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Accueil | Plan | Nous contacter | Recherche | Textes bibliques Leçon 1 : la guérison d’un enfant possédé (Mc 9, 14-29) [Seconde partie]
Le modèle narratif Le modèle narratif propose quatre phases qui permettent de passer d'une situation initiale problématique à une situation finale où le problème est soit résolu, soit déplacé. 1) La prise en main du problème (ou manipulation). Le père cherche un médecin-exorciste pour guérir son enfant. Les disciples, en l'absence de Jésus, pourraient faire l'affaire. Mais ils échouent. Comme Jésus est de nouveau là, le père essaye de le persuader d'intervenir. 2) L'acquisition de compétences pour réussir l'opération. Un savoir (les symptômes, les antécédents) sert au diagnostic. Et un pouvoir, qui s'avère, d'après Jésus, le fait d'être croyant. 3) La transformation est réalisée par l'ordre donné par Jésus et la sortie consécutive de l'esprit. 4) La sanction (au sens d'établissement d'une vérité et non pas de punition d'un coupable). La guérison est reconnue par les disciples. Jésus fait connaître que pour évaluer son action, il faut se reporter à autre chose qu'une simple action de recouvrement de la santé. Il faut se tourner vers Dieu par la prière. Jésus fait référence à un Autre. Dans une certaine mesure, le texte est conforme au modèle narratif, ce qui assure un minimum de lisibilité pour des lecteurs habitués à entendre des histoires. Mais le schéma narratif est perturbé à plusieurs reprises, du hit de la dimension discursive. Perturbations du schéma narratif Première perturbation. Le schéma narratif est perturbé d'abord au niveau de la compétence. Le père cherche un thaumaturge puissant pour guérir son enfant. Or Jésus révèle qu'une autre compétence est nécessaire pour ce type de maladie : la foi. Le père alors, dans une même phrase, affirme sa foi et l'appel à Jésus pour guérir son absence de foi ! La situation est étrange. Le père aurait-il la compétence pour guérir son fils ? Apparemment pas. Le père faisait appel à Jésus pour guérir son fils malade, il fait appel maintenant à lui pour guérir son absence de foi. La maladie du fils et l'absence de foi du père sont-elles alors liées ? Deuxième perturbation. Elle apparaît au moment de la guérison. Avec la sortie de l'esprit, cause avérée de la maladie, le problème initial devrait être résolu. Or ce qui arrive semble pire : l'enfant passe pour mort. Jésus doit intervenir pour montrer qu'il n'est qu'endormi. Sur ce, l'enfant se relève. L'expulsion de l'esprit, absolument nécessaire, est insuffisante. Jésus a bien précisé à l'esprit : " ...et n'y entre plus ". Le fils serait-il si vulnérable ? Il ne suffit pas d'expulser temporairement l'esprit, mais il faut agir de sorte que celui-ci ne puisse jamais revenir. Peut-être cette vulnérabilité a-t-elle à voir avec l’absence de foi du père... ou de toute la " génération " comme le laisse entendre Jésus à celui-ci (v. 19). Troisième perturbation. Elle se lit dans la phase de sanction. Nous aurions attendu que Jésus soit reconnu comme un héros, comme celui qui est plus fort que les esprits récalcitrants. Reconnu par le père, par la foule, par les disciples et peut-être par les scribes. Mais, à la maison, Jésus révèle à ses disciples interrogateurs que le genre d'esprit en question ne peut être expulsé que par la prière. Étrange, car il n'est pas dit que Jésus lui-même ait prié ! Qu'est donc cette prière ? Ainsi est introduit, à la fin du texte, un autre personnage, non nommé : Celui qu'il faut prier. La logique narrative porte des traces de perturbations impliquées par le niveau discursif. Il est temps d'y revenir.
