Service Biblique Catholique Evangile et VieService Biblique Catholique .
Evangile et Vie
.
Evangile et Vie Evangile et VieLa Bible, c'est quoi ?Nos revuesPrier avec la BibleVoyages bibliquesDe vous à nous . .
.
Accueil | Plan | Nous contacter | Recherche | Textes bibliques
- Nos revues - Le B.I.B. (Bulletin d'Information Biblique) - BIB 67 (décembre 2006)
-
La Parole de Dieu dans les cultures

Par Lucien Legrand, Missions Étrangères de Paris, Bengalore (Inde)

Conseiller pour des projets de traduction œcuméniques dans les différentes langues de l’Inde, le P. Legrand aborde le problème de la traduction de la Bible. En passant d’une culture à l’autre, que se passe-t-il ? Ne navigue-t-on pas entre deux pôles, celui de l’incarnation de la Parole de Dieu et celui de la critique prophétique ? (extraits d’une conférence donnée le 15 sept. 2005 à Rome)

Entre incarnation et critique prophétique

[…] L’anthropologie définit la culture comme " cet ensemble complexe incluant le savoir, les croyances, l’art, l’éthique, les lois les coutumes, ainsi que les autres capacités et habitudes acquises par une personne, en tant qu’elle appartient à une société donnée ". En ce sens, " le fait de culture est commun à tous " et ne présente que des variantes imputables " au modèle particulier de culture ". […]

Traduction et culture

Après avoir été consignée dans les Écritures " à bien des reprises et de bien des manières " (He 1, 1), la rencontre initiale de la Parole de Dieu avec les cultures va se trouver engagée dans un processus de traduction. Pour la plupart, la traduction va de soi. Nous affirmons " avoir " la Bible en anglais, chinois, tamoul, etc. Or, à chaque étape de sa réalisation, la traduction est lourde d’implications culturelles.

1. Les options de base

Avant d’entreprendre une traduction, il est important d’en déterminer les options fondamentales.

Notons que la décision même de réaliser une traduction peut déjà représenter une option culturelle d’ordre critique. Les cultures dominantes ont tendance à s’arroger tous les monopoles et à assimiler les cultures qui ne jouissent pas du même statut. Certains pays d’Asie comptent de nombreux groupes tribaux ayant leur propre langue. Le traducteur de la Bible et les autorités partenaires doivent-ils se porter au secours de ces cultures minoritaires, quitte au besoin à écrire un texte pour rendre la Parole de Dieu accessible à chacun dans sa propre langue ? Ou au contraire, doivent-ils favoriser l’intégration de ces groupes dans la culture nationale dominante en fondant des écoles : hindoues, bengalaises, vietnamiennes, chinoises ? Nous sommes là en présence d’un dilemme culturel et politique aux enjeux risqués. […]

Le ciblage d’une traduction a également des implications culturelles et politiques. La traduction doit-elle adopter ce langage hautement poétique habituellement utilisé dans les textes religieux en Asie ? Ou au contraire, doit-elle opter pour une langue populaire en courant le risque d’être banale, sous prétexte que la Parole de Dieu s’adresse à tous et rejoint les gens dans les circonstances les plus ordinaires de leur vie ? […] Les anciennes traductions tamoules, par exemple, faisaient en sorte d’utiliser le plus de mots sanscrits possibles, adoptant le modèle brahmanique privilégiant cette langue. En tamoul la tendance actuelle, soutenue par des mouvements politiques puissants, est de revenir aux racines dravidiennes du " pur tamoul ", jusqu’à prendre le risque de tomber dans une préciosité tout aussi affectée. Le style n’est pas indemne de connotations politiques.

2. Le processus de traduction

Puis vient le travail de traduction lui-même.

La langue est l’une des sources et des formes les plus profondes de la culture. Voilà pourquoi elle est porteuse d’une telle charge émotionnelle. Elle peut être un facteur d’unité, comme en Chine où une écriture commune rassemble plus d’un milliard de personnes appartenant à différentes ethnies et entités linguistiques. Mais elle peut devenir également une cause d’antagonisme ; ce dont témoignent les conflits linguistiques dans les pays où sont parlées plusieurs langues : Inde, Sri Lanka, Espagne, Belgique, etc.

Quoi qu’il en soit, la traduction est une quintessence de l’interaction culturelle et même religieuse. La traduction est interprétation. En passant d’une langue à une autre on entre dans une autre vision du monde, une autre psychologie individuelle et sociale, une autre sphère symbolique. La langue véhicule des millénaires d’expériences humaines, de relations avec le monde environ nant et avec l’au-delà.

Nous pourrions multiplier les exemples de ces diversités culturelles que le travail de traduction met à jour. À ce titre, rappelons que le symbolisme des couleurs diffère d’une culture à l’autre : le blanc pouvant symboliser la mort en Extrême-Orient. […] Plus significatif encore, le pain quotidien et le pain eucharistique perdent beaucoup de leur portée symbolique dans les cultures du riz. Le vin, considéré comme une boisson toxique, évoque une vie dissolue dans l’Inde puritaine. Dans ce même pays, le mot " Bible " est chargé d’accents étrangers, évoquant le prosélytisme agressif de nombreux " collèges bibliques " et colporteurs de bibles. […]

La traduction est une proposition risquée, mais elle est également une obligation incontournable. Un dicton laisse entendre que le traducteur est un traître – " traduttore traditore " – témoignant de la perception pessimiste d’un risque réel. La traduction est une pérégrination à travers les vastes paysages humains des diverses cultures du monde. Ce processus peut comporter des pertes et des gains. En voyage, vous pouvez perdre vos bagages, mais vous pouvez aussi les remplir d’acquisitions nouvelles. La traduction reprend le parcours d’Abraham : " Sors de ton pays, de ta parenté, de la maison de ton père et va vers le pays que je te montrerai " (Gn 12, 1). Abraham quitta la riche culture sumérienne d’Ur pour obéir à l’appel " d’aller de l’avant ". C’est à ce même type d’appel que répond la traduction biblique. Car elle est la première étape – et la plus importante – qui permettra à la Bonne Nouvelle d’embrasser toutes les cultures du monde et d’accéder ainsi à sa plénitude. La traduction est tout sauf un calque. Elle est le médium créatif de la rencontre interculturelle. Comme toute activité de ce type, elle encourt le risque de sortir de la matrice originelle pour aller à la rencontre du monde, et favoriser une croissance. Par le biais de la traduction, le texte connaît une vie nouvelle, sans laquelle il serait mort-né ou resterait lettre morte.

