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- Nos revues - Les Cahiers Évangile - 136 - Des Maccabées à Hérode le Grand
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Hérode et le Temple

D’origine iduméenne et ayant pour mère une nabatéenne, Hérode n’a pas de vraies racines juives. Peu religieux personnellement, et ayant sans cesse besoin du soutien de Rome, il ne peut pas se poser en champion de l’exclusivisme de la religion d’Israël. En même temps, ses sujets juifs ne sauraient accepter son pouvoir que s’il respecte leur piété. Enfin, la dynastie sacerdotale qu’il renverse avait donné au souverain pontificat un pouvoir inouï. Sur ce dernier point, ses alliances matrimoniales avec la lignée asmonéenne sont un échec. Cependant, de manière globale, par rapport à la religion, le roi manifeste à la fois du respect, la plupart du temps, et une réelle habileté politique.



Restaurer Temple

Selon les échos nostalgiques de l’époque perse (voir Esd 3, 12-13), le second Temple n’avait pas le lustre de celui de Salomon. Hérode comprit qu’un embellissement et un agrandissement du site (ainsi, peut-être, le parvis des Gentils) lui gagneraient la faveur de son peuple. En même temps, Auguste favorisait les grandes constructions propres à démontrer que son règne apportait paix et prospérité. Or, en Orient, la splendeur des sanctuaires nationaux devait illustrer son programme.

Les travaux ont pu durer de 23 à 15 avant notre ère. Le projet, rondement mené, bénéficiait moins du trésor du Temple que de l’immense fortune d’Hérode, héritée pour une part des Asmonéens propriétaires, par exemple, de mines de cuivre à Chypre. Le sou-verain a habilement privilégié la participation des prêtres de toutes catégories dans cette entreprise dont l’envergure offrait des emplois à une classe socio-religieuse complexe, depuis les grandes familles sacerdotales jusqu’aux prêtres ruraux, tel un Zacharie, père du Baptiste.

À lire entre les lignes les témoignages disponibles, la fin de l’entreprise amena une période de chômage, même si, vraisemblablement, d’incessants compléments maintinrent une main-d’œuvre. Ainsi, l’aigle romaine, détruite par les émeutiers l’année de la mort d’Hérode, apparaît comme un ornement pro-romain ultérieur aux gros travaux. Même en tenant compte de ces prolongements somptuaires, nul historien n’a pu rendre compte convenablement de la déclaration : " Il a fallu quarante-six ans pour rebâtir ce Temple." (Jn 2, 20). Marc 13, 1, quant à lui, reflète l’admiration populaire devant le sanctuaire rénové.



Nommer les grands prêtres

Après la toute-puissance asmonéenne, et au vu de ses déboires familiaux avec cette lignée, Hérode dut manœuvrer pour mettre en poste des grands prêtres à sa botte, relevant de familles sacerdotales obscures, les unes de Babylone, les autres d’Égypte. Ces choix ne manquaient pas de subtiles arrière-pensées économiques et politiques. En effet, il y avait là un aspect publicitaire qui pouvait ramener en Terre d’Israël des ressortissants des Diasporas babylonienne et égyptienne.

En l’an 37, à la place de Hyrcan II qui était mutilé, Hérode choisit comme grand prêtre un certain Ananel, homme "insignifiant" qui venait de la Diaspora de Babylone (AJ XV, 22). Cédant aux pressions de sa belle-mère Alexandra désireuse de conserver la charge pontificale dans la famille asmonéenne, Hérode revint sur sa décision et nomma son jeune beau-frère Aristobule III – dont la popularité signa rapidement l’arrêt de mort. Ananel reprit alors son poste et s’y maintint jusque vers l’an 30 ou 27.

Lui succéda un Jésus, fils de Phiabi, d’ascendance plus illustre. Mais en 24/23, Hérode le déposa. En effet, voulant épouser Mariamme II, fille d’un prêtre alexandrin, Simon fils de Boéthos, il commença par revêtir ce dernier du pontificat afin d’avoir un beau-père digne de sa condition royale. Simon conservera sa fonction plus de 15 ans.

Au total, d’après les sources, huit grands prêtres se succédèrent durant les 37 années du règne d’Hérode. À y regarder de près – car certains d’entre eux, en raison de crises, ne firent qu’un passage-éclair –, le pontificat fut plutôt stable au temps de ce roi, si l’on considère ce qui se passera après sa disparition.


© Claude Tassin, Cahier Évangile n° 136 (juin 2006) pages 41-42.



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