Dans cette première leçon, nous ne nous intéresserons qu'à une des figures du texte : celle portée par le fils possédé. La figure du fils possédé Pour la foule, l'enfant est l'occasion d'être témoin d'un miracle, de quelque chose d'extraordinaire. Pour le père et les disciples, il est un corps victime d'une maladie due à un parasite qui s'est introduit en lui, parasite caractérisé par le mutisme. Le lecteur pourra aussi poser son diagnostic sous la forme d'une maladie neurologique appelée épilepsie - certaines bibles y invitent en donnant comme sous-titre " guérison d'un enfant épileptique ". Entre vie et mort. Avec Jésus, qui interroge le père sur l'histoire de la maladie, l'enfant apparaît comme le lieu d'un combat entre le désir de vivre et le désir de mourir. En effet, l'enfant est toujours vivant, et pourtant il a été poussé dans le feu et l'eau à maintes reprises. Les symptômes révèlent aussi ce combat : il s'agite comme un vivant qui essaierait de parler sans y arriver, et il se dessèche comme un cadavre. On découvre aussi avec Jésus que le mutisme est dû à une surdité (v. 25). Si le fils ne parle pas c'est peut-être qu’il n’a pas pu entendre de la parole dès son enfance. Il eût fallu pour cela que le père soit le sujet d'une parole, ce qui ne semble lui arriver qu'au moment où, entendant Jésus, il lui répond : " Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ". Engendré par l'incrédulité. Le fils n'est pas seulement un cas pathologique exceptionnel. Par la façon dont le texte le met en scène, il apparaît comme une expression, une représentation, une symbolisation - en un mot, une figure - de ce qu'est, au fond, la condition humaine quand elle est engendrée dans l'incrédulité. Elle est tiraillée entre la vie et la mort, elle peine à articuler des paroles vraies, elle s'agite dans tous les sens. L'originalité de cette guérison Une promesse. Il y a guérison puisque l'esprit muet et sourd, obéissant à l'ordre de Jésus, sort de l'enfant. Mais elle n'est pas une solution comme telle à la pathologie qui apparaît chez les fils d'une génération incrédule. Il y faut un relèvement, une résurrection, sinon le remède pourrait apparaître pire que le mal. Tentons l'hypothèse suivante : la guérison d'un fils d'humain sorti d'une génération sans foi est un prémice, une promesse, l'annonce d'une résurrection à venir. La foi. Cette révélation n'est pas pour tous, mais pour les disciples dans le cadre restreint de la maison, où Jésus dévoile, à mi-mots, ce qu'il en est réellement : la maladie évoquée ici est celle qui atteint tout humain comme fils, et il y faut une " médecine " particulière. Elle est rendue possible par ce que le texte nomme " foi ". Qu'est cette foi, soutenue par la prière ? L'attente de ce qui vient et non pas d'un préalable, comme pour les scribes qui attendent le retour d'Élie (Mc 9, 1l). La guérison qui nous est contée témoigne du fait qu'Élie est déjà venu : elle est le signe que la résurrection est déjà à l'œuvre, même si elle n'est pas encore complètement manifestée. Dans l'épisode précédent, Pierre, Jacques et Jean, sur la montagne de la Transfiguration, en ont eu un aperçu. Si foi et prière se rejoignent, au moins chez quelques-uns, il est alors possible que le corps d'un Fils ressuscité arrive dans ce monde. La tâche essentielle des disciples - et des lecteurs aujourd'hui - est d'en témoigner. © Cécile Turiot, Cahier Évangile n° 139 (mars 2007) pages 11-13 Page suivante : Leçon 4 : le veau d’or (Ex 31, 18 – 32, 29) © 2006 S.B.E.V. et ISCAM-production Les textes, les cartes, dessins et images sont la propriété du Service Biblique catholique Evangile et Vie (S.B.E.V.), 8, rue Jean Bart - 75006 Paris, tél. 01 42 22 03 89. La reproduction est autorisée à des fins non commerciales et à la condition de citer l'auteur (le cas échéant), le propriétaire (Service Biblique catholique Evangile et Vie) et le site (bible-service.net). Nous contacter Site réalisé avec la plate-forme de publication web ICT/ISCAM-PRODUCTION Identifiez-vous |
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