Communication et culture

La transmission de la Parole de Dieu n’est pas non plus exempte de conditionnements culturels. Puis-je me permettre d’illustrer ce propos par une expérience personnelle ? Quand j’ai pris la responsabilité d’un district rural dans le Nord du Tamil Nadou, j’avais hâte d’initier une catéchèse biblique. Comme il existait une école élémentaire dans le village, j’en avais déduit que les jeunes savaient lire et écrire. Je leur distribuai donc des cahiers et des crayons et, pour commencer, je leur demandai de noter le titre des paraboles de Jésus qu’ils connaissaient. La maladresse avec laquelle ils se servirent de leur matériel, me fit comprendre que leur capacité à lire et à écrire ne correspondait pas à la réalité. La plupart des filles n’étaient pas scolarisées. Quant aux garçons, ils ne fréquentaient l’école que sporadiquement et beaucoup abandonnaient. En bref, les jeunes auxquels j’avais à faire étaient quasiment illettrés. Une approche livresque n’avait donc aucun sens. Il me fallait trouver une autre modalité. Ils aimaient chanter, et il existe un riche répertoire de chants bibliques en tamoul. C’est donc par le chant que je poursuivis mon initiation biblique. […]

Interprétation et culture

L’étape suivante est celle de l’interprétation de la Parole de Dieu. […] Sans nous perdre dans de vagues spéculations, notons qu’une exégèse biblique universitaire sui generis est en train d’émerger en Inde, et probablement ailleurs, en marge de la recherche occidentale. Nous avons des dictionnaires grecs et hébreux en langue khasi, des concordances, synopses, dictionnaires bibliques dans les diverses langues parlées en Inde. Des revues bibliques et des commentaires paraissent en tamoul et malayalam. Des instituts bibliques fonctionnent dans différentes parties du pays. À ce sujet, il faut noter qu’en Inde, la recherche exégétique est soutenue par un mouvement biblique vivant, avec lequel elle agit de concert. Nous pouvons espérer (ou au moins rêver ?) qu’une ligne d’interprétation biblique spécifiquement asiatique, intégrant toutes les richesses culturelles de ce continent, émergera. Voilà qui mettrait fin au monopole actuel de l’Occident sur l’exégèse universitaire, et contribuerait à une véritable approche œcuménique de la Parole de Dieu. […]

Le témoignage comme interprétation

Enfin, n’oublions pas la transmission de la Parole de Dieu à travers le témoignage. Les mots de la Bible sont ordinaires ; ils appartiennent aux registres culturels de la vie quotidienne. C’est l’histoire à laquelle ils sont associés qui leur donne leur signification biblique spécifique. " El " s’appliquait aux divinités du panthéon cananéen. Il devint le nom du Dieu biblique en tant que Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Dieu de l’Exode et du Sinaï, Dieu de Jésus Christ. Les termes " baptême " et " repas " du Seigneur ne sont pas tombés du ciel. Dans la vie courante, ils ne signifiaient rien d’autre que se laver et manger. Le terme " agapè " ne se comprend vraiment qu’au pied de la croix. Les dictionnaires ne suffisent donc pas à déterminer le sens des mots. La langue naît de la vie d’un peuple, et les significations se précisent en fonction de la manière dont elle est contextualisée et vécue. Toutes les formes de communication du message divin resteraient vides si elles n’étaient portées par un témoignage fidèle, fidèle à l’égard de Dieu et fidèle à l’égard de l’homme. […]


© L. Legrand, “Entre incarnation et prophétisme critique : la Parole de Dieu et les cultures” (extraits). Pour l’intégralité du texte, voir BIB n° 67, décembre 2006, pages 4-8.



Page suivante : BIB 66 (juin 2006)




© 2006 S.B.E.V. et ISCAM-production
Les textes, les cartes, dessins et images sont la propriété du Service Biblique catholique Evangile et Vie (S.B.E.V.), 8, rue Jean Bart - 75006 Paris, tél. 01 42 22 03 89.
La reproduction est autorisée à des fins non commerciales et à la condition de citer l'auteur (le cas échéant), le propriétaire (Service Biblique catholique Evangile et Vie) et le site (bible-service.net).


Nous contacter

Site réalisé avec la plate-forme de publication web ICT/ISCAM-PRODUCTION Lien externe
Identifiez-vous

.



BIB 67 (décembre 2006)



La lectio divina aujourd’hui



La Parole de Dieu dans les cultures


Sessions bibliques


Evangile de Jean,
1 Corinthiens,
Ephésiens...


Pèlerinage


Croisière saint Paul 2009

Cahier Evangile


Histoire d'Israël V : d'Hérode à Bar Kokba

Lire l'Ancien Testament


Le Premier Testament par les textes

L'Evangile de l'année 2007-2008


... selon saint Matthieu

Étudier la Bible


à Angers, à Paris


cours par internet


cours par correspondance




Mentions legales Mentions legales