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Nos revues Le B.I.B. (Bulletin d'Information Biblique) BIB 66 (juin 2006)

La Bible sans avoir peur, 2e partie
Par Jean-François Bouthors, écrivain, éditeur, animateur biblique
Dans la première partie de sa contribution sur la lecture de la Bible en France (voir le BIB n° 65, sept. 2005), J.-F. Bouthors a décelé un effet pervers des résistances passées tant de l’Eglise catholique que de la République laïque : celui d’avoir produit des attitudes plus ou moins fondamentalistes. Pour les Eglises, il y a là un obstacle à la transmission de la révélation chrétienne. Pour les responsables politiques, le danger se trouve dans le refus du débat.
[...] Nous pouvons mettre en évidence les visages multiples que prend aujourd’hui la peur devant la lecture de la Bible.

  |  Les peurs des institutions |

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Les institutions religieuses et républicaines peuvent craindre d’être débordées sur leur droite comme sur leur gauche.
Les premières accepteront-elles de perdre une forme passée de maîtrise du discours religieux ? Comment, dans cette perspective, digéreront-elles, en Europe, le passage de la situation de chrétienté de jadis, à celle de confession " minoritaire " ? L’évolution est déjà bien avancée, mais plusieurs " réponses " sont encore possibles, entre le raidissement, déjà perceptible (sur le mode " si nous sommes moins nombreux, affirmons une vérité “ plus sûre ” "), et la confiance dans les ressources propres de la Parole, qu’il reste largement à articuler avec le monde contemporain pour en recueillir les fruits.
Les secondes sont sans doute tout autant exposées, car cette réouverture à la dimension religieuse de la culture ne va pas manquer d’ébranler les fondements idéologiques qui avaient présidé à son exclusion passée. C’est tout l’édifice de la modernité et de la postmodernité qui sera inévitablement passé au crible. On imagine que cela ne va pas sans de grands risques dont on a aujourd’hui à peine idée, mais qui mettront inévitablement en cause, notamment, les représentations et les fonctionnements présents du pouvoir démocratique. Cela devrait en permettre un approfondissement, et même ouvrir sur une forme de refondation du contrat social dont nul ne conteste qu’il connaît déjà de sérieuses difficultés. Mais ce passage périlleux peut aussi favoriser les fondamentalismes (laïcs et religieux) si l’on n’y prend pas garde.
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Les individus peuvent être eux-mêmes ébranlés par la lecture du texte biblique. Toute la Tradition chrétienne, pour n’évoquer qu’elle, dit explicitement que nul ne sort indemne de cette confrontation.
La mise en contact avec les fruits de l’exégèse peut assurément déstabiliser des conceptions " préconciliaires " qui, quoi qu’on en dise, ont encore de beaux restes, chez les non-croyants comme chez les fidèles. Faire l’expérience que le texte se dérobe au regard d’une " exigence naïve " de vérité – le désir d’établir, par exemple, que " cela s’est passé comme ça " avec Jésus ou Moïse, ou David – peut plonger dans une réelle perplexité, déconstruisant ce que l’on avait imaginé être des certitudes, tandis qu’il faudra du temps pour trouver les nouveaux chemins d’une énonciation de la foi. Le parcours ne va pas sans aridité – Jean dans l’Apocalypse illustre magistralement l’amertume qu’éprouve celui qui " mâche " le Livre, passé les premières saveurs de miel.
Sur un autre plan, il est évident que les Écritures touchent à l’intime, au plus intime. Et sans ménagement. C’est une donnée anthropologique du texte à laquelle nul ne peut se soustraire, puisqu’il est une co-naissance de et sur l’homme, plus qu’un simple savoir ; un processus de révélation de l’homme à lui-même dans toutes ses dimensions. Il n’est pas aisé de s’y exposer. Pudeur, honte, culpabilité... entrent en jeu. Pour les mêmes raisons, il n’est pas plus évident d’en parler, dès lors que l’on n’est pas inscrit naturellement (comme c’est le cas d’une large part du monde juif) dans un processus de transmission dont la Bible parle pourtant : " Quand ton fils te demandera... Tu les répéteras à tes fils... "
Enfin, si tant est que soient surmontées les difficultés précédentes, le texte biblique n’est pas indifférent au politique, au social : porté par et porteur d’une histoire complexe, il " oblige " à prendre position, à s’engager, parce qu’il affirme non pas une morale, mais l’exigence d’un point de vue éthique, exprimé à travers la parole des prophètes ou par la formule de la première Lettre de Jean : " Celui qui dit : “ J’aime Dieu ” mais qui déteste son frère est un menteur. " Être ainsi conduit jusqu’au seuil de l’exercice de sa responsabilité humaine pleine et entière n’est évidemment pas sans susciter de légitimes interrogations et inquiétudes, d’autant qu’il est question de s’avancer librement comme un " je ", et non pas de se couler dans la décision d’un groupe social ou idéologique quelconque.
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Tels sont quelques-uns des enjeux de la lecture et les peurs qui peuvent leur être associées. Il est possible néanmoins de déminer le terrain. De montrer tout d’abord qu’il est possible de lire les Écritures, et plus encore que cela est profitable pour chacun. De dire et redire – on ne le fera jamais assez – que la Bible n’est pas un livre dont l’accès est réservé aux " initiés ", aux " sages " ou aux " savants ", mais que sa vocation a toujours été de circuler, d’être lue et en quelque sorte " dialoguée ", au point que, loin de craindre la confrontation, elle a tissé des liens intenses avec toute littérature qui se respecte, et propose ainsi une authentique intelligence de l’être humain. De faire comprendre et d’illustrer que les différentes ressources de l’exégèse, de l’approche du texte, avec les multiples instruments de la raison, sont autant de moyens de se préserver de la tentation fondamentaliste, et que leur conjugaison concourt à une lecture non pas définitive, mais inépuisable, non pas uniformisée, mais multiple en elle-même – un " lire aux éclats " pour reprendre la belle formule de Marc-Alain Ouaknin. D’ouvrir enfin le lecteur à la conscience que la pluralité des lectures se trouve déjà dans la Bible qui ne cesse de se relire elle-même, en jouant de la diversité, voire de la contradiction, que cette même pluralité est un puissant antidote contre les extrémismes, modérant les interprétations les unes par les autres, et qu’au bout du compte, comme nous l’avons déjà dit, la vérité n’est pas un objet à saisir, mais un chemin infini, éternel, sur lequel le lecteur avance.
Cela suppose une certaine passion. Avec ce que le mot de passion contient de mouvement d’approche et de retrait, d’ajustements aussi nécessaires que jamais définitifs, de doutes même parce que chacun d’entre eux sait que le texte biblique recèle des points d’obscurité insondables qui font pour ainsi dire partie de sa pédagogie, nous apprenant précisément que de Celui qui ne Se nomme qu’en nous échappant toujours, même lorsqu’Il se livre dans le visage, la chair et le sang de Jésus, il n’est jamais possible de tout dire. Ni de Lui ni par conséquent de l’homme, créé à Son image et à Sa ressemblance. Comme s’il fallait que dans le texte quelque chose toujours résiste à notre prise, pour signifier que nous ne pouvons cheminer avec Lui sans nous-mêmes nous " déprendre ". [...]
L’ensemble de la seconde partie de cet article se trouve dans le B.I.B. n° 66 (juin 2006), pages 1-4.
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