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- Nos revues - Les Cahiers Évangile - 137 - Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
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Le Règne de Dieu s’est approché

Lecture de Lc 9, 51 – 13, 21

À un légiste : le bon Samaritain (Lc 10, 25-37)
[15e dimanche ordinaire - Année C]


En cinq scènes différentes, Luc va utiliser, de manière très variée, la technique narrative de la réponse de Jésus à une question. Ainsi l'enseignement évangélique est livré au lecteur d'une autre manière que dans le discours de la plaine ou l'envoi des soixante-douze où Jésus avait l'initiative de la parole. Voici d'abord la question du légiste.

Lecture d’ensemble. Le dialogue correspond à la pratique des rabbis juifs : à partir de la question d'un disciple, le Maître le guide peu à peu vers la façon de voir la plus juste. Entre Jésus et le légiste, il y a en réalité deux dialogues. Le premier porte sur le " que faire " pour obtenir la vie éternelle, problème général et pratique. Le deuxième porte sur l'identité du prochain et offre deux originalités : le Maître raconte une parabole dérangeante avant de répondre par une autre question, greffée sur la parabole ; le légiste y répond et le Maître approuve de manière implicite, en passant directement à l'invitation à " faire ".

Au fil du texte. 1) Le légiste (expert dans l'interprétation des lois de Moïse ; traduction liturgique : " docteur de la Loi ") n’est pas, semble-t-il, animé d'intention hostile, mais il veut tester les connaissances de Jésus sur un sujet souvent débattu. Sa question porte sur la meilleure pratique pour obtenir la vie éternelle. Jésus dit : " Comment lis-tu ? " (et non pas, selon la traduction liturgique, " Que lis-tu ? ") car il y a toujours interprétation dans la lecture de l'Écriture. Dans sa réponse, le légiste combine Dt 6, 5 (qui fait partie de sa prière quotidienne) avec Lv 19, 18.

2) Sa deuxième question révèle la raison de la première : il a peut-être entendu dire que Jésus invite ses disciples à aimer les ennemis " pour être les fils du Très-Haut " (6, 27-35). Est-ce là l'attitude juste devant Dieu ? Car les rabbis voyaient dans " le prochain " leur compatriote israélite ou, à la rigueur, l'étranger accepté en milieu juif à certaines conditions (Lv 19, 33-34).

3) La parabole est une merveille, au point que beaucoup de chrétiens en parlent comme d'une scène réelle et non inventée par Jésus. Pourtant c'est cette " invention " qui lui donne tout son poids. Pourquoi met-il en scène un prêtre et un lévite ? Comme hommes du culte ou comme représentants des Juifs les plus pieux ? Dans le premier cas, leur passage au large s'expliquerait par le souci de ne pas contracter une impureté rituelle en touchant un éventuel cadavre. Dans le deuxième cas, ils représentent tous ceux qui ne veulent pas déranger leurs plans pour les nécessités des autres. On attendrait comme troisième passant, un laïc, peut-être un légiste. Or Jésus choisit un Samaritain, objet du mépris et de l'hostilité des Juifs (voir 9, 53-54) !

4) Le Samaritain est " ému aux entrailles ", expression que Luc a utilisée pour Jésus devant la veuve de Naïn (7, 13) et qu’il prêtera au père du fils prodigue en 15, 20.

5) La plupart des commentateurs soulignent le renversement par Jésus de la question du légiste : non pas " qui est mon prochain ? ", mais " suis-je prêt à me faire proche de tout être humain dans la nécessité ? " Cependant, une approche psychanalytique remarque que le blessé soigné, probablement juif dans l'intention du narrateur, devra aussi reconnaître le Samaritain comme son prochain.

À Marthe : Marie a fait le bon choix (Lc 10, 38-42)
[16e dimanche ordinaire - Année C]


Cet épisode, qui lui est propre, Luc a sans doute voulu l'insérer après le bon Samaritain (qui se réfère au second commandement), pour donner une illustration d'une façon d'aimer Dieu (le premier commandement) spécifique du christianisme : " boire les paroles " de Jésus pour être son disciple. Mais l'épisode de Marthe et Marie est lié aussi à l’épisode suivant (le Notre Père). Luc forme ainsi une chaîne de trois aspects de la vie chrétienne : le service du prochain, l'écoute de la Parole de Dieu, la prière.

Lecture d’ensemble. Luc ne donne pas, comme Jn 11, le nom du village où entre Jésus, ni que ces deux sœurs ont un frère ami de Jésus. Il concentre l'attention du lecteur d'abord sur Marthe qui accueille Jésus, puis sur Marie qui l'écoute, de nouveau sur Marthe qui se plaint de la non intervention du " Seigneur ", enfin sur Jésus affirmant que le choix de Marie est le bon.

Au fil du texte. 1) L'hospitalité de Marthe rappelle les femmes qui accompagnent Jésus et les Douze (8, 1-3). Mais l'attitude de Marie, aux pieds du " Seigneur ", dans l'attitude juive du disciple, montre que Jésus, contrairement aux rabbis, acceptait des femmes comme disciples non itinérants et même, selon Luc, qu'il était capable de dire " la Parole " pour une seule, assez longuement (Marie " écoutait ", action qui dure et qui équivaut au temps des " multiples occupations " du service de Marthe).

2) Luc pense peut-être déjà au problème du " service des tables " et du service de la Parole dans les premières communautés (Ac 6, 1-6). Une légère critique de sa part se devine dans l'expression : " accaparée par les multiples occupations du service " (v. 40). Dans les communautés de son temps, des critiques inverses (de paresse ?) se faisaient sans doute contre ceux qui passaient beaucoup de temps à enseigner ou à écouter la Parole.

3) Marthe interrompt l'enseignement du " Seigneur ". Elle ne l’écoute pas et voudrait que sa sœur cesse son écoute. Pourtant, ce n'est pas ce que Jésus lui reproche, mais plutôt son agitation.

4) Y aurait-il un jeu de mots dans la dernière phrase ? " Une seule [chose] est nécessaire " pour le repas (un seul plat), mais aussi dans la vie du disciple : ce qui le nourrit essentiellement est la Parole de Jésus.


Cahier Évangile n° 137 (septembre 2006) pages 54-56.



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