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Nos revues Les Suppléments aux Cahiers Évangile Suppl. au n° 138, Figures de Marie-Madeleine

Subversive Marie-Madeleine
Derrière le mythe, une femme
La lecture patriarcale arrache Marie-Madeleine à son épaisseur historique pour ne retenir que la double figure de l’excès de la pécheresse et de la mystique : ni cet excès d’honneur, ni cette indignité ! Pour rendre à Marie-Madeleine sa pleine humanité, il convient de distinguer les trois Marie que la tradition médiévale avait unies. Distinction sur laquelle s’accorde la majorité des biblistes comme nous l’indique ci-dessus le premier dossier. Il s’agit de redonner à Marie-Madeleine toute sa mesure humaine, ni plus, ni moins, pécheresse pardonnée, à l’égal de Pierre ou de Zachée.

  |  Élizabeth Moltmann-Wendel, Marie-Madeleine ou comment les mentalités patriarcales peuvent déformer l’histoire, p. 27-29
Cela, nous le ressentons maintenant comme une violation de l’intégrité de l’image de la femme (Que penseraient les hommes de nos jours si Pierre était présenté comme un gigolo ?). L’image artificielle de Marie-Madeleine avait pour but de révéler les besoins moraux, mais son histoire ne pouvait plus désormais être lue sans être gravement déformée. Pierre n’a-t-il pas été, avec son reniement, un exemple encore plus éclatant de péché et de pardon ? Et que dire du malhonnête collecteur d’impôts Zachée ? Le fait de renier ses amis ou celui de se comporter de manière injuste et cruelle dans la vie sociale ne constituent-ils pas de meilleurs exemples encore de la nature pécheresse de l’être humain ?
La théologie de l’Europe occidentale a, de manière erronée et sans aucune ambiguïté, situé le péché dans le corps humain, et tout particulièrement dans le corps de la femme. Cette erreur a eu pour conséquence de renforcer l’idée d’infériorité de la femme. |

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Se dégager du caractère intemporel que la figure de Marie-Madeleine, symbole du "triomphe de l’esprit sur le monde", a pris à la fin du moyen âge est la condition nécessaire pour retrouver, derrière la femme avilie ou exaltée, la femme de chair et de sang transformée par la grâce du Christ.
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  |  Cette fuite hors de ce monde dangereux des sens et de la sensualité jusque dans la pureté céleste a été réussie, mais au prix de la répression du corps. Marie-Madeleine pourrait venir à notre rencontre comme une personne humaine totalement guérie, mais nous souffrons toujours d’une théologie qui sépare le corps et l’esprit, et qui est incapable de reconnaître en l’humanité, dans sa totalité et son intégralité, une bonne création de Dieu. |

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La primauté de Marie-Madeleine
Eve devenue apôtre, pour reprendre l’expression de Hippolyte de Rome, apôtre du Christ auprès des apôtres, apôtre des apôtres. À travers ces expressions, il s’agit, par delà les mésaventures de la relecture patriarcale, de reconnaître à Marie-Madeleine cette primauté que lui a contestée la tradition.
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  |  Élisabeth Schüssler Fiorenza, En mémoire d’elle , p. 462
Marie-Madeleine ne découvre pas seulement la tombe vide, mais elle est aussi la première à être témoin d’une apparition du Ressuscité. Ainsi elle devient doublement l’apostola apostolorum, l’apôtre des apôtres. Elle demande à Pierre et au disciple bien-aimé de venir auprès de la tombe vide et elle est envoyée à la “nouvelle famille” de Jésus pour lui annoncer les paroles du Christ : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. […]
Marie s’est rendue auprès des disciples et leur a affirmé : J’ai vu le Seigneur. Elle leur a communiqué le message qu’il lui avait confié. Elle est donc le premier témoin apostolique de la Résurrection. Alors que Matthieu, Jean et l’appendice de Marc attribuent la primauté de témoin apostolique à Marie-Madeleine, la confession prépaulinienne judéo-chrétienne en 1 Co 15,3-6 ainsi que le récit de Luc prétendent que le Seigneur est d’abord apparu à Pierre. Étant donné que la tradition de la primauté de Marie-Madeleine comme témoin apostolique a mis en cause la tradition pétrinienne, il est remarquable qu’elle ait survécu dans deux courants indépendants de la tradition évangélique. En outre, des écrits apocryphes ultérieurs […] reflètent explicitement ce débat théologique sur la primauté apostolique de Marie-Madeleine et de Pierre. |

