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- Nos revues - Le B.I.B. (Bulletin d'Information Biblique) - BIB 68 (juin 2007)
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Fondamentalisme et Bible

Le fondamentalisme est un phénomène mondial qui touche toutes les religions. Il se rencontre sous diverses formes, tant dans le christianisme que dans l'islam, l'hindouisme, le bouddhisme et même l'athéisme… En ce qui nous concerne, il lance un véritable défi à l’apostolat biblique. Tel est l’objet de cette contribution de L. Legrand qui porte tout d’abord un diagnostic précis sur ce phénomène.

Diagnostic

1. Une quête de sécurité

Même en choisissant de nous limiter au fondamentalisme biblique chrétien, nous ne pouvons le dissocier du contexte plus global dans lequel il se situe.

Le fondamentalisme n'est pas un phénomène purement " spirituel " et religieux. Il a de profondes racines sociologiques et anthropologiques que je laisse aux spécialistes plus compétents que moi dans le domaine des sciences humaines. Mais une évaluation purement théologique se doit néanmoins de prendre en compte le fait que le fondamentalisme est l'expression d'une crise culturelle. Dans le contexte de sociétés qui perdent leurs références traditionnelles, il exprime un sentiment de vide. C'est d'ailleurs pourquoi le fondamentalisme est un phénomène largement urbain, puisque c'est dans ce contexte que la crise se fait plus particulièrement ressentir. Parfois ce sentiment de confusion ambiante donne naissance à une contre-culture s'opposant à une société qui semble avoir perdu le contrôle de sa destinée. En contexte chrétien, cette vision pessimiste et antagoniste du monde trouve une expression dans le genre apocalyptique. Comme leurs prédécesseurs juifs des temps anciens qui se coupaient du reste du monde sur les bords de la mer Morte, les fondamentalistes agressifs contemporains se considèrent comme engagés dans " la guerre " qui oppose " les fils de la lumière aux fils des ténèbres ".

Dans un environnement chrétien, ces causes socio-anthropologiques ont également une dimension ecclesiologique. Une enquête effectuée en 1996 par Jnana Vidhya-Deep (Pune), et présentée à la Conférence des évêques catholiques de l'Inde, révèle que les motifs déterminants qui attirent les gens – chrétiens et non chrétiens – vers le néo-pentecôtisme et les amènent à abandonner leurs Églises d'origine sont principalement " l'expérience de la communion fraternelle ", et " les structures non autoritaires " lesquelles sont évoquées au moins aussi fréquemment et même davantage que " la place centrale accordée à la Bible ".

Dès lors le fondamentalisme apparaît comme l'expression d'une quête de sécurité que ne procurent plus ni la société ambiante ni les structures religieuses traditionnelles. Dans les " religions du livre ", islam et christianisme, cette quête de sécurité prend la forme d'un attachement toujours plus intense au livre – Coran ou Bible – qui cimente l'identité collective et fournit une réponse sécurisante à l'âme déconcertée. Il est intéressant de constater que dans l'hindouisme, la même quête de sécurité et la même affirmation identitaire se centrent sur les symboles religieux : temples ou statues. La crise causée par la destruction de la mosquée de Baber à Ayodhya en Inde du Nord en décembre 1991 fournit un exemple frappant et symptomatique d'un certain " revival " hindou, qui met l'accent sur les aspects extérieurs de la religion. Ce parallèle entre l'attachement à la lettre du livre chez les musulmans et les chrétiens, et aux signes religieux dans l'hindouisme est très révélateur. Quelles que soient les différentes formes prises par cette recherche – dans la parole écrite pour les religions dites du livre, ou dans les objets de culte pour les religions plus attachées aux symboles visuels – il existe une convergence profonde dans la quête de supports tangibles quand le monde alentour semble s'écrouler.

2. Les paroles et la Parole

En même temps, cette convergence révèle ce qu'il y a d'idolâtre dans le fondamentalisme, qui recherche la sécurité dans les objets plus que dans la réalité vivante qu'ils symbolisent. En ce qui concerne l'hindouisme, le fanatisme qui mena à la destruction de la mosquée d'Ayodhya se démarque grandement de l'esprit qui animait les grands réformateurs hindous du XXe siècle, essayant de revivifier la foi de leurs contemporains en partant de " l'intérieur ". Pour ce qui est de l'islam, je laisserai à des gens plus compétents que moi le soin d'aborder la question. Mais en ce qui concerne le parallélisme entre le fondamentalisme biblique actuel et le fanatisme hindou contemporain, je dirai qu'il me semble présenter une sorte d'image en miroir de la même tendance, consistant à chercher un refuge dans la matérialité des objets religieux et à rejeter leur visée symbolique. Nous avons là quelque chose qui correspond à la définition de l'idolâtrie. Le terme peut paraître trop fort pour s'appliquer à ce type de dévotion envers la Bible, mais il correspond pourtant bien à ce que cette dernière en dit. L'idolâtrie consiste à chercher un refuge dans les ouvrages faits de mains humaines plutôt que dans le Dieu transcendant vers lequel ils font signe. Il n'y a dans mes propos aucun mépris " catholique " pour les Écritures. D'ailleurs, le mot " idolâtrie " ne vient pas de moi. Je l'ai emprunté à un auteur protestant qui évoque une double tentation : côté catholique, celle d’ " idolâtrer " l'Église considérée comme " détentrice et maîtresse de la vérité " ; côté protestant, celle d’ " idolâtrer " l'Écriture, " identifiée à la Parole de Dieu " (M. Bouttier).

Les fondamentalistes blâment les catholiques de leur " idolâtrie " envers les images et les statues. Mais faire de la lettre de la Bible un absolu est également une attitude idolâtre. Car, autant que dans le culte des images, c'est oublier la réalité qui se trouve au-delà des signes, l'Évangile au-delà des évangiles, la Parole au-delà de la " lettre écrite avec de l'encre " (2 Co 3, 3).

Luther rejoint cette vision des choses quand il dit : " L'Évangile ne se confond pas avec ce qu'ont écrit Matthieu, Marc, Luc et Jean... Il est la parole qui communique le Fils de Dieu... L'Évangile n'est pas contenu dans la lettre des livres, mais bien plutôt dans la prédication, la parole vivante, la voix qui retentit par toute la terre. "

Ailleurs, il explique que les Écritures ne sont que la mangeoire dans laquelle est couché Jésus. Sans la mangeoire, on ne pourrait pas le trouver. Toutefois, la paille n'est pas l'enfant Jésus. Le christianisme n'est pas une religion du livre. C'est une religion de la Parole et non de mots imprimés sur du papier ou, comme le dit saint Bernard, la religion " non pas d'une parole écrite et muette mais du Verbe lui-même, incarné et vivant ". Ce qui ne veut pas dire que le Livre n'a pas sa place dans l'économie chrétienne. Il l'a, mais en tant que " signe ", tout comme les sacrements, le culte et la vie de l'Église. Il a une valeur, non en lui-même, mais dans la mesure où il conduit au Verbe. Jésus n'a pas écrit. Il était le Verbe.

Comme le dit saint Augustin : " Le fruit de la foi est que nous parvenions à la vie éternelle, là où on ne nous lira plus l'Évangile mais où apparaîtra Celui qui nous a donné l'Évangile. Alors il n'y aura plus de pages à tourner, la voix du lecteur et celle du prédicateur se seront tue " (Sur Jean 22,2).



© Lucien Legrand, “Fondamentalisme et Bible” (extraits). Pour l’intégralité du texte, voir B.I.B. n° 68 (juin 2007), pages 1-8.




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