désigne ici l’unité organique des « nombreux » qui « ont part » au même pain eucharistique. Mais faut-il comprendre que le partage du pain a pour fonction d’entretenir seulement une unité constituée au préalable sur une autre base ? Faut-il considérer au contraire que, du point de vue de Paul, le partage du pain crée en lui-même une unité ? On l’aura compris : opter pour la première interprétation peut justifier le refus de l’intercommunion ; opter pour la seconde lecture est une invitation à vivre l’intercommunion.
Autre sujet : que s’est-il donc passé à Corinthe pour que Paul réagisse de façon aussi sévère en 1 Co 11,17-34 ?
Lecture de 1 Co 11,17-34
L’apôtre déplore en ce passage le maintien des clivages sociaux dans le contexte du repas du Seigneur. Ce qu’il dénonce d’une manière très vague tout d’abord – « vous vous réunissez pour le pire » (v. 17b) – est ensuite exprimé par les pluriels « divisions » (v. 18b) et « scissions » (v. 19) avant d’être explicité au v. 21b par deux verbes opposés et caricaturaux : « avoir faim » et « être ivre ».
L’histoire sociale et l’archéologie1 nous apprennent de fait que « la simple organisation matérielle favorisait de telles déviances […]. Puisque les églises bâtiments n’existaient pas encore, on se réunissait dans des maisons particulières appartenant aux chrétiens les plus riches, […] construites à la manière romaine. […] Une quarantaine de personnes pouvaient, en se serrant, tenir dans [l’atrium, la] cour [centrale]. Il existait aussi une salle à manger, le triclinium, meublé de [quelques] banquettes [seulement]. Les habitudes sociales des Corinthiens ne sont pas tombées du jour au lendemain […]. Le propriétaire […] continuait à recevoir ses amis devenus chrétiens dans la salle à manger ; tandis que les autres, moins fortunés, s’entassaient dans l’atrium. La nourriture qu’il fournissait était certainement meilleure et plus abondante que les provisions apportées par les gens de condition plus modeste. Et en outre […] ses amis […] pouvaient arriver plus tôt, dès trois heures de l’après-midi, l’heure habituelle où l’on invitait pour un banquet. Dans l’atrium au contraire, les employés arrivaient quand ils avaient terminé leur travail, c’est-à-dire beaucoup plus tard2 ».
La première condamnation formulée par Paul est d’ordre moral : le mépris des membres de l’église qui n’ont rien (v. 22b). Mais la vraie gravité ne sera exposée aux v. 27-32 qu’après le rappel des « paroles d’institution ». Ce qui est fondamentalement mis en cause par l’apôtre en ce passage, c’est l’ « indignité » (v. 27) du maintien des clivages sociaux ordinaires dans l’assemblée chrétienne, alors qu’en Christ, tous sont égaux. Pour Paul, l’accueil mutuel et l’attention portée les uns aux autres est une impérieuse nécessité, une condition sine qua non, pour que le repas du Seigneur puisse avoir lieu pour le meilleur et non pour le pire.
L’apôtre insiste donc tout particulièrement à la fois sur l’exclusivité de la communion avec le Seigneur et sur les nécessaires implications communautaires du partage du pain et de la coupe. © Daniel Gerber La fraction du pain et le repas du Seigneur d’après la première lettre aux Corinthiens. BIB n° 72, p. 13-14.
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