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Vraie disciple
Dans l’évangile de Jean, Marie-Madeleine se tient auprès de la croix, elle découvre le tombeau vide et, la première, elle témoigne du Ressuscité. Vraie disciple car elle cherche Jésus, elle le reconnaît au moment où celui-ci l’appelle et elle le reconnaît comme maître. Marie-Madeleine n’est pas seulement témoin accidentel et passif de la Résurrection, elle est également témoin actif et modèle de vie chrétienne. Elle cherche Jésus dans l’espérance de sa fidélité et de son amour, elle le reconnaît dans ce lien unique que le Seigneur entretient avec chacun(e) de celles et ceux qui le reconnaissent comme celui de qui ils ont tout reçu, et grâce sur grâce.
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  |  Élisabeth Schüssler Fiorenza, En mémoire d’elle, p. 462-463
Le récit "dans le jardin" ne doit pas être psychologisé. Marie est présentée, non pas tant comme la "grande amoureuse" de Jésus, bouleversée par sa mort pour des raisons personnelles, mais plutôt comme la représentante de la situation des disciples après le départ de Jésus. Son grand chagrin se transforme en joie ainsi que Jésus l’a promis dans son discours d’adieu. Elle est présentée comme une disciple idéale d’une triple manière.
D’abord, Jésus s’adresse à elle en lui disant "Femme" et demande : "Qui cherches-tu ?" Le verbe grec zètein a une signification riche pour la communauté johannique qui connaissait probablement sa signification technique de "étudier" et de "s’engager dans les activités d’un disciple". […] Marie-Madeleine est la disciple qui, malgré son chagrin, "cherche" Jésus et le trouve.
Ensuite, elle reconnaît Jésus au moment où il l’appelle par son nom. Dans le discours sur le bon pasteur, Jésus affirme : "Je suis le bon pasteur, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent" (Jn 10,14). Le bon pasteur "appelle ses brebis chacune par son nom et il les mène dehors. Lorsqu’il a fait sortir toutes celles qui sont à lui, il marche devant elles et les brebis le suivent parce qu’elles connaissent sa voix" (Jn 10,3-4). De même que le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, ainsi Jésus a aimé "les siens" jusqu’à la fin (13,1). Marie-Madeleine est présentée comme l’une des "siens", parce que Jésus l’appelle par son nom et elle reconnaît sa voix.
Et enfin, sa réponse est celle d’un vrai disciple. Elle reconnaît Jésus ressuscité comme "maître". Comme disciple fidèle qui "cherche" le Seigneur-Sophia, Marie de Magdala devient le premier témoin apostolique de la Résurrection. Comme Marie de Nazareth, comme la Samaritaine sans nom, comme Marthe et Marie de Béthanie (et peut-être comme la femme adultère sans nom qui n’a pas été jugée mais sauvée par Jésus), elle appartient aux propres disciples de Jésus. Ainsi pour l’évangéliste, qui aurait pu être une femme, ces cinq femmes disciples sont des paradigmes de la condition apostolique de femmes disciples, ainsi qu’un modèle d’autorité pour les communautés johanniques. Elles ne sont pas seulement des paradigmes de la fidélité de vrai disciple telle qu’elle doit être imitée par les femmes, mais aussi des paradigmes de cette fidélité pour tous ceux qui appartiennent à la "propre" communauté familiale de Jésus.
© Isabelle Chareire "Figures de Marie-Madeleine" Supplément au Cahier Évangile n° 138 (pages 140-142).
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