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Nos revues Les Suppléments aux Cahiers Évangile Suppl. au n° 146 : La Bible lue au temps des Réformes (XVIe siècle)

La Bible a-t-elle été mise à l’Index par l’Église catholique ?

Cette affirmation, qu’on entend parfois, n’est heureusement pas exacte. Elle a pu être diffusée à des fins de propagande anti-catholique, et ensuite par simple ignorance. Ni le texte hébreu, ni le texte grec, ni la version latine de la Vulgate, attribuée à saint Jérôme, n’ont jamais été interdits à qui que ce soit. Il est vrai cependant que les catalogues de livres prohibés qui précédent la création d’un Index en 1558 puis l’Index officiel promulgué en 1564, intègrent dans leur liste certaines traductions latines ou en langues nationales de la Bible, qui paraissent aux théologiens catholiques contenir des interprétations contraires à la compréhension fondée sur la tradition qu’en a l’Église romaine. Aucune traduction n’est neutre, on le sait.

Ce qui a également pu occasionner une telle méprise, c’est que l’usage des traductions de la Bible en langue vernaculaire a été de fait réglé par des prescriptions contenues dans la Préface de l’Index romain de 1564, et reprises ensuite.



“Index” du concile de Trente (1564), Règle IV
Comme il ressort manifestement de l’expérience, si les saintes Bibles en langue vulgaire sont permises à tous sans discernement, il en résulte, du fait de l’imprudence humaine, plus de dommage que de profit. Qu’on s’en tienne donc, en cette matière, au jugement de l’évêque ou de l’inquisiteur ; ils pourront permettre, après avis du curé ou du confesseur, la lecture des saintes Bibles traduites en langue vulgaire par des auteurs catholiques, à ceux qu’ils auront jugés capables de fortifier ainsi leur foi et leur piété, et non d’en éprouver du dommage. Ils devront recevoir cette autorisation par écrit.

Qui osera lire ou posséder ces Bibles sans cette permission ne pourra recevoir l’absolution de ses péchés avant d’avoir remis ces volumes à l’évêque du diocèse. Quant aux libraires qui vendraient des Bibles en langue vulgaire à des gens non munis de cette autorisation, ou les leur procureraient par quelque moyen que ce soit, qu’on leur retienne le prix de ces livres pour que l’évêque emploie cette somme à des fins pieuses ; et ensuite, à l’appréciation de l’évêque et en fonction de la nature du délit, qu’ils soient soumis à d’autres peines. Cependant, les religieux, avec la permission de leur supérieur, pourront lire ou acheter ces Bibles.




La règle IV prévoit donc la possibilité d’une autorisation de l’évêque, sur avis favorable du curé ou du confesseur, de lire des Bibles traduites " par des auteurs catholiques " s’ils jugent la personne capable de " fortifier sa foi " par cette lecture. Mais la règle fut durcie en 1590 puis en 1596 en réservant l’autorisation au Saint-Siège lui-même. La lourdeur de la procédure devenait franchement dissuasive et a certainement accentué la séparation des clercs et des laïcs, ou plus exactement des savants et des simples. La règle fut diversement appliquée, durcie en Espagne, plus souple en France.

Il est vrai qu’il y eut toutefois des exceptions généralisées. Ainsi les catholiques anglais, souvent réfugiés à l’étranger, avaient accès, pour parer à toute éventualité dans la controverse et l’évangélisation, à une Bible catholique, dite de Reims-Douai, du nom des séminaires d’exil où elle fut composée, publiée en 1582 pour le Nouveau Testament et en 1609 pour l’Ancien. Traduite sur la Vulgate, mais avec une connaissance des textes originaux, accompagnée de notes qui défendent la doctrine catholique, cette version est un texte de combat aussi bien que d’édification. Au moment de la révocation de l’Édit de Nantes en France, en 1685, des milliers de Nouveaux Testaments et de Psautiers en français furent distribués aux nouveaux convertis, qui abjuraient le protestantisme. En 1757, Benoît XIV donne la permission générale de lire la Bible en langue vulgaire, pourvu qu’elle soit assortie de notes orientant l’interprétation vers la Tradition catholique.

Il ne faut pas nier cependant que les prescriptions dissuasives, qui ont engendré la norme et la pratique usuelle, ont créé dans le catholicisme jusqu’au XIXe siècle, une certaine réticence face à la lecture du texte même de l‘Écriture, dont l’usage personnel et familial semblait plutôt de type protestant.




© Guy Bédouelle, " La Bible lue au temps des Réformes ", Supplément au Cahier Évangile n° 146 (pages 87-88 [Encadré]).







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