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Accueil | Plan | Nous contacter | Recherche | Textes bibliques ''Rendez à César...'', réflexion sur la laïcité 2005 : anniversaire de la Loi de séparation des Églises et de l’État. Jean-Paul II, dans l’une de ses dernières lettres à Mgr Ricard, président de la Conférence des évêques de France, a pu dire que le principe de laïcité, bien compris, ''rappelle la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs qui fait écho à l’invitation du Christ à ses disciples : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu'' (11/02/2005). Relecture de ce passage célèbre. Qu'est-ce qui, dans le message du Christ, rejoint le cœur de la laïcité dans son rapport à la conscience, aux pouvoirs politiques et religieux ? Laïcité est entendue ici au sens de distinction et d'autonomie des sphères spirituelles et temporelles. À relire les évangiles, nous nous trouvons devant un paradoxe : alors que Jésus semble relativement ouvert à ceux qui exercent à son époque le pouvoir politique, il se montre intraitable vis-à-vis de ceux qui exercent le pouvoir religieux.
Pour l’historien, il n’est pas facile de déterminer avec exactitude l'attitude de Jésus vis-à-vis du pouvoir politique en général et de l'empire romain en particulier. Comme tout Juif, Jésus a vécu l'occupation romaine. Dans l’évangile de Luc affleure ici ou là l’actualité : répression de Pilate envers des Galiléens ou menaces de mort par Hérode Antipas (Lc 13,1 et 31). Suivons le récit de Luc. Si Jésus parle volontiers des grands de ce monde, de leur luxe, de leurs festins et de leurs guerres, s'il dénonce leur prétention à se faire appeler '' bienfaiteurs '', jamais on ne le voit contester le pouvoir de l’empereur ou du roi Hérode Antipas. Tout au plus affirme-t-il à ceux qui lui apprennent qu'Antipas veut le tuer, que rien ne l'empêchera d'accomplir sa mission ou, lorsqu'il avertit les siens qu'ils auront à comparaître devant les gouverneurs et les rois, que les persécuteurs ne pourront rien contre eux. Jésus ne donne pas de directives proprement politiques à ses disciples, pas plus qu'il ne demande aux publicains ou aux centurions qu’il rencontre d’abandonner le service de l'État. Il invite à aimer et à prier pour ses ennemis (Lc 6, 27-35). Ainsi, lorsqu'on vient l'arrêter, ordonne-t-il à ses disciples de ne pas utiliser les armes et il proteste contre ceux qui le prennent pour un brigand (Lc 22, 47-53). Certes, le message de Jésus et ses appels à la justice ou à l'amour des ennemis ont des incidences sur la réalité politique. Mais il faut reconnaître qu’en tant que messager et artisan du Royaume de Dieu, il n’a jamais prétendu que son pouvoir se substituait à celui des rois de ce monde (voir Lc 4, 5-6 ; Ac 1, 6). Un passage mérite ici notre attention, celui du denier à César. ''S'étant postés en observation, [les scribes et les grands prêtres] envoyèrent à Jésus des indicateurs jouant les justes ; ils voulaient le prendre en défaut dans ce qu'il dirait, pour le livrer à l'autorité et au pouvoir du gouverneur. Ils lui posèrent cette question : Maître, nous savons que tu parles et enseignes de façon correcte, que tu es impartial et que tu enseignes les chemins de Dieu selon la vérité. Nous est-il permis oui ou non de payer l'impôt à César ? Pénétrant leur fourberie, Jésus leur dit : Faites-moi voir une pièce d'argent. De qui porte-t-elle l'effigie et l'inscription ? Ils répondirent : De César. Il leur dit : Eh bien, rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu! '' (Lc 20, 20-26 ; voir également Mc 12, 13-17 et Mt 22, 15-22). Cet épisode est rapporté par les trois synoptiques au début des controverses à Jérusalem. Il se comprend à la lumière de l’attitude de Judas le Galiléen, un résistant qui s'était opposé au recensement de Quirinius et qui avait condamné le paiement du tribut à César comme contraire à l'autorité exclusive de Dieu sur Israël (voir Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, II, § 118). Les adversaires de Jésus posent donc la question de savoir si un Juif fidèle devait reconnaître, en payant l'impôt, les droits de César sur la terre d'Israël. On voit le piège : si Jésus interdit de payer l'impôt, il peut être dénoncé aux Romains comme opposant ; s'il invite à payer l'impôt, il apparaît au peuple comme un traître à Israël et à son Dieu. Jésus brise le piège : ''Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu''. Il affirme que César n'est pas l'opposé de Dieu et qu'il y a place pour une certaine souveraineté de César. Par le fait même, il laisse supposer qu'il n'y a pas d'hostilité de principe entre César et Dieu, et qu'il existe entre l'Empire et la communauté juive une possibilité pratique de co-existence. L’enseignement est nouveau dans une société teintée de théocratie. Les Sadducéens considéraient la vie politique et la vie religieuse comme hétérogènes (on va au Temple, on collabore avec Rome) ; les Zélotes, eux, ne reconnaissaient que le Royaume de Dieu ; Jésus brise l'unité totalisante de la théocratie. Mieux, en ne contestant pas l’existence du pouvoir impérial, il ouvre un espace positif au politique. Mais, en demandant de ''rendre à Dieu ce qui est à Dieu'', il affirme qu'aucun César ne peut prétendre être le maître absolu des hommes, car seul Dieu demande le tout de l'homme. Jésus s’oppose ainsi à toute adoration de César, et ramène le politique à ce qu’il est : une activité humaine que le Royaume de Dieu pénètre comme toute réalité. Là-dessus, il nous faut maintenant relire un passage de la lettre de Paul aux Romains...
« Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n’avoir pas à craindre l’autorité ? Fais le bien et tu en recevras des éloges ; car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal ; car ce n’est pas pour rien qu’elle porte le glaive : elle est un instrument de Dieu pour faire justice et châtier qui fait le mal. Aussi doit-on se soumettre non seulement par crainte du châtiment, mais par motif de conscience. N’est-ce pas pour cela que vous payez les impôts ? Car il s’agit de fonctionnaires qui s’appliquent de par Dieu à cet office. Rendez à chacun ce qui lui est dû : à qui l’impôt, l’impôt ; à qui les taxes, les taxes ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l’honneur, l’honneur. » (Rm 13,1-7). En méconnaissant l'enracinement historique de ce passage, on l’a parfois interprété comme un enseignement sur le fondement divin de tout pouvoir. On s'en est servi pour défendre certains régimes tyranniques. À l’opposé, on a fait remarquer que Paul ne légiférait pas pour l’éternité mais qu'au moment où il écrivait, il ne voyait rien qui puisse autoriser les chrétiens à se rebeller. […] Autre hypothèse possible : face à une communauté chrétienne qui se savait dans les derniers temps et aurait pu se croire affranchie de tous ses devoirs civiques, Paul rappelait la juste attitude.[…] Après avoir exhorté les chrétiens de Rome à « ne rendre à personne le mal pour le mal, ayant à cœur ce qui est bien devant tous les hommes, en paix avec tous si possible… » (Rm 12,17-18), Paul définit les rapports et les devoirs concrets de chaque chrétien vis-à-vis des autorités, en particulier magistrats et percepteurs des taxes. Avec une seule attitude possible : «Que chacun se soumette aux autorités en charge» (Rm 13,1). Comme fondement de cette attitude, Paul rappelle que la soumission aux autorités répond à un ordre voulu par Dieu […], mais, à l’opposé d’une soumission passive, il recommande aux chrétiens de se soumettre « par motif de conscience ». En insistant ensuite sur la nécessité de payer les impôts ou les taxes, il souligne que l’accomplissement des devoirs civiques est la manifestation concrète de leur soumission. Le tout s’inscrit dans un contexte où, si le bon citoyen n’a rien à craindre (13,3b), les sanctions sont là pour décourager et châtier les citoyens qui font le mal (13,4b). Dans ce monde culturel différent du nôtre […] Paul reconnaît que les autorités et les institutions civiles ne sont pas mauvaises, et qu’elles exercent un véritable service divin, comme reflet de la Puissance divine et «instrument de Dieu pour conduire au bien, pour faire justice et châtier qui fait le mal». À chaque chrétien de rechercher, à l’époque et dans la situation qui sont les siennes, les modalités concrètes d’un civisme pleinement reconnu. En insistant sur le fait que l'exercice de l'autorité est finalisé par le bien commun, puisque, comme ministre de Dieu, l'autorité se doit de procurer le bien (13,4a) et de punir celui qui fait mal (13,4b), Paul rappelle que l’exercice du pouvoir n'est pas laissé à l'arbitraire. Outrepasser les droits et violer le principe du bien commun fait perdre toute légitimité. On peut être alors amené, en conscience, à désobéir. C'est dire que la réalité politique n'est ni absolue ni opaque à la souveraineté de Dieu. Si toute autorité mérite respect, au-dessus d'elle se trouve une autre Autorité. C'est une limite pour ceux qui voudraient s'approprier le pouvoir et se comporter en maîtres absolus. Leur pouvoir ne leur appartient pas, c'est un pouvoir délégué. Et si un culte doit être rendu, c'est à Dieu seul ! Aucun pouvoir ne peut donc être sacralisé. Il faut savoir dire «non» à César (à tous les Césars) quand il(s) réclame(nt) ce qui appartient à Dieu. [...] [extraits] © Pierre Debergé, Faculté de Théologie de Toulouse B.I.B. n° 64 (juin 2005), p. 25-27 Page suivante : BIB 63 (décembre 2004) © 2006 S.B.E.V. et ISCAM-production Les textes, les cartes, dessins et images sont la propriété du Service Biblique catholique Evangile et Vie (S.B.E.V.), 8, rue Jean Bart - 75006 Paris, tél. 01 42 22 03 89. La reproduction est autorisée à des fins non commerciales et à la condition de citer l'auteur (le cas échéant), le propriétaire (Service Biblique catholique Evangile et Vie) et le site (bible-service.net). Nous contacter Site réalisé avec la plate-forme de publication web ICT/ISCAM-PRODUCTION Identifiez-vous |
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