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Accueil | Plan | Nous contacter | Recherche | Textes bibliques Au fil du texte d'Éz 36 Le prophète Ezéchiel écrit en Babylonie. La première extase qui ouvre son livre est datée de 592 (soit 5 ans après la première déportation). La dernière, rêve d’un Temple inouï, a lieu vingt ans après. Oracles et visions se répartissent au long de ces vingt années, un événement faisant charnière : la prise de Jérusalem en 587. « La ville a succombé » (Éz 33, 21) : le cri d’un rescapé ouvre la bouche du prophète, muet depuis la mort de sa femme (Éz 24, 27). Alors, peu à peu, les propos, de terribles qu’ils étaient, s’adoucissent. En témoigne l’oracle dit du « cœur nouveau » (Éz 36, 16-38). DU SANG NEUF Contrairement à la vision inaugurale (située au bord du fleuve Kébar, un bras de l’Euphrate, Éz 1, 1-3), nous ignorons où et quand la parole divine saisit le prophète (v. 16). Le discours commence par une évocation du passé, fautes et reniements (v. 17-22), et se continue par un paradoxal projet de salut, retour d’exil et re-création (v. 23-28), qui se déploie en ère d’abondance économique (v. 29-32), politique (v. 33-36), religieuse (v. 37-38). Crime et châtiment Le passé est raconté sur le registre de la souillure. On ne sait où commence et s’arrête la métaphore : le sang menstruel se mêle à celui des assassinats et à celui des animaux sacrifiés aux idoles – lesquelles sont, littéralement, « fientes » ou « déjections ». L’heureuse terre promise est devenue impure, stérile, vaine. Difficile de trouver vision de l’histoire plus négative. Toutes les sphères de la vie sociale, politique et religieuse sont touchées. Mais le crime de la maison d’Israël ne s’arrête pas là. Châtié par la colère divine (tel est du moins l’interprétation donnée de l’exil), le peuple ne semble pas changer d’attitude et le « saint Nom » reste profané. Ce qui se dit ici en termes cultuels (profanation/sanctification), c’est la solidarité entre le Seigneur et son peuple. Quand le peuple s’entête, c’est le Seigneur qui est blessé, en particulier par l’ironie des nations. Une promesse répétée et amplifiée Alors que Jérusalem n’était pas encore tombée, juste avant de voir la «gloire» du Seigneur quitter le Temple, le prophète avait reçu une parole d’espoir pour les déportés de la première heure. Le Seigneur promettait un retour sur la terre d’Israël, avec la certitude de la fin des idoles-fientes. Pour cela, il donnait aux exilés «un autre cœur» et un «esprit nouveau», il ôtait «de leur chair, le cœur de pierre» et donnait «un cœur de chair» (Éz 11, 19). Maintenant que l’exil s’est étendu, que les moqueries des nations se sont multipliées – en même temps que l’inconduite du peuple – n’est-ce pas le moment de rappeler sa promesse ? Le Seigneur a beau jeu de répéter que ce n’est pas pour la maison d’Israël qu’il agit, nous n’en croyons rien, puisque justement la reconnaissance, par l’ensemble des nations, du Nom et de la sainteté divine est liée au peuple élu. Le rassemblement et le retour du peuple sur la terre blessée s’accompagnent donc d’une immense ablution des souillures produites par les idoles-fientes (comparer Éz 11, 17-18 et 36, 24-25). L’opération chirurgicale (cœur de chair contre cœur pétrifié) devient nouvelle genèse et «l’esprit nouveau» envisagé se dévoile comme «mon esprit», esprit divin, souffle saint (comparer Éz 11, 19 et 36, 26-27). Irruption d’un inattendu dans l’histoire d’Israël. Rouge de confusion La communauté de destin entre le Seigneur et son peuple se scelle maintenant dans une classique formule d’alliance (sur le modèle du mariage, Éz 36, 28b). Classique mais s’appuyant sur une intimité à nulle autre pareille. Paradoxe : il a fallu l’éloignement à Babylone pour que le Seigneur se rapproche de son peuple comme jamais. Le respect de la Loi pourrait alors aller de soi. Qu’il se multiplie en bienfaits agricoles, le sol retrouvant sa fertilité, et en villes populeuses et festives pourrait ne pas étonner. Le peuple-partenaire, déjà saint sans être divin, y est en quelque sorte obligé par son identité même. Mais, pour son plus grand bonheur – et le nôtre – rien n’est mécanique : au peuple à qui il vient de promettre une partie de lui-même, le Seigneur commence par demander un signe d’acquiescement. Le début du renouveau, ce n’est pas la sortie hors de la Babylonie, c’est le rouge de la confusion devant les dégâts causés autrefois… et l’amour qui se propose maintenant (Éz 36, 31-32). Rougeur d’un sang libre qui attend d’être changé. © Gérard BILLON. Article paru dans Le Monde la Bible n° 161 "La Bible est née à Babylone" (Bayard-Presse, sept.-oct. 2004), p. 72 Pour aller plus loin : > > > Les prophéties > > > Gros plan sur la parole prophétique > > > La mission du prophète > > > La prophétie de l'Emmanuel Page suivante : Le livre de Jonas © 2010 S.B.E.V. et ISCAM-production Les textes, les cartes, dessins et images sont la propriété du Service Biblique catholique Evangile et Vie (S.B.E.V.), 8, rue Jean Bart - 75006 Paris, tél. 01 42 22 03 89. La reproduction est autorisée à des fins non commerciales et à la condition de citer l'auteur (le cas échéant), le propriétaire (Service Biblique catholique Evangile et Vie) et le site (bible-service.net). Nous contacter Site réalisé sur plate-forme ISCAM-ICOLEIS (ICOLEIS SARL Identifiez-vous